Polynésie : les Samoa deviennent un État chrétien

Début juin, le Parlement samoan a adopté, à une grande majorité, un projet de loi qui prévoit d’inscrire dans la Constitution un article instaurant le christianisme comme religion d’État.

Mis en ligne le 27 juin 2017 Imprimer Imprimer

À l’issue de quelques mois de discussion, sans opposition, 43 des 49 députés samoans ont approuvé, au début du mois de juin, l’addition d’un 3è paragraphe à l’article 1er de la Constitution : « Les Samoa sont une nation chrétienne fondée de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit ». L’article entrera en vigueur dès son approbation par le chef de l’État.

Jusqu’à présent, cet État insulaire de Polynésie occidentale de 200 000 habitants, indépendant depuis 1962, se contentait de mentionner dans le préambule de sa Constitution ses « principes chrétiens », l’autorité devant être exercée « dans les limites prescrites par les commandements de Dieu ».

Une tradition chrétienne de longue date

Tout comme un grand nombre d’autres États insulaires du Pacifique, le pays, à 97 % chrétien d’après les chiffres de l’Observatoire de la liberté religieuse, doit son identité à l’arrivée de missionnaires protestants dans la région, dès la fin du XVIIIe siècle.

L’Évangile fut notamment répandu par l’intermédiaire de la population et de chefs religieux locaux, envoyés prêcher la « Bonne Nouvelle » à travers toute la région.

Après s’être installée en 1830, l’Église chrétienne congrégationaliste est aujourd’hui celle qui fait le plus d’adeptes aux Samoa, comptant près de 70 000 membres.

Se prémunir de la « menace » de l’islam

Selon le quotidien The Diplomat dans son édition du 15 juin, il y aurait deux motifs principaux à l’origine de la proclamation du christianisme en tant que religion d’État.

La volonté d’ancrer juridiquement l’identité chrétienne des Samoa semble tout d’abord être motivée par une crainte de l’islam. Bien qu’il n’y ait que 48 résidents musulmans aux Samoa, selon le recensement de 2001 (0,03 % de la population), le climat de « guerres de religion » – d’après les mots du premier ministre Tuilaepa – qui touche aujourd’hui plusieurs régions du globe, inquiète les Samoans. Ils entendent ainsi donner un signal fort quant à leurs positions.

Le Secrétaire général du Conseil samoan des Églises, Ma’auga Motu, a par ailleurs déclaré en mai 2016 que l’islam devrait être banni du pays, en ce qu’« il représente une menace ».

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Préserver la culture samoane des déviances

Par ce changement dans leur Constitution, les Samoans entendent aussi se prémunir contre toute influence étrangère susceptible de corrompre leur culture. Dans les discussions qui ont précédé l’adoption du nouvel article de loi, certains députés argumentaient que devenir un État chrétien serait un moyen pour le pays de s’affranchir de toute influence extérieure.

« Si d’autres pays nous poussent à adopter des lois telles que celle autorisant le mariage homosexuel, nous pourrons nous y refuser car cela n’est pas compatible avec le christianisme », argumente un député.

Une menace pour la liberté religieuse ?

En réponse aux inquiétudes suscitées par ce changement constitutionnel, le procureur général a souligné que la décision n’aurait aucune conséquence sur les choix religieux des individus (Radio New Zealand, 9 juin 2017). Il assure qu’aucune pratique religieuse ne sera restreinte et que tout groupe religieux devrait rester libre d’exercer ses activités aux Samoa.

Aïda Delpuech
Source : La Croix
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