II. Le Piétisme (18e et 19e siècles) et ses prolongements actuels

Mis en ligne le 27 octobre 2014 Imprimer Imprimer

Le Piétisme, dont l’un des principaux fondateurs est un Alsacien de Ribeauvillé, Philip Jakob Spener (1635‑1705), se développe en Europe continentale aux 18e et 19e siècles. En réaction contre le formalisme des Églises de son époque, le Piétisme prêche un retour à une « religion du cœur », c’est-à-dire une relation confiante, vivante et aimante entre le chrétien et son Dieu, et débouchant sur des œuvres de charité. Il se veut au départ un mouvement de réveil à l’intérieur des Églises luthériennes et réformées, mais ses démêlés avec les autorités ecclésiastiques le conduisent bien souvent à entrer en dissidence et à fonder des mouvements indépendants.

En 1735, les Frères Moraves, un mouvement piétiste indépendant d’Europe centrale, envoient en Alsace deux prédicateurs allemands, Frederick Schmutz et Christian Lembke. Ils y implantent plusieurs communautés (dont la plus importante à Strasbourg) ; celles-ci s’éteindront à la fin de la première guerre mondiale, avec le départ de la population d’origine allemande.

L’Alsace du 18e siècle voit surgir d’autres petites communautés locales de Piétistes, dont la plupart seront fédérées en un mouvement structuré sous le nom de Pilgermission St Chrischona à partir de 1828, puis sous le nom d’Union des Églises Évangéliques St Chrischona (UEEC) en 1952, et finalement sous le nom de Vision France en 2010, pour marquer la volonté du mouvement d’implanter des églises locales en France de l’intérieur [8]. Actuellement, Vision France compte quatorze assemblées en Alsace, une en Moselle, trois en Franche-Comté et deux en Vendée. Cette famille d’églises est aussi à l’origine de la maison de retraite médicalisée Le Petit Château, fondée en 1966 à Beblenheim.

En 1978, les églises Chrischona ont donné naissance à une autre fédération du même type, l’association missionnaire France pour Christ (FPC), dont le but est d’implanter de nouvelles églises locales dans l’est et le nord de la France. Une fois qu’elles sont viables, ces nouvelles églises rejoignent la famille d’églises Alliance pour Christ (APC) ; FPC et APC comptent ensemble aujourd’hui cinq églises dans le Bas-Rhin, trois en Moselle, et une quinzaine dans d’autres départements de l’est et du nord de la France.

Malgré son caractère souvent dissident, le Piétisme a continué à exercer une influence durable au sein des Églises luthérienne et réformée, par exemple à travers l’œuvre du pasteur pédagogue Jean‑Frédéric Oberlin (1740‑1826), ou celle du pasteur François Haerter (1797-1874), fondateur de la Société Évangélique (chargée de raviver et de propager la foi) et de la Maison des Diaconesses de Strasbourg [9]. Cela explique la présence, encore aujourd’hui, de personnes de sensibilité évangélique au sein de ces Églises.

Le Piétisme d’Europe continentale s’est développé en grande partie sans l’aide du monde anglo-saxon, et il a même eu des conséquences sur ce dernier : c’est en effet suite à des contacts avec des Frères Moraves lors de ses voyages en Amérique et en Allemagne que le pasteur anglican John Wesley s’est détaché d’une religion du rite et des œuvres, pour se convertir à une « foi du cœur » de type piétiste et fonder le mouvement méthodiste dans l’Angleterre du 18e siècle.

Christopher Sinclair
Maître de conférences à l’Université de Strasbourg
Septembre 2014

Notes

[8] Sur les Églises Chrischona, voir MEHL Herrade, « L’Union des Églises Évangéliques Chrischona: une typologie conventiculaire », in Aspects du Protestantisme « Évangélique », Bulletin n°7 du Centre de Sociologie du Protestantisme, Strasbourg, Faculté de Théologie Protestante, 1986, p. 9‑46.

[9] Voir STROHL Henri, Le Protestantisme en Alsace (réédition), Strasbourg, Editions Oberlin, 2000, p.363-378.


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