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Une nouvelle « bible » découverte en Turquie ?

D’après les spécialistes, qui ont pu étudier la seule image proposée, cette soi-disant Bible, n’est en réalité même pas une Bible, mais plutôt un lectionnaire syriaque et ne date probablement pas de quinze siècles, mais plutôt du quinzième siècle. Regardons ce qui se cache derrière cette annonce.

Mis en ligne le 29 novembre 2016 Imprimer Imprimer

Au début du mois de novembre, RMC Découverte a diffusé un reportage sur l’Evangile de Barnabé. Au début du reportage il était question d’une « bible » récemment découverte en Turquie. Cette information a été relayée (et continue à l’être) par de nombreux sites musulmans sur Internet. En effet, d’après ceux-ci, cette bible contiendrait l’évangile de Barnabé qui affirmerait que Jésus n’a jamais été crucifié mais qu’il a été remplacé par une autre personne. En réalité, la Turquie a ensuite très vite bloqué l’accès à ce document. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’information était (bien évidemment) fausse.
D’après les spécialistes, qui ont pu étudier la seule image proposée, cette soi-disant « bible », n’est en réalité même pas une Bible, mais plutôt un lectionnaire syriaque et ne date probablement pas de quinze siècles, mais plutôt du quinzième siècle. Quoiqu’il en soit, aucun évangile de Barnabé à l’horizon. Précisons enfin, comme l’a justement rappelé un des intervenants, que ce n’est pas la première fois que la Turquie diffuse une fausse information de ce genre.

Une fois ce sujet évoqué, le reportage se concentre sur l’évangile de Barnabé à proprement parler. Tout le reportage se présente comme une enquête ayant pour but de vérifier si cet évangile est bien authentique. Cet évangile n’est connu que par deux manuscrits, un espagnol et un italien, datant de l’époque moderne. Au-delà de ces manuscrits, le texte lui-même trahit le fait que son auteur vivait au Moyen Age. Le reportage aboutit à la conclusion que cet évangile est un faux fabriqué au Moyen Age. On aurait pu en rester cela. Cependant, cette « enquête » avait en réalité un autre but, qui n’est dévoilé que dans les dix dernières minutes du reportage. Il s’agit, ni plus ni moins que d’un appel au syncrétisme. Le message de fond étant que toutes les différences entre les religions n’ont aucune importance.

Pour arriver ce but, il faut bien sûr nier des affirmations importantes de la foi chrétienne, comme la mort et de la résurrection de Jésus, et c’est effectivement ce que s’est évertué à faire le reportage en tentant de jeter le doute sur l’historicité des faits relatés dans les évangiles. Toutefois, cela n’a pu se faire qu’au prix d’un certain nombre d’erreurs historiques, que j’aimerai maintenant relever et rectifier, afin de montrer que les chrétiens ont au contraire de bonnes raisons d’affirmer la fiabilité historique des récits évangéliques.

Première erreur : Le christianisme, religion d’État sous Constantin

Commençons par une erreur factuelle. La voix-off affirme que Constantin a fait du christianisme la religion d’Etat en 312. Ceci est totalement faux. D’une part, en 312 Constantin n’était pas le seul empereur romain et son collègue, Licinius, était encore païen (et il l’est toujours resté). D’autre part Constantin, même après la mort de Licinius, n’a jamais fait du christianisme la religion d’Etat de l’Empire. Comme je l’ai expliqué dans un article récent , Constantin a simplement rendu le christianisme légal et accordé quelques privilèges à l’Eglise. Cette erreur n’est pas anodine, car elle participe à un projet plus large du reportage qui est de présenter la Bible comme la fabrication de Constantin et donc de jeter du discrédit sur elle, en affirmant que la Bible n’aurait été composée que pour des motifs politiques.

Ainsi, tout au long du reportage, la voix-off martèle un certain nombre de mensonges historiques :

« L’Eglise officielle est créée par Constantin »

« A l’origine chaque apôtre avait écrit son propre évangile »

« A la fin du 4e siècle, l’Eglise n’a décidé de conserver que quatre évangiles », etc.

Or, tout cela est faux. Constantin n’a jamais émis la moindre loi pour définir les livres présents dans le canon biblique et les évangiles, car c’est surtout de ces livres dont il est question, étaient reconnus depuis bien longtemps par l’Eglise.

Les plus anciens textes que nous connaissons, comme l’Epître aux Corinthiens de Clément de Rome ou la Didachè , écrits par des contemporains des apôtres montrent bien que ceux-ci connaissaient déjà les récits évangéliques. Au début du 2e siècle, nous avons ensuite des témoignages très clairs, de Justin Martyr ou Papias d’Hiérapolis, montrant que des évangiles écrits étaient déjà lus par les chrétiens lors de leurs réunions publiques.

Enfin, dès la seconde moitié du 2e siècle, nous avons d’autres témoignages qui montrent que ce sont bien ces quatre évangiles, et uniquement ces quatre là qui étaient lus dans les Eglises. Parmi ces témoignages, on peut par exemple citer celui d’Irénée de Lyon, qui est un disciple de Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean l’Ancien, qui affirme clairement dans son ouvrage Contre les hérésies qu’il n’y a que ces quatre évangiles (Matthieu, Marc, Luc et Jean) qui doivent être lus et étudiés dans les Eglises.

