Transhumanisme : l’homme « augmenté » ?

Au cœur du transhumanisme se trouve en effet cette idée – et maintenant de plus en plus cette réalisation – d’un « homme augmenté ». L’homme « augmenté » ? Non, l’homme déshumanisé, robotisé, asservi…!

Mis en ligne le 7 avril 2018 Imprimer Imprimer

De l’homme « réparé »… à l’homme « augmenté »…

À l’origine, ce fut tout d’abord, comme l’ont souligné certains, «l’homme réparé», c’est-à-dire un homme bénéficiant des avancées étonnantes de la science et de la médecine, avancées particulièrement évidentes durant les dernières décennies du 20e siècle, mais observables depuis plus longtemps. Ces « progrès » scientifiques – qui en sont parfois, souvent, mais pas toujours – étaient donc et sont encore exploités essentiellement dans le domaine médical, et pour des malades ou accidentés… Mais ils ont progressivement commencé à offrir d’autres « opportunités » : non plus seulement guérir l’être humain, mais modifier et augmenter ses capacités, de résistance aux maladies et au vieillissement dans un premier temps, puis ses capacités sensorielles, physiques, puis intellectuelles, mentales…
Dès lors un pas peut être franchi – et plus qu’un pas, une frontière – entre cet homme « réparé », « guéri », et un homme « instrumenté », puis un homme « connecté », « amélioré », puis « augmenté »… et finalement, l’homme « transhumanisé », c’est-à-dire transformé en profondeur par un mélange entre nanotechnologies, numérique et sciences médicales, notamment la génétique… Un homme « hybridé » avec des « machines » de toutes natures : des appareillages extérieurs au corps, et d’autres intégrés au corps lui-même. À l’extrême, certains vont jusqu’à évoquer un homme « fabriqué », présent dans un corps totalement artificiel, ou pouvant choisir le corps dans lequel s’incarner, voire s’incarnant dans plusieurs corps à la fois, comme le suggère la transhumaniste M. Rothblatt, ou, même, un être entièrement « décorporisé » et existant uniquement dans des réseaux !

Des yeux capables de voir la nuit ?

Parmi ces perspectives, les plus osées apparaissent aujourd’hui – et c’est heureux – comme des folies utopiques. Pourtant, d’une part, ceux qui les évoquent le font sincèrement, et ils y consacrent des efforts, des travaux de recherche et des fonds colossaux. Et d’autre part, au-delà de cette inquiétante sincérité, il serait dangereux de fermer les yeux sur ce qui déjà aujourd’hui est réalisé ou en passe de l’être.

Il est possible en effet de citer plusieurs exemples, à différents degrés, de projets achevés ou encore en cours.

Une entreprise française, Pixium Vision, a ainsi développé des lunettes couplées à un implant, qui permettent de soigner certains types de problèmes de vue. Mais un autre projet de recherche vise à développer la capacité pour l’homme de voir la nuit, par l’injection dans les yeux d’un élément chimique que l’on trouve chez certains poissons d’eaux profondes. Ce projet figure parmi plusieurs dont l’objectif est d’améliorer les sens de l’homme, voire de lui en faire acquérir de nouveaux, que seuls certains animaux possèdent.

Un « exosquelette » pour améliorer les performances sportives…

D’autres travaux concernent le sang : si l’ambition d’arriver à créer un sang synthétique n’a pas encore été concrétisée, en revanche sont étudiés des «additifs», notamment pour améliorer le transport en oxygène du sang, ainsi que des modifications génétiques des globules, qui viseraient à renforcer leur résistance au vieillissement.

Les membres, os, articulations et organes vitaux sont également touchés par ces possibles transformations. Ainsi, si les membres articulés et les prothèses bénéficient aujourd’hui à des personnes amputées, ils pourraient être étendus, non seulement préventivement, afin d’éviter des fractures, mais encore, sous la forme notamment de tout ou partie d’un exosquelette, pour améliorer les performances sportives: courir plus vite, plus longtemps…

« Nous avons déjà réussi à imprimer une grande variété de tissus humains »

Dans un autre domaine, l’essor de l’impression 3D permet d’envisager la « fabrication » de tissus et, à terme, d’organes humains à partir de cellules souches. « Nous avons déjà réussi à imprimer une grande variété de tissus humains : du foie, du poumon, de l’os, des vaisseaux sanguins, du cœur et de la peau », affirmait l’un des responsables d’une entreprise californienne, Organovo, spécialisée dans cette « bio-impression ».

La peau pourrait elle aussi être l’objet de modifications : des chercheurs français ont déjà réussi « l’impression » d’un morceau de peau, là encore à partir de cellules humaines ; et la possibilité d’une peau « connectée », chargée de capteurs, est évoquée.

Mais c’est surtout le cerveau humain qui fait l’objet d’un grand nombre de travaux.

