Selon le théologien Jürgen Moltmann, « les anabaptistes incarnaient l’unique réforme issue de la foi seule »

Les anabaptistes rejetaient la religion chrétienne d’Etat et le « Saint Empire ». Ils ont été persécutés par les princes catholiques et protestants conformément au droit impérial. Ils ont été considérés comme ennemis de l’Empire. C’est pourquoi l’exécution de Michael Sattler a été particulièrement horrible, visant un effet dissuasif…

Mis en ligne le 11 juillet 2017 Imprimer Imprimer

Qui étaient les anabaptistes et pourquoi ont-ils été si cruellement persécutés par les catholiques et les protestants réformés et luthériens ?

Luther les a nommés « les exaltés », les historiens parlent de « l’aile gauche » de la Réforme. Je pense qu’ils incarnaient l’unique Réforme issue de la foi seule.

C’est à partir de la prédication de la Réforme et de l’approbation du peuple que les magistrats des villes et les princes des régions ont effectué la Réforme des Eglises et des écoles.

En 1555, les princes catholiques et protestants se sont mis d’accord quant à la formule politico-religieuse Cujus regio-ejus religio (qui gouverne la région détermine la religion). Ainsi Rottenburg devint catholique et Tübingen protestante. La Réforme a eu lieu selon les lois du Corpus Christianum, c’est-à-dire les lois du Saint Empire Romain Germanique. L’empereur Constantin et ses successeurs ont établi comme religion de l’Empire le christianisme persécuté auparavant par des empereurs dans Rome, pour ainsi déclarer l’Empire romain comme le « Saint Empire » du Christ. Les réformateurs sont restés fidèles aux lois de ce « Saint Empire ». Mais les anabaptistes ont rejeté les fondements de cette religion chrétienne d’Etat et ce « Saint Empire » : ils ont mis un terme au baptême des enfants par lequel chaque enfant devient chrétien, et ont introduit le baptême de la foi, d’abord à Zürich, puis dans l’Europe entière, également à Horb et Rottenburg. Ils ont rejeté le service de l’épée : « Jésus interdit la violence de l’épée ». Ils ont refusé de prêter serment : « Jésus interdit aux siens de jurer par qui ou quoi que ce soit ». Ils ont rejeté la participation aux autorités temporelles, « car il ne peut convenir au chrétien d’être une autorité. » Ces vocations fondées sur Jésus sont écrites dans la Confession de Schleitheim.

En 1527, Michael Sattler les a rédigées en « Sept articles concernant l’Union fraternelle d’un certain nombre d’enfants de Dieu ». Ainsi, les anabaptistes ne rejettent pas moins que la religion chrétienne d’Etat et le « Saint Empire ». Ils ont été persécutés par les princes catholiques et protestants conformément au droit impérial. Ils ont été considérés comme ennemis de l’Empire. Et lorsque Michael Sattler, dans son interrogatoire à Rottenburg, dit de surcroît : « Et que vienne le Turc, il ne faut pas lui opposer de résistance, car il est écrit : “Tu ne tueras pas”», le danger émanant des anabaptistes devint public, car le peuple était de leur côté. C’est pourquoi l’exécution de Michael Sattler a été particulièrement horrible, visant un effet dissuasif : ils lui ont coupé la langue, l’ont ferré sur le chariot, lui ont arraché la chair du corps avec des pinces incandescentes et l’ont brûlé sur la « bosse de la potence » à Rottenburg le 20 mai 1527 comme hérétique et ennemi de l’Etat. Sa femme Margaretha a résisté à toutes les tentatives de récupération et a été noyée dans le Neckar, peu de jours plus tard.

Michael Sattler était le prieur du monastère de Sankt Peter dans la Forêt-Noire. Il était un homme d’une culture théologique et humaniste très élevée. En 1525, il faisait partie du soulèvement des paysans et s’est marié la même année que Luther. Il a rejoint les anabaptistes à Zürich et a évangélisé en Haute-Souabe. A Horb, il a rassemblé beaucoup de fidèles qu’il a baptisés dans le Neckar. Comme le prouvent ses articles de Schleitheim, il était l’égal des réformateurs connus tels Zwingli à Zürich et Bucer à Strasbourg et du même niveau. Sa devise missionnaire était : « Les chrétiens sont sereins et font confiance à leur Père céleste sans toute cette défense extérieure répandue dans le monde, à savoir l’armement. »

Martin Luther a libéré l’Eglise de la captivité babylonienne du pape, c’est ainsi qu’il l’a écrit.

Michael Sattler l’a libérée de la captivité babylonienne de l’Etat, ce que seule l’Eglise « confessante » a réalisé durant la dictature nazie de 1934. Nous le commémorons avec respect. En l’année 2017 de la Réforme, le nom de ce martyr doit être un phare !

Source : Éditions mennonites

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