On voit donc que bien avant la naissance de Constantin et deux siècles avant que le christianisme ne devienne religion d’Etat, l’Eglise avait très clairement défini les évangiles à conserver dans la Bible. Ces évangiles avaient été choisis à cause de leurs origines. Deux, Matthieu et Jean, provenaient des apôtres et deux de leurs compagnons : Marc qui était l’interprète de Pierre et Luc qui accompagnait Paul, mais qui a surtout fait un travail d’historien, comme il le souligne lui-même au début de son évangile. Par ailleurs, c’est à cette même époque, au 2e siècle,  que sont réalisées les premières traductions de la Bible, en latin, en syriaque et dans d’autres langues. Très tôt les évangiles ont donc été diffusés en dehors de l’Empire romain, et notamment dans l’Empire Perse, qui était à l’époque le grand ennemi et le rival de l’Empire romain. Plus tard, ils ont aussi été diffusés en Ethiopie, en Arménie ou chez des peuples barbares d’Occident, à chaque fois en étant traduit dans la langue de ces peuples.

L’Eglise d’Orient est aujourd’hui complètement oubliée, mais durant les premiers siècles et jusqu’au milieu du Moyen Age elle a connu une expansion importante. Au siècle dernier, on a même retrouvé des stèles chrétiennes en Chine.

Toutes ces informations sont extrêmement importantes, car elles (dé)montrent qu’il n’y a jamais eu une autorité politique (un roi ou un empereur) ou religieuse (le pape par exemple) qui ait pu contrôler l’édition et/ou la diffusion de la Bible et de fait exercer une éventuelle censure. Il faut noter qu’on a là une différence importante avec l’islam. En effet, d’après la tradition musulmane, c’est le calife Othman qui a compilé et édité le Coran. Les historiens non-musulmans considèrent que c’est plutôt un de ses successeurs, mais même en admettant la tradition musulmane, on constate que c’est un chef politico-religieux qui a compilé le livre saint. Il alors détruit tous les autres Corans qui circulaient et il a pu ajouter ou supprimer des versets, comme l’attestent d’ailleurs certaines anciennes sources musulmanes.

Pour la Bible, rien de tout cela. Le pouvoir politique n’a jamais pu contrôler ou choisir les livres présents dans la Bible. Ceux-ci n’ont été conservés que parce qu’ils ont été reconnus par l’Eglise comme les témoignages les plus fiables de la vie de Jésus.

Deuxième grande erreur : Les évangiles auraient été écrits à la fin du 1er siècle

Il convient maintenant d’aborder une deuxième grande erreur. Au détour d’une phrase, un autre intervenant affirme subitement que les évangiles auraient été écrits à la fin du 1er siècle, vers les années 100. Là encore, ce qui est présenté comme une évidence historique est en réalité une affirmation très contestable et très contestée, y compris par des historiens non-chrétiens. L’idée que les évangiles auraient été écrits aussi tardivement ne repose en réalité sur aucune preuve historique, mais seulement sur un présupposé philosophique. Le raisonnement peut être résumé de la manière suivante :

  1. Les miracles n’existent pas
  2. Les évangiles contiennent beaucoup de récits miraculeux
  3. Donc les évangiles sont des œuvres de fiction
  4. Donc ils ont dû être écrits tardivement, le temps que toutes ces histoires soient inventées

Ainsi, pour parvenir à la conclusion (d), il faut au moins affirmer deux choses : (a) et (c) nettement contestables. Le premier point bien évident peut être, et doit être, rejeté par n’importe quel croyant. Si Dieu existe, rien ne lui empêche d’accomplir des miracles. Quant à l’historien, il devrait au moins conserver une position de neutralité, ce que l’on appelle « l’agnosticisme méthodologique » et sans aller jusqu’affirmer la réalité des miracles, au moins ne pas partir du principe qu’ils sont forcément faux, mais simplement étudier les preuves historiques en elles-mêmes.

Parmi les miracles effectués par Jésus, un retient particulièrement l’attention et sert à dater les évangiles après 70, celui de la prophétie de la destruction du Temple. En effet, les historiens s’accordent pour dire que Jésus a prophétisé la destruction du Temple. Or celle-ci a effectivement eut lieu. Le raisonnement est le suivant :

  1. Jésus a prédit la destruction du Temple
  2. Cette destruction a eu lieu une génération après lui (en 70)
  3. Les prophéties n’existent pas
  4. Donc le texte a forcément été écrit après 70 par quelqu’un qui avait déjà vu la destruction du Temple

Là encore, on voit que tout le raisonnement part du principe que Jésus n’a jamais pu être prophète. Mais même d’un point de vue non-croyant ce raisonnement ne tient pas et peut aboutir à certaines absurdités. Théodore Herzl dans son livre L’Etat des Juifs annonce par exemple que l’Etat d’Israël sera reconstruit d’ici 50 ans. Or, ce livre a été écrit en 1896. A quelques mois près, l’annonce de Théodore Herzl s’est réalisée avec une extrême précision. Si on appliquait le raisonnement précédent à ce texte, il faudrait donc conclure que ce livre a été publié après la création d’Israël, alors même qu’Herzl était mort… depuis plus de quarante ans ! Cet exemple montre bien les défauts du raisonnement précédent.

En conclusion, il faut souligner le caractère très idéologique de ce reportage. D’autres erreurs, allant dans le même sens, auraient aussi pu être relevées (concernant le symbole de la croix par exemple), mais j’ai préféré me limiter aux deux points qui me paraissaient les plus importants. Le but de ce reportage était de prôner le syncrétisme. Cette enquête sur l’évangile de Barnabé n’était qu’une tentative de discréditer les Evangiles figurant dans toutes les Bibles chrétiennes. Toutefois, j’espère avoir pu montrer avec cet article que ce discrédit ne s’est fait qu’au prix de graves erreurs historiques. Le chrétien a, au contraire, toutes les raisons de considérer que les évangiles conservés dans la Bible sont historiquement fiables.

David Vincent www.didascale.com

Source : Info Chrétienne

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