L’animal sujet de plus d’égards que l’embryon humain ?

Le 4 février 2019

Le 17 janvier, l’OPECST tenait une audition publique sur l’utilisation des animaux en recherche et sur les alternatives à l’expérimentation animale.

Pendant une matinée, des experts ont échangé sur les droits des animaux, la conscience animale, l’obligation de formation des chercheurs utilisant des animaux, leur niveau de bien-être ou encore des alternatives à la recherche animale.

Impossible en entendant les prises de paroles des uns et des autres de ne pas s’interroger. Comment ne pas penser que l’animal fait l’objet de bien plus d’égards et d’attention que l’embryon humain, ou que le fœtus lorsqu’il est l’objet d’une interruption de grossesse ?

La « conscience » des animaux a bien des égards

Georges Chapouthier, directeur de recherche émérite au CNRS et philosophe, membre du CA de la Fondation Droit Animal, Ethique et Sciences, évoque l’existence d’une conscience chez l’animal. Conscience qui le conduit à défendre le « droits des animaux ». En effet, il considère que ceux-ci « sont dotés d’une sensibilité nerveuse », et qu’ils ressentent à la fois la douleur (réflexe), mais aussi la souffrance (conscience). Il rappelle que dans les années 80, on opérait des bébés sans anesthésie car, comme ils ne parlaient pas, on considérait qu’ils n’avaient pas de conscience : « Il y a donc eu une évolution sur cet état de conscience qui est très favorable pour l’homme et pour l’animal ».

Nicolas Dudoignon, responsable de la politique protection animale chez Sanofi R&D affirmait que dans le secteur pharmaceutique, le personnel animalier avait désormais un réelle « conscience que les animaux ont une conscience ».

Cette conscience animale est « un fait scientifique établi » considère quant à elle la sénatrice Angèle Préville.

Seule Angéla Sirigu émet une réserve et précise qu’il n’y a « aucun fait qui établit qu’il y a une conscience chez l’animal telle qu’on l’entend chez l’homme […] On est encore en train de débattre ce qu’est la conscience chez l’homme, donc pour l’animal imaginez…». Une réflexion qui devrait être avant tout menée au sujet du fœtus humain sujet à l’interruption médicale de grossesse et qui ressent la douleur (cf. Le fœtus est sensible à la douleur… et aux émotions). Des propos sur la conscience qu’il serait bon de retrouver dans la bouche des chercheurs qui manipulent l’embryon humain.

Le « respect » de l’animal encadré par la règle des trois R et la formation continue

Enfin, à plusieurs reprises, c’est la règle des trois R qui est évoquée comme fondement « philosophique et pratique » de l’expérimentation animale.

Cette règle des trois R consiste à : 
– raffiner les protocles de recherche,
– remplacer quand c’est possible,
– réduire le nombre d’animaux.

Une règle intéressante, attentive au respect de l’animal… et que l’on ne voit pas appliquer lorsqu’il s’agit de recherche sur l’embryon humain : les alternatives ne sont pas envisagées, et « réduire » la recherche sur l’embryon humain ne semble pas être au programme de la révision de la loi de bioéthique dont les revendications portent davantage sur l’élargissement de son cadre d’utilisation, pour des questions de compétitivité…

D’autres intervenants ont évoqué aussi la formation continue devenue obligatoire pour les praticiens intervenant sur les animaux. Le Pr Hélène Combrisson, professeur émérite à l’école vétérinaire d’Alfort, présidente de la Commission Nationale d’Expérimentation Animale, assure que cette formation s’est développée autour des deux volets scientifiques et éthiques.

Là encore, on peut se demander s’il ne serait pas nécessaire de donner une formation éthique aux chercheurs et aux praticiens spécialisés dans la recherche embryonnaire ou le prénatal… au moins du niveau de celle envisagée pour les animaux…

Pour aller plus loin :
L’embryon humain, cet animal de laboratoire
Peut-on calquer le droit de l’animal sur celui de la personne humaine ?
Débat autour du « droit des animaux » : ne nous trompons pas de coupables !

Source : Généthique

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