Yolocaust : la Shoah à l’âge du selfie

Pour réveiller les consciences de tous ceux pour qui, aujourd’hui, le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe est devenu plus un parc d’attraction qu’un lieu de mémoire des victimes, Shahak Shapira, un artiste satirique israélien, a mis au point un procédé ingénieux, fascinant mais profondément dérangeant.

Mis en ligne le 30 janvier 2017 Imprimer Imprimer

Le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe inauguré en 2005, situé dans le centre de Berlin, est un monument atypique. Ce terrain vallonné couvrant plus de 19 000 mètres carrés, est hérissé de 2711 stèles de béton nu. Sous ce champ de stèles s’alignent les noms de toutes les victimes juives recensées par le mémorial israélien de la Shoah, Yad Vashem. Un lieu en déshérence, abandonné à la décrépitude et théâtre de l’expression égocentrique contemporaine, à la mise en scène obscène et insignifiante de la vie personnelle : le selfie.

Un super endroit pour faire du vélo, un jogging ou une petite promenade avec des amis, non ? Pas vraiment. Et c’est de la révolte contre l’oubli et la désinvolture du public qu’est né le projet YOLOCAUST.

Vanité : satisfaction de soi. Nature-morte évoquant les fins dernières de l’homme

Shahak Shapira est un artiste satirique israélien né en 1988, vivant depuis de nombreuses années à Berlin. Il est allé à la pêche aux selfies réalisés dans le Mémorial et postés sur les réseaux sociaux. Il nous montre les images mignonnes de cette jeunesse qui passe du bon temps entre les piles de béton. L’objet du site du projet vise à rappeler aux insouciants que « pour beaucoup, ces stèles grises sont les pierres tombales symboliques de six millions de Juifs assassinés et enterrés dans des fosses communes, ou figurent la cendre, les restes de ceux qui ont brûlé dans les camps de la mort. »

Pour réveiller les consciences de tous ceux pour qui, aujourd’hui, le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe est devenu plus un parc d’attraction qu’un lieu de mémoire des victimes, Shapira a mis au point un procédé ingénieux, fascinant mais profondément dérangeant. Le visiteur y découvrira les selfies détournés d’une manière singulière.

Yolocaust
Yolocaust

En effet, en déplaçant sa souris sur la photo, un autre paysage apparaît, glacé et dramatique, figé dans un noir et blanc macabre. Une image des camps de la mort et de l’extermination barbare de peuple juif. Le selfie quand à lui, demeure, plongé dans la réalité cruelle dont le lieu porte la mémoire.

Yolocaust
Yolocaust
.
Le projet est à peine publié que déjà il suscite un grand intérêt sur les réseaux sociaux et nourrit un intense débat. Il porte sur l’importance pour les jeunes Européens de notre temps de connaître l’histoire dramatique de leur propre continent, celle qui s’est déroulée il y a quelques décennies, c’est-à-dire hier.

Source : Aleteia


Partagez cette page
Facebooktwittergoogle_plusmail