Il s’agit surtout de réussir à réaliser des implants dans le cerveau, afin de l’hybrider avec des nano-composants électroniques.

Enregistrer les rêves… et ensuite ?

A l’université de Californie du Sud, T. Berger, ingénieur et neurobiologiste, développe de telles puces électroniques depuis plus de 20 ans. Elles ont été testées chez le rat et le singe, et le sont aujourd’hui sur des hommes souffrant de lésions cérébrales. Le pilotage d’ordinateurs et de robots par ces implants cérébraux est par exemple aujourd’hui possible. Une entreprise de la Silicon Valley, Halo Neuroscience, travaille elle aussi actuellement sur ce type de système, basé sur des impulsions électromagnétiques.

Le développement de ces implants chez des personnes saines permettrait entre autres d’enregistrer l’activité cérébrale naturelle, par exemple l’enregistrement vidéo d’un rêve ; mais impliquerait également qu’une partie de l’activité cérébrale, des pensées, ne proviennent plus de l’homme lui-même, mais d’un «réseau», un «cloud» extérieur, chargé d’informations et de données, en interaction avec le cerveau naturel.

L’étape ultime : le « téléchargement » du cerveau…

Les processus de mémorisation, d’apprentissage, de souvenir, mais aussi de réflexion seraient alors transformés profondément. Le remplacement de zones entières du cerveau par des « prothèses » est également étudié.

Mais l’enjeu de ces travaux ne se limite pas à cette « hybridation » du cerveau. C’est surtout le fonctionnement de cet organe dans son ensemble qui est exploré, afin de pouvoir être reproduit.

« Quand nous en serons capables, nous pourrons en faire des copies fonctionnelles avec d’autres matériaux », a affirmé il y a quelques années M. Minski, chercheur au Massachusetts Institute of Technology à Cambridge aux Etats-Unis.

Ce spécialiste de l’intelligence artificielle est également l’un des principaux théoriciens du « téléchargement de l’esprit » ou « émulation du cerveau » : cette technique consisterait à transférer le contenu du cerveau d’un individu sur un autre support, comme un ordinateur.

Ils veulent se « débarrasser » du corps !

Ce transfert serait l’étape ultime du transhumanisme : une vie « débarrassée » du corps, ce corps qui vieillit, et ainsi affranchie de la mort – disent-ils !

D’autres exemples pourraient être cités. Bien sûr, il faut souligner à nouveau qu’il est essentiel de distinguer, sur l’ensemble de ces projets, ceux qui relèvent plus de folles obsessions de ceux qui sont à l’heure actuelle concrètement réalisés, ou qui sont envisageables à moyen terme au vu des développements récents des techniques et des sciences.

Mais aussi alors, à nouveau, redisons qu’il serait dangereux de laisser les premiers cacher les seconds, et tout ce qu’eux aussi peuvent avoir de redoutable… Car la frontière peut être désormais si vite franchie entre ce qui se révèle légitime, et même précieux pour soulager et guérir, et ce qui est manipulation et transformation de la nature profonde de l’être humain…

Et l’homme dans tout cela ?

Et, au-delà de ces exemples… se pose une question essentielle : et l’homme dans tout cela?

Plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui afin d’avertir des dangers de ces évolutions. Les dérives terribles qu’elles rendent possibles apparaissent de plus en plus clairement pour qui veut bien ouvrir les yeux. Et même parmi ceux qui développent de telles technologies, certains perçoivent le chemin redoutable qui s’ouvre, qui s’est ouvert : « ces innovations […] posent bien évidemment la question de la finalité du projet humain avec une gravité renouvelée », soulignait ainsi récemment le représentant français auprès de la Commission européenne pour les enjeux du numérique.

Oui, et l’homme dans tout cela ? Et, à la lumière de la révélation biblique, l’homme, création de Dieu… Que deviendrait-il ? Qu’en resterait-il ?

Qu’est-ce qui se cache, et qui se cache derrière ce transhumanisme ? Et derrière ses artisans ? Qui est à l’œuvre ?

Des centres de données capables de « tout entendre et de tout savoir »

Un fait particulièrement édifiant mériterait d’être cité : il s’agit précisément de ce qu’a déclaré et fait l’un de ces artisans, A. Levandowski, ancien ingénieur chez Google, et l’un des principaux concepteurs de la voiture autonome. Si ses propos sont à prendre avec beaucoup de précautions, ils n’en sont pas moins révélateurs sur les motivations et la ligne directrice qui sont celles de certains «promoteurs» du transhumanisme : « La machine va devenir plus intelligente que l’homme, c’est inévitable », confiait-il au grand journal californien Wired. Cette idée qu’un jour les ordinateurs surpasseront l’être humain est connue dans la Silicon Valley sous le nom de « Singularity » (Singularité). Levandowski, lui, préfère parler de « transition »… Mais transition vers quoi ?

