Malik Bezouh : « Nous devons être capables de dire que le monde musulman est malade »

Le 9 août 2016

Comment analysez-vous l’atmosphère qui règne dans la société française suite aux attentats ?
Malik Bezouh : C’est l’effroi général, les gens ont clairement peur. En ce qui concerne les musulmans, ils sont dans l’inquiétude et ont peur de l’amalgame évidemment : il faut pourtant qu’ils sortent de cette posture victimaire. Mais simplement balayer l’amalgame d’un revers de la main est stérile. Nous ne pouvons pas nous contenter d’éluder l’amalgame en question. Il faut au contraire faire un pas pour s’expliquer et faire preuve de pédagogie. Notre société est à la croisée des chemins, ce drame est l’occasion ou jamais à saisir pour réaliser une sorte de psychothérapie nationale.

Quelle position doivent adopter les musulmans de France ?
Il y a une difficulté avec notre religion : l’intégrisme qui s’exprime à travers ces attentats n’est pas une maladie, c’est un symptôme bien plus profond. Nous devons être capables de dire que le monde musulman est malade. Il serait bon que nous reconnaissions nos failles car l’islam peut poser problème. Quelques jours avant les attentats, J’ai reçu une fatwa sur les réseaux sociaux me condamnant à mort parce que je suis un réformateur. Je ne faiblirai pas pour autant car je suis aussi un militant patriote. Je crois en l’amour de la France, je dois m’engager, c’est dans mes tripes. Les catholiques ont appris à faire face à l’anticléricalisme déchaîné et disons-le, à la christianophobie. L’islam à son tour doit apprendre à composer avec cette réalité.

Comment trouvez-vous la réaction des Français de « culture » catholique* ?
Je trouve que leur réaction est globalement saine. La culture catholique fait que la France a des valeurs nobles qui permettent d’apaiser les tensions. Heureusement que la culture catholique est là pour offrir une volonté de fraternité chez les Français ! Cette culture a façonné la France, et l’imaginaire des Français baigne dedans. Des rapprochements, des rencontres et des débats sont donc plus que jamais possibles. Je suis optimiste car la France est solide, elle en a vu d’autres depuis Clovis. Aujourd’hui, nous sommes nombreux à travailler pour ressouder les liens des différentes communautés.

En tant que musulman, de quelle manière contribuez-vous à ce dialogue ? 
Je prône et suis engagé en faveur d’un « prosélytisme patriotique », je souhaite donc manifester de façon ostentatoire mon amour pour la patrie française.

Propos recueillis par Arthur Herlin

9782259229418

France-islam : le choc des préjugés. Notre histoire, des croisades à nos jours, de Malik Bezouh. Éditions Plon, 2015, 18 euros.

Source : Aletia

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* Ndlr. On regrettera toujours l’approche souvent réductrice de nos amis catholiques. Avant d’être catholique, la culture est avant tout chrétienne. Dieu merci.

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