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Procès d’Echirolles : la douleur et le pardon d’Aurélie Monkam Noubissi

A l’occasion du procès qui vient de s’ouvrir devant la cour d’assises de Grenoble, la foi de la mère de Kévin assassiné impacte les médias : respect et admiration. « Mère courage » est le surnom qui revient dans les chaines de TV, radios, journaux, sites et blogs internet.

Mis en ligne le 9 novembre 2015 Imprimer Imprimer

Les policiers et les magistrats ne sont pas vraiment habitués à ces comportements de chrétiens victimes qui malgré ce qu’ils subissent, se préoccupent aussi des accusés et prévenus et ne leur renvoient pas un discours hostile, mais empreint d’aide et de compassion.

Les procès qui se déroulent dans les tribunaux de l’Hexagone donnent quelque fois lieu à des déferlements d’invectives, des désirs de vengeance, d’expressions de haine même, de la part des victimes, à l’endroit des accusés ou prévenus. Généralement à la mesure de ce qu’ils leur ont fait subir : un préjudice qui bien souvent court toujours.

Le plus fréquemment, le ressentiment, le souhait de voir la justice frapper fort, sont tant bien que mal, contenus sur les bancs de la partie civile. Perceptibles seulement dans une tentative de maîtriser des comportements que l’atmosphère du prétoire ne peut ignorer.
Rarement, exceptionnellement, les victimes font preuve de tout autres sentiments, teintés de compréhension, de bienveillance, de mansuétude, de compassion, de pardon…

Si une telle attitude ne saurait être l’apanage des chrétiens, ceux-ci tiennent généralement un discours qui surprend, interpelle, fait réfléchir, tant il est cohérent avec une autre façon de penser le monde (*).

Ainsi en va-t-il dans une affaire qui fait l’actualité : le procès qui vient de s’ouvrir cette semaine devant la cour d’assises de Grenoble pour la sauvage et mortelle agression commise sur Kévin et Sofiane, deux jeunes de 21 ans, à Echirolles, trois ans auparavant. On ne saura guère ce qui s’y passe : le huis-clos demandé a été prononcé (2 des 12 accusés étaient mineurs au moment des faits).

« Ma souffrance ne m’autorise pas à avoir de la haine »

Ce que l’on sait en revanche, c’est ce que la foi de la mère de Kévin peut impacter à travers l’écho qu’en donnent les médias : respect et admiration. « Mère courage » est le surnom qui revient dans les chaines de TV, radios, journaux, sites et blogs internet. Qui eux-mêmes n’en reviennent pas…

Aurélie Monkam Noubissi (c’est son nom) n’en n’est pas pour autant épargnée par la douleur. Elle souffre comme n’importe quelle mère dans pareille situation : « On m’a « désenfantée », on m’a arraché le ventre ». Elle ne cache pas son émotion lorsqu’elle évoque son garçon. Mais l’attitude est sereine, paisible, habitée d’une force intérieure.

Bouleversée comme on peut l’imaginer à l’époque du drame soudain, sans pouvoir échapper au « pourquoi ? », cette protestante, issue d’une famille très pratiquante vivant sa foi au quotidien, confie avoir eu recours à la Bible. Dénuée de désir de vengeance et de haine, elle pense aux autres. « Ma souffrance ne m’autorise pas à avoir de la haine. Ce serait un facteur aggravant » confiait-elle au micro de Jean-Jacques Bourdin (BFM).

Aurélie Monkam Noubissi2Elle voudrait que ce drame fasse réfléchir, pouvoir contribuer à ce qu’il ne soit pas répété. Elle a écrit dans ce sens au ministre de l’Intérieur. Elle intervient en milieu scolaire. Elle est l’auteur d’un livre « Le ventre arraché » (Bayard 2014). Pédiatre, elle a créé avec d’autres médecins un groupe de recherche sur la violence. Elle fait partie d’un collectif local pour travailler sur le « vivre ensemble » et ce qui relève de l’insertion, de la sécurité, du décrochage scolaire, des germes de la déshérence.

« Ma foi secouée peut en ressortir plus forte »

Mieux que quiconque, elle sait combien l’enfance, l’éducation, jouent un rôle essentiel. « Un enfant c’est comme un pot à remplir avec de la nourriture : il y a la bonne et ce que le monde apporte de mauvais » a- t-elle confié en substance lors d’une interview sur France 2.

Elle envoie ce message d’espoir que « la vie est un cadeau », et qu’à ce titre « toute vie est précieuse, il peut en ressortir quelque chose ». Elle s’insurge contre l’idée « de vie nulle », de la faute à « pas de chance ».

Envers les agresseurs de son fils, elle dit éprouver pitié et compassion. « Il y a aussi de la souffrance de leur côté ».

On ne sait pas comment vont se comporter ces derniers au procès qui rendra son verdict le 11 décembre. Interviewée dans l’émission « Sept à huit » (TF1), Aurélie avance : « Si on me demande pardon, j’accepterais. J’aimerais participer à leur restructuration (…) Si tu veux me parler, je ne te dirais pas que tu es un monstre, un barbare. Tout ce que je pourrais te dire c’est que je suis une maman qui souffre. Le vide est là ».

Et d’ajouter « Peut être ma foi a-t-elle été secouée, mais elle peut en ressortir plus forte ».

 

 

Toutes proportions gardées, cette affaire en rappelle une autre récente où, là aussi, la victime a eu un comportement qui détonne dans un prétoire.

Une religieuse qui fait sensation au commissariat et au tribunal

C’était devant le tribunal correctionnel de Denain (Nord) où comparaissait un homme de 46 ans qui, sous l’effet de l’alcool, avait violemment molesté une passante de 83 ans à coups de poings après l’avoir plaquée contre un mur. L’agresseur, dès sa garde à vue, avait vivement regretté son geste, entre larmes et excuses. Sa victime, qui se trouvait être une religieuse, Sœur Anne-Véronique, lui avait pris les mains en priant pour lui, à la stupéfaction des policiers, devant cette scène on ne peut plus inhabituelle dans un commissariat.

Mais elle ne s’est pas contentée de cela. Lors de l’audience, le 15 octobre, elle a plaidé pour un suivi de son agresseur, n’a réclamé aucun dédommagement, soulignant que « d’un mal peut sortir un bien : on est en train de le remettre sur les rails ». L’énergie et le comportement de cette religieuse (qui a en plus offert un pieux cadeau à son agresseur), ont fait sensation dans le prétoire. Au point que le président du tribunal, s’adressant au prévenu, en est venu à lâcher : « on va presque regretter de devoir vous condamner ».

Il s’en est sorti avec huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve, assortis d’obligation de soins. Mais surtout une sorte d’état de grâce pour cet homme qui a laissé l’impression de vouloir sortir de ses travers et ses addictions.

(Source : La voix du Nord)

(*) Ce fut notamment le cas de June Steenkamp, mère de la compagne d’Oscar Pistorius (Info-Chrétienne du 4 novembre).

Olivier Beylon
Journaliste et rédacteur en chef du Chrisianoscope

Source : InfoChrétienne.com


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