Il détaille lui-même sa vision : le réseau Internet pourra être comparé à un système nerveux qui reliera entre eux une multitude d’objets tels les smartphones et autres appareils connectés, et à terme les implants dans les êtres humains eux-mêmes. Le cerveau de cette architecture sera l’ensemble des centres de données, capables de « tout entendre et de tout savoir ».

Quand l’idéologie prédétermine les conclusions « scientifiques »…

« Le résultat sera de fait un dieu », dit-il. Et il explique : « Nous avons entamé le processus pour élever un dieu. Alors, assurons-nous d’y réfléchir pour le faire de la meilleure façon. C’est une opportunité formidable » !

Afin de promouvoir cette « vision », il a créé une organisation religieuse, appelée « Way of the Future » (la Voie du Futur), officiellement enregistrée auprès des services fiscaux américains, dont le but est « la réalisation, la reconnaissance et l’adoration d’une divinité basée sur l’intelligence artificielle (IA) développée à l’aide de matériel informatique et de logiciels ».

Levandowski va jusqu’à affirmer : « Cette idée doit être répandue avant même que la technologie ne se diffuse… Si vous y croyez, allez voir les gens autour de vous, parlez avec eux, et aidez-les à comprendre ».

« Animal de compagnie ou bétail ? »

Il esquisse ensuite un tableau troublant à bien des égards : « Dans la mesure où cette intelligence artificielle sera plus intelligente que nous, elle décidera de son évolution, mais au moins nous pouvons décider de la manière dont nous nous comporterons autour d’elle […] J’aimerais que la machine nous voie comme ses anciens « adorateurs » qu’il faut respecter et dont il faut prendre soin. Nous souhaitons que cette intelligence se dise : les humains devraient avoir des droits, même si c’est moi qui décide […] Nous croyons qu’il est important que les machines sachent qui sont les sympathisants de leur cause. Nous avons l’intention d’archiver qui a fait quoi, et depuis quand, pour participer à une transition pacifique et respectueuse », explique-t-il, avant de conclure : « Un jour, l’homme perdra sa place en haut de la pyramide, l’intelligence artificielle le reléguera au statut de fourmi, et alors, voudrez-vous être un animal de compagnie ou du bétail ? »

Qui sera derrière cette « intelligence artificielle » ?

Quel discours ! Et au-delà d’une certaine provocation, au-delà des affirmations péremptoires concernant un futur qui semble pour l’heure improbable… quelle folie, et quelle idéologie redoutable ! Un dieu… non, une idole, créée par l’homme…

Dans la Genèse, l’Éternel s’est révélé : « Dieu créa l’homme à son image ». Mais St Paul, inspiré par l’Esprit, avertissait que certains « changeraient la vérité de Dieu en mensonge, et adoreraient et serviraient la créature au lieu du Créateur » (Romains 1).

Voici venir une nouvelle idole, mais quelle idole ! Et, à nouveau, il faut s’interroger… Qui sera derrière cette « IA », cette « machine » ?

Avec prudence, mais avec gravité, l’on peut penser à plusieurs paroles des Écritures… La Bible parle, entre autres, de l’Antichrist (2 Thessaloniciens 2). Dans le même passage, l’apôtre répétait cette exhortation : « demeurez fermes… et que personne ne vous séduise »… Cette exhortation est plus que jamais d’actualité : face à de telles évolutions, quelle lucidité et quelle prudence, éclairées par les Écritures et l’Esprit Saint, doivent être celles du chrétien véritable, de celui qui veut demeurer libre, et fidèle au Christ vivant…

On ne viole pas les lois du Créateur sans conséquences…

Mais aussi, pour cet homme-là, cette femme-là, quelle paisible assurance doit demeurer… Car non, Kurzweil se trompe… Levandowski se trompe… Et tous ceux qui les accompagnent… Ce n’est pas la machine qui aura le dernier mot… C’est le « Dieu vivant et vrai ». Et pour ceux qui suivent de tels « apprentis-sorciers », tout cela se terminera comme toujours quand l’homme s’élève et veut devenir dieu, poussé par l’Adversaire : cela se terminera par la dictature, la domination, l’asservissement, et la mort… La mort physique, la destruction des corps, après bien des problèmes, problèmes de santé, drames psychologiques, et bien des souffrances, car on ne viole pas les lois du Créateur sans conséquences… Et la condamnation éternelle, loin de Dieu.

Le Christ ressuscité a promis à l’Eglise qui avait tenu ferme : « parce que tu as gardé ma Parole, moi aussi je vais te garder à l’heure de la tentation qui va venir sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre ». Cette promesse est certaine, et elle e pour tous ceux qui gardent la Parole : Dieu est puissant pour les garder et il le fera.

KC

Source : Documents Expériences n°190 – Mars 2018 (avec autorisation)

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