Prédication du pasteur Jean-Frédéric Oberlin à propos des juifs

L’attitude pratique de Jean Frédéric Oberlin s’adossait à une pensée théologique solide, construite, nourrie de la Bible, « à la protestante ».

Mis en ligne le 14 août 2015 Imprimer Imprimer

Je demande donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? A Dieu ne plaise ! Car je suis aussi Israélite, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n’a point rejeté son peuple qu’il a connu d’avance. (Epitre aux Romains XI, 1.2.)
Mes chers frères, il est si usité d’accueillir les Juifs avec mépris, de leur parler avec grossièreté et insolence, que même d’honnêtes gens ne sont souvent pas innocents à cet égard. Or quelque légère, et de quelque petite importance que cette faute puisse sembler aux yeux du monde, il n’en est pas ainsi aux yeux de Dieu.
Devant Lui, une insulte faite aux Juifs n’est pas une faute (11), une faiblesse,mais un crime que Sa Justice vengera sur quiconque s’en rend coupable. Vous en serez convaincus si vous pesez avec moi attentivement les raisons que notre sainte religion nous en fournit.

  1. Le principal de tous les commandemens de Dieu, le principal devoir d’un homme de bien, le principal ornement et caractère du vrai Chrétien est d’aimer Dieu de toute son âme et son prochain comme soi même.
    Aimer le prochain comme soi-même veut dire chercher cordialement et sincèrement à rendre au prochain la vie aussi douce, aussi agréable, qu’il nous est possible.
    Or qui insulte à un Juif, le méprise, le traite avec insolence ne lui rend-il pas la vie plus pesante, plus amère ? Il fait le contraire de la Loi de Dieu – il la viole et enfreint le principal de tous les commandements, l’abrégé de tous. Et Dieu tiendrait pour innocent un tel infracteur de ses lois !
  2. Jésus-Christ dit en St. Luc VI,31 « Comme vous voulez que les hommes vous fassent, faites leur aussi de même » – et Tobit dit à son fils : « Ne fais à personne ce que tu hais » (IV,6).
    Or qui aimerait à être moqué et insulté ? Ne regarde-t-on pas le mépris et l’insulte comme le plus grand de tous les maux ?
  3. N’est-il pas cruel d’affliger sans cause celui qui est affligé ? n’est-il pas infâme de se moquer de celui qui est faible et foulé, et d’insulter celui qui est sans défense ?
    Ya-t-il un état plus affligeant que celui des Juifs ? Ya-t-il un peuple plus foulé que les Israélites ? – Loin de leur patrie, dispersés parmi des peuples qui les haïssent, sans terre, sans juges de leur nation, sans roi, sans protecteur – méprisés partout, insultés partout, toujours fidèlement attachés à la religion de leurs pères, et toujours méprisés et souvent persécutés à cause de ce louable attachement même.
    Ô peuple digne de pitié ! Que tu mérites des larmes de compassion de chaque homme de bien ! Que ta misère, que ton état pitoyable mérite le traitement le plus doux, le plus honnête, le plus charitable.
    « Ne te moque point, dit Sirac. (VII,11), de l’homme dont l’âme est dans l’amertume ; car il y en a un qui abaisse et qui élève. Dieu fera vengeance. »
  4. Tu insultes le Juif, ou tu n’empêches pas tes enfants de l’insulter, tu lui parles avec insolence et mépris ! – T’a-t-il offensé, t’a-t-il fait quelque tort ?
    Au cas que oui – ne sais-tu pas à quel maître tu appartiens ? ne sais-tu plus que Jésus-Christ ordonne aux siens, de ne point rendre le mal pour le mal, ni insulte pour insulte, mais de rendre le bien pour le mal, de répondre aux insultes par la douceur – de bénir ceux qui nous maudissent, et de prier pour ceux qui nous maltraitent et persécutent. Mais s’il ne t’a point fait de mal, si tu es le premier à l’offenser, pense, et frémis de ce que tu fais : le caractère de J.-C. et des siens est de faire du bien à ceux qui leur ont fait du mal – et le caractère de Satan est de faire du mal à ceux qui ne leur en ont point fait.
  5. Jésus-Christ dit : qu’il est plutôt possible que l’univers entier périsse, qu’il ne l’est, qu’une seule de ses paroles périsse et manque d’être accomplie. Or Il dit en St. Luc VI,38 : « De la mesure dont vous aurez mesuré, on vous mesurera aussi – et on vous donnera dans le sein bonne mesure pressée et entassée, et qui s’en ira par dessus. »
    Ainsi quiconque aura insolemment traité, ou insulté, quelqu’autre surtout un pauvre Juif sans défense et foulé, sera, si ce n’est dans ce monde, traité à coup sûr, de la même manière après sa mort – il sera sans défense, foulé, méprisé, insulté et maltraité – il aura bonne mesure, pressée et entassée.
  6. Pensez quel scandale horrible on donne aux Juifs par le traitement inhumain qu’on leur fait ! Il n’y a point de salut qu’en Jésus-Christ – or au lieu de les y amener (12), on les en éloigne de plus en plus, on les force à prendre Jésus en horreur, parce qu’on les force à haïr sa religion.
    S’il y avait un seul pays de Chrétiens où les Juifs fussent constamment traités avec douceur, estime, honneur, bonté, affabilité – dites, les Juifs n’aimeraient-ils pas bientôt tendrement les habitants de ce pays, pourraient-ils haïr la religion de si braves gens, voudraient-ils, pourraient-ils haïr le maître et messie de ces gens, resteraient-ils éloignés de Lui, ne concevraient-ils pas de l’inclination pour lui, et par là ne seraient-ils pas bientôt gagnés ?


