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Pas de place pour la religion dans la sphère publique

Le ministre explique que tout le monde doit dire je-suis-Charlie : « quand on s’attaque à Charlie, on s’attaque à vous ! » Scepticisme dans la salle…

Mis en ligne le 9 février 2015 Imprimer Imprimer

Il y a quelque temps, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports (il s’appelle Patrick Kanner) était dans une salle municipale de Villepinte face à une vingtaine de jeunes du cru. Il venait leur expliquer « la liberté d’expression ». Ça s’est mal passé. Les jeunes étaient eux-mêmes, c’est-à-dire dans un autre univers mental que celui du ministre ; quant au ministre, patron des socialistes lillois, membre d’un gouvernement fumeux et de la loge La Lumière du Nord*, il pataugeait dans les concepts sans arriver à masquer son hostilité aux religions, quelles qu’elles soient. « Ça vous prend aux tripes, ces sujets-là ? », lance-t-il en réplique à un jeune qui accusait Charlie Hebdo « d’atteindre la sensibilité de tout le monde ». Le ministre explique au contraire que tout le monde doit dire je-suis-Charlie : « quand on s’attaque à Charlie, on s’attaque à vous ! » Scepticisme dans la salle…

Puis M. Kanner en vient à la Nouvelle Laïcité, qu’il définit ainsi : « Il n’y a pas de place pour la religion dans la sphère publique, mais la sphère publique doit respecter la religion. »

A première vue la phrase est absurde. En fait elle est cohérente. Que veut dire « sphère publique » ? Ce terme ne désigne pas seulement l’Etat, mais tout ce qui n’est pas entre les quatre murs des domiciles privés. Autrement dit : la vie en société… Ce dérapage amorcé sous Chirac (cf les envolées de Luc Ferry contre les réfugiés chrétiens assyriens) veut étendre à la société, c’est-à-dire vous et moi dès que nous sortons de chez nous, l’obligation de neutralité de l’Etat en matière de religion. Du coup cette neutralité cesse d’en être une : elle devient un refoulement anti-religieux ! Membre du conseil national de lutte contre l’exclusion, M. Kanner nous exclurait volontiers tous. Quand il dit : « pas de place pour la religion dans la sphère publique », ça veut dire exactement ce que ça dit : la disparition de toute visibilité des religions. Nous voilà dans l’absurde, sachant que par ailleurs les collègues de M. Kammer – tout aussi « laïques » que lui-même – prônent la construction de mosquées, autorisent des processions catholiques du 15 août, etc. Va-t-on interdire les processions, fermer les mosquées et les églises, et (pendant qu’on y est) laïciser comme en 1793 tous les noms de ville commençant par« saint »** – car quoi de plus « sphère publique » qu’un nom de ville ?

Quand M. Kanner ajoute : « la sphère publique doit respecter la religion », ses vingt jeunes auditeurs ripostent que la sphère publique, « étant Charlie », ne respecte pas la religion puisque Charlie a pour fonds de commerce l’insulte antireligieuse ! Là M. Kammer ne sait quoi répondre. Il s’en va… Non sans glisser aux journalistes : « je pars avec le constat qu’il y a beaucoup à faire et beaucoup d’esprit critique à retrouver. » (L’esprit critique consiste-t-il à obtempérer à la Nouvelle Laïcité ?). M. Kanner avait prévu de faire un petit tour dans les rues de Villepinte ; il juge prudent d’y renoncer, et remonte dans sa voiture à cocarde. Les musulmans donnent de fil à retordre ? On pourra toujours s’en prendre aux chrétiens.

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« à l’instar de nombre de notables politiques dla région », précise sa notice tirée de La Voix du Nord, 12/04/2009.

** Emportés par un zèle qui aurait fait plaisir à Vincent Peillon, les jacobins de Saint-Symphorien-sur-Loire avaient même doublé le coup et transformé ce nom en « Phorien-sur-Loire ».

Source : le blog de Patrice de Plunkett


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