Pour l’ermite protestant Daniel Bourguet, dans la nuit de Vendredi saint, « c’est la vie qui commence » !

Dans le dernier entretien de Jésus avec ses disciples, quelque chose de neuf prend vie, estime l’ermite cévenole Daniel Bourguet, 71 ans. Rencontre dans le sud de la France avec cet homme solitaire qui aime le monde.

Mis en ligne le 30 mars 2018 Imprimer Imprimer

Il a la barbe généreuse, le regard doux, qui accroche. Daniel Bourguet, pasteur protestant et ermite depuis plus de vingt ans dans les Cévennes, vient de publier un nouvel ouvrage. Son titre : « Le dernier entretien avant la croix ». Il lit ce passage de l’Evangile de Jean (ndlr Jean 13 :31 à 16 :33) chaque année la nuit du Vendredi saint dans la chapelle de la maison d’accueil des Abeillères*, qui se trouve en contre-bas de sa cabane. Pour lui, quelque chose de neuf apparaît dans cet entretien d’adieu, comme « une vie qui commence », écrit-il. En montant vers son logis, son regard se perd dans les arbres et collines ensoleillées ; il explique alors de sa voix douce : « On attend un bilan de la part de Jésus, un regard sur le passé, avant qu’il se sépare de ses disciples. Mais ce n’est pas ce qu’il se passe. Jusque-là, il était présent physiquement ? Oui, mais maintenant, il est présent dans notre cœur ; ce qui commence, c’est cette vie nouvelle, cette vie de l’Eglise, cette vie avec le Christ caché, présent en nous. »

Savoir qui nous sommes

Dans sa minuscule cabane de deux mètres sur cinq, une table, un lit, deux chaises. Car l’homme reçoit des visiteurs qui viennent là pour retrouver un élan de vie, justement. Et se reconnecter avec eux-mêmes. « On est dans un monde où l’on perd sa personnalité, estime d’ailleurs Daniel Bourguet. Non sans ajouter être triste de voir tant de gens happés par leur quotidien. Il en est pourtant persuadé : le lien avec Dieu permet de se découvrir. « A leurs propres yeux, ils ne savent plus qui ils sont, le regard des autres leur en apprend encore moins, mais aux yeux de Dieu, ils sont quelqu’un. Si j’arrive à leur faire comprendre cela, il y a quelque chose qui s’épanouit. Qui s’ouvre. »

Les silences de Dieu

Sur la table, une bougie. « La nuit, quand il n’y a que la bougie, on ne voit plus les murs ; du coup on ne sait plus combien mesure la pièce, elle a toutes les tailles ! Et puis il y a cette flamme silencieuse à laquelle j’aimerais ressembler, car elle est toute tendue vers le haut. Ce qui est beau, c’est que quand elle donne sa flamme à une autre, elle ne perd pas la sienne. C’est un peu à l’image de Dieu : quand Dieu donne, il ne perd rien de ce qu’Il est. Ce sont des choses qui m’émerveillent. » Daniel Bourguet évoque aussi le silence de Dieu, qui peut être le silence de l’intimité. « Il y a aussi des moments où Dieu se tait parce qu’il est blessé, indique l’ermite. Mais ce n’est jamais un silence désintéressé. » Il y a enfin le silence de l’écoute : « Dieu attend une parole. C’est comme s’il nous demandait : ‘Mais quand est-ce que tu me parleras ?’ »

Aimer l’autre

Cet homme solitaire prie pour le monde. « Il faut dire que, à force de prier pour l’humanité, je l’aime. Alors que j’ai mis de la distance entre elle et moi, la prière ouvre le cœur. Et porter avec amour l’humanité devant Dieu, je suis heureux de faire ça ! Jésus nous dit d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa force, de toute sa pensée ? Et on a l’impression qu’on s’épuise. Et ce n’est pas fini : il y a l’amour du prochain encore ! Mais ce n’est pas en plus. A force de t’ouvrir à Dieu, tu vas te mettre à aimer l’autre : ça découlera tout seul. L’amour de Dieu se glisse en nous. Et c’est peut-être cela le grand mystère de la résurrection : cette vie que Jésus a vécue avec les autres, il la vit désormais en nous. »

Gabrielle Desarzens

Source : LaFree.ch


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