    Le pasteur J.-F. Oberlin imprimait lui-même des versets de la Bible pour les distribuer. Celui-ci rappelle l’élection du peuple d’Israël, thème du sermon prêché le 14 février 1779.
  7. Enfin, ne croyons pas qu’ils sont rejetés et abandonnés de Dieu. Non, mes frères, notre texte nous dit que non, la vocation de Dieu est sans repentance (XI,29)
    Comment les rejetterait-Il, ne sont-ils pas les frères selon la chair du Roi des Rois, les frères des plus grands favoris de Dieu, les prophètes, les apôtres ?
    Jésus leur frère leur rendra comme Joseph fit aux siens. Après les avoir affligés pour leur faire comprendre l’énormité du crime qu’ils ont commis contre lui – Il leur rendra le bien pour le mal – la vie pour la mort – la bénédiction pour la malédiction.
    Comment les rejettera-t-il ? ne sont-ils pas les enfants du bien-aimé Abraham, l’Ami de Dieu ? Et Dieu n’a-t-il pas dit qu’Il fera du bien en mille, mille générations aux enfants de ceux qui l’aiment et qui gardent Ses commandements – (Ce serait pendant plus de 33.000 ans)

Aimons-les donc mes frères. – Aimons les Juifs, cherchons du plaisir à les traiter avec honnêteté, estime, douceur et à leur rendre leur triste vie plus supportable – ne permettons jamais à nos enfants de manquer à leur égard.

  1. Ils sont nos prochains (13).
  2. L’amour du prochain est le principal de tous les commandemens et le caractère du vrai Chrétien.
  3. Faisons leur ce que nous souhaiterions qu’ils nous fissent, si nous étions étrangers, dans leur pays.
  4. N’affligeons pas ceux qui sont affligés – ne nous moquons pas de ceux qui sont foulés et dans l’amertume de l’âme.
  5. S’ils nous ont fait du tort, c’est à nous à leur en rendre du bien – s’ils ne nous ont pas offensés, il n’appartient qu’à Satan à faire du mal à qui ne lui en a point fait.
  6. Il nous sera mesuré de la mesure dont nous aurons mesuré.
  7. La douceur leur rend notre religion agréable – le mépris les en éloigne, or malheur à celui par qui le scandale arrive.
  8. Et enfin ils n’ont pas cessé d’être le peuple de Dieu, il ne les a pas rejetés. Il les afflige pour un jour les consoler et réjouir, et alors Il affligera ceux qui les auront affligés. A Lui soient honneur et gloire éternellement.
Amen (14).
14 Février 1779. Waldersbach. 
trad (9)
Texte (10) :

Partagez cette page
Facebooktwittergoogle_plusmail