Passeport vaccinal : « une immunité morale acquise à défaut d’immunité biologique »

Alors qu’Air France a annoncé le 17 février le test d’un « pass sanitaire », Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale de l’université Paris-Saclay prend position sur le passeport vaccinal dans une tribune pour le journal Libération.

Mis en ligne le 2 mars 2021 Imprimer Imprimer

Alors qu’Air France a annoncé le 17 février le test d’un « pass sanitaire », « une application mobile disponible sur smartphone qui consiste à numériser les résultats des tests réalisés avant d’embarquer », quand d’autres compagnies comme Air New Zealand s’apprêtent à essayer un « titre de transport numérique pour permettre aux compagnies aériennes et aux autorités frontalières d’accéder aux informations de santé des passagers, y compris leur statut de vaccination COVID-19 », Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale de l’université Paris-Saclay prend position sur le passeport vaccinal dans une tribune pour le journal Libération.

« Les débats relatifs à la discrimination vaccinale que favoriserait le « passeport vaccinal » seraient-ils l’indice d’une immunité morale acquise à défaut d’immunité biologique ?, interroge-t-il. L’urgence de renouer avec « la liberté d’avant » justifierait-elle les renoncements que nous refusions jusqu’à présent ? » Pour le professeur, « considéré comme un « laissez-passer« , un droit de circulation, ce passeport a pour fonction symbolique de donner à penser que ses détenteurs sont plus dignes de confiance et de respectabilité que d’autres, dès lors qu’ils ont assumé leurs obligations vaccinales. »

« Un renoncement qui en déterminera bien d’autres »

« La vaccination n’est pas obligatoire en France, y compris pour les professionnels de santé ou du médico-social » rappelle Emmanuel Hirsch qui dit « réprouve[r] le moralisme vaccinal qui distinguerait les vaccinés de ceux qui ne le sont pas, ou qui ne peuvent pas l’être ». « Les personnes qui ne sont pas vaccinées assument en responsabilité d’autres mesures de protection préconisées officiellement comme efficaces », affirme-t-il. « N’aurions-nous donc pas à explorer d’autres voies recevables en termes de responsabilité morale, que celle de la norme vaccinale conditionnant nos libertés ? » Ou bien « peut-être s’agit-il aussi d’inciter les plus récalcitrants à la vaccination, et de les exposer à l’indignité de l’assignation à résidence qui demain, pour des raisons de sécurité sanitaire, pourrait prendre des formes encore davantage répressives » ? Selon le professeur, « le recours à cette discrimination sécuritaire peut être interprété non pas comme une concession mesurée à une contrainte nécessaire, mais comme un renoncement qui en déterminera bien d’autres ».

Une consultation lancée par le CESE

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) organise « consultation citoyenne sur l’idée d’un passeport vaccinal » jusqu’au 7 mars. Une concertation qui « permettra de confronter nos points de vue, dès lors qu’y recourir engage nos valeurs communes, ne serait-ce qu’en termes d’équité » espère Emmanuel Hirsch. Le président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, Alain Fisher, a quant à lui indiqué que cette consultation « ne déboucherait que sur une « recommandation qui ne veut pas dire décision, le pouvoir politique gardant sur ce point toute sa liberté » ».

Sources : Généthique

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