« Dear Future Mom » : la censure française devant la CEDH

Au motif que la vidéo « ne pouvait pas être considéré comme un message d’intérêt général, que sa finalité pouvait apparaître ambiguë, et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle », le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait demandé à l’époque aux chaînes télévisées de stopper la diffusion du clip.

Mis en ligne le 2 juin 2021 Imprimer Imprimer

La censure de la campagne de sensibilisation « Dear Future Mom » proposée à l’occasion de la journée mondiale de la trisomie 21 en 2014 arrive devant la Cour européenne des droits de l’homme. La Fondation Jérôme Lejeune, partenaire de l’association Coordown pour la réalisation de la vidéo, « dépose cette semaine ses derniers arguments » auprès de la CEDH. Et « celle-ci va maintenant devoir se prononcer sur la question de savoir si la censure française viole la liberté d’expression (article 10 de la Convention) ».

« Dear Future Mom » : l’histoire d’un succès international

En 2014, suite au courrier d’une maman enceinte d’une petite fille porteuse de trisomie 21 qui s’interrogeait sur le futur de sa fille, l’association Coordown avait décidé de donner la parole à des jeunes et à des adultes porteurs de trisomie 21.

La campagne « fait le tour du monde » et obtient « des millions de vues ». Quinze personnes porteuses de trisomie 21 de plusieurs pays européens y témoignent en plusieurs langues que « leur vie [est] belle et digne d’être vécue », tout en ne niant pas les difficultés. Un film qui « a contribué à changer le discours sur la trisomie 21, en faisant sauter un regard de pitié sur les personnes trisomiques et en donnant la parole directement à des jeunes et à des adultes porteurs de trisomie 21 », se réjouit Antonella Falugiani, présidente de Coordown.

Censure en France

Au motif que la vidéo « ne pouvait pas être considéré comme un message d’intérêt général, que sa finalité pouvait apparaître ambiguë, et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle », le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) demande aux chaînes télévisées de stopper la diffusion du clip. Le CSA craint également que le clip puisse « troubler la conscience des femmes qui, dans le respect de la loi, avaient fait des choix de vie personnelle différents ». Une décision confirmée par le Conseil d’Etat deux ans plus tard.

Une liberté d’expression à géométrie variable ?

« La décision de censurer la vidéo en France a été, selon nous, une négation de la liberté d’expression des personnes trisomiques, un acte grave de censure qui lèse les droits humains et l’image des personnes trisomiques, qui n’ont pas seulement le droit d’être heureuses, mais aussi d’exprimer leur point de vue et d’être entendues », expliquent les signataires[1] d’une tribune parue dans le journal Le Figaro. « Nous comptons sur l’intervention de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour que le droit à la liberté d’expression soit respecté. »

« Nous voulons une Europe où le rejet de la différence est combattu, affirme Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune. Nous ne voulons plus d’une Europe marquée par le deux poids deux mesures, particulièrement en France, où les pouvoirs publics sont forts pour discourir sur l’accueil mais censurent des initiatives qui concrétisent cet accueil, et portent ainsi atteinte aux droits de l’homme. »

[1] Les acteurs français du clip: Ségolène Deledalle et Robin Sevette; les associations signataires du clip: Coordown, la Fondation Jérôme Lejeune, Down Sindrome Madrid, Down Syndrom development trust, Down syndrome Center Pula, Saving Down Syndrome.

Source : Généthique
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