Comment la pandémie fragilise les « enfants pauvres »

Comme l’indicateur de pauvreté monétaire, l’indicateur de pauvreté en condition de vie se construit à partir du ménage, et non à partir des enfants, et il ne tient pas compte des différenciations existantes au sein du ménage (entre parents, entre fratries) ni des besoins spécifiques aux enfants.

Mis en ligne le 16 avril 2021 Imprimer Imprimer

En 2018, en France, plus de 9,3 millions de personnes (soit 14,8 % de la population), dont 2,9 millions d’enfants (soit 21 %), vivaient sous le seuil de pauvreté.

La pauvreté des enfants est définie, encore aujourd’hui, à partir de la pauvreté des parents. La mesure la plus utilisée en France est celle de la « pauvreté monétaire ». De ce point de vue, un « enfant pauvre » vit dans un ménage dans lequel le revenu global se situe au-dessous d’un seuil de pauvreté – déterminé, d’après l’Insee, « par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie. »

Une autre mesure de la pauvreté est celle de la « pauvreté en conditions de vie ». Un ménage est considéré comme pauvre de ce point de vue s’il ne peut faire face à au moins huit difficultés ou restrictions parmi vingt-sept, regroupées en quatre domaines : les contraintes budgétaires, les retards de paiements, les restrictions de consommation et les difficultés de logement (Insee, 2020). En 2017, 11 % des ménages étaient pauvres en conditions de vie en France.

Besoins socio-émotionnels

Comme l’indicateur de pauvreté monétaire, l’indicateur de pauvreté en condition de vie se construit à partir du ménage, et non à partir des enfants, et il ne tient pas compte des différenciations existantes au sein du ménage (entre parents, entre fratries) ni des besoins spécifiques aux enfants.

On peut notamment citer le besoin d’une alimentation de qualité qui participe au développement cérébral, responsable entre autres de la régulation des émotions et du développement cognitif. Les enfants confrontés à la faim de façon chronique sont ainsi plus vulnérables au développement de problèmes de comportements (anxiété, agressivité, impulsivité, inattention), avec des répercussions sur les apprentissages et la réussite scolaire.

Le développement de l’enfant nécessite également un environnement sécurisant dans lequel ses parents vont pouvoir être disponibles pour répondre à ses besoins socio-émotionnels. Or le stress parental et le stress des enfants sont plus importants dans les familles vivant dans un contexte de pauvreté que les autres, avec des répercussions possibles sur la qualité des liens parent-enfant, pourtant facteur de protection pour le développement socio-émotionnel et cognitif de l’enfant.

Les taux de pauvreté monétaire, stables jusqu’en 2017, sont repartis à la hausse depuis. Une hausse « discrète » qui doit s’intensifier avec la crise sanitaire, comme le souligne l’Observatoire des inégalités :

« Comme après la crise de 2008, la progression du chômage va alimenter la pauvreté, notamment du fait de la faiblesse des indemnités. […] Les données pour l’année 2020 ne seront connues qu’en 2022, mais on voit mal comment elles pourraient ne pas être marquées par une forte croissance du nombre de personnes pauvres ».

Cette augmentation serait liée, selon l’historienne Axelle Brodiez-Dolino, au basculement dans la pauvreté des pauvres qui sont devenus encore plus pauvres (surcroît des dépenses, difficulté pour recevoir leurs allocations, difficulté pour poursuivre des activités informelles) et des précaires que l’auteur nomme « les nouveaux pauvres de la pandémie ». Y sont inclus tous ceux qui n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel : les personnes en contrat précaire, en CDD, en intérim, en période d’essai, ainsi que les saisonniers, les travailleurs informels.

Les taux de pauvreté en conditions de vie ont baissé ces dernières années, mais il ne serait pas étonnant de les voir remonter aussi après la pandémie.

Vulnérabilités à venir

Outre l’augmentation de la pauvreté, d’autres études récentes signalent une plus forte vulnérabilité de cette frange de la société, qui est finalement plus exposée au virus que d’autres.

Dans un rapport sur le premier confinement, l’Insee montre, par exemple, que les personnes les plus modestes vivent plus souvent dans des logements surpeuplés. Ces mêmes personnes ont vécu le confinement plus difficilement, à cause d’un manque d’accès à un espace extérieur privatif et à la taille du logement.

Ils ont été plus souvent empêchés de communiquer pendant le confinement à cause du manque d’équipement informatique et parfois d’une situation d’illectronisme, pouvant amener à un isolement social et à la solitude, facteur de vulnérabilité pour la santé physique et psychique.

Lire la suite et source : Info Chrétienne

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