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Nier le fait religieux appauvrit la démocratie et en définitive l’État lui-même

Pour le social-démocrate allemand Wolfgang Thierse, si la République est laïque et l’État neutre en matière de religion, cela ne signifie pas que la société doive nécessairement l’être.

Mis en ligne le 4 décembre 2015 Imprimer Imprimer

La société, contrairement à l’État, est fondamentalement plurielle et reflète la vie des hommes qui la composent : elle est donc pour partie chrétienne, pour partie athée, pour partie musulmane ou juive. Il est donc faux de dire comme on peut parfois l’entendre que « la France est un pays laïque ». La République française est laïque mais ni la France ni la société française ne le sont. Dieu soit loué.

Ainsi, quand les intentions de prières se sont élevés pour la France, c’est un élan surgi de la société et du monde entier pour secourir Paris qui est né et qui a eu vocation à traverser toute notre vie et qu’on ne doit en aucun cas tenir caché dans le domaine privé, « le cabinet de notre intimité ». On peut donc accepter totalement la laïcité de l’État et voir la prière pour notre pays, notre ville et nos concitoyens comme une nécessité qui ne contrevient en aucun cas à la plus stricte laïcité. Cette prière est tout simplement un besoin vital, un souffle qui nous redonne vie et confiance.

Nier le fait religieux, qui est un fait social, intellectuel et humain peut même appauvrir considérablement la démocratie et en définitive l’État lui-même. Le social-démocrate allemand Wolfgang Thierse, un homme de gauche qui n’a pas cet héritage typiquement français qui fait d’un anticléricalisme tendant irrésistiblement vers le mépris de la religion « et de ses dévots de toutes sortes » un présupposé commun à toute la gauche, peut donc éclairer comment les croyants, et tout particulièrement les chrétiens, peuvent enrichir la vie publique et la république. Ils sont un autre regard qui intéresse la démocratie, qui sort toujours renforcée d’une meilleure prise en compte de la diversité de la société civile.

L’ancien président du Bundestag, l’Assemblée parlementaire allemande, Wolfang Thierse, social-démocrate, s’est en effet prononcé le 21 novembre à Giessen sur l’importance que peut avoir la religion dans la société. Elle ne doit pas, selon lui, rester une affaire seulement privée, l’Église doit avoir le courage de s’investir dans les débats de société.

« Quelle dose de religion peut supporter notre société ? » C’est à cette question que cet homme politique de gauche a tâché de répondre dans le cadre du congrès des aumôneries universitaires catholiques sur « Les religions au XXIe siècle : entre tradition et avenir ». La religion est d’une surprenante, vigoureuse et à la fois contradictoire actualité : beaucoup de personnes ont pourtant déjà proclamé la fin de la religion a regretté Thierse.

L’ancien président du Bundestag a expliqué que les mouvements migratoires atteignent une Europe qui n’est pas sûre d’elle : « L’identité individuelle et collective de l’Europe est mise en question. Il existe la peur d’une perte de soi-même qui s’exprime dans des formes violentes ». Le mouvement anti-islam Pegida considère l’Occident chrétien en danger et devant se défendre contre une religion étrangère.

« L’amour du prochain ne peut être vécu que s’il vaut aussi pour les questions politiques »

La République allemande a été historiquement marquée par une relation toute particulière entre l’Église et l’État. L’État garantit aux citoyens la liberté religieuse ainsi qu’une vision du monde personnelle. Il ne se prononce pas sur ces questions et laisse de l’espace aux citoyens qui constituent l’État.

Thierse insiste pour que ce soit dans la société que l’on puise des points d’accords sur les valeurs fondamentales, des normes, des critères de jugement. Il s’agit d’approfondir et de réfléchir aux fondements éthiques d’une véritable démocratie. D’après l’ancien président social-démocrate du Bundestag, les Églises chrétiennes peuvent contribuer à enrichir ce débat. Elles ne doivent pas se contenter d’être béni-oui-oui et angoissées, mais au contraire entrer franchement dans le débat et se présenter comme partenaire dans le dialogue : « L’amour du prochain ne peut être vécu que s’il vaut aussi pour les questions politiques ».

La religion ne doit pas selon lui être simplement une chose privée : « On ne peut pas confiner la religion dans un placard », explique-t-il. La juste reconnaissance de minorités religieuses et culturelles et un défi permanent : « Il faut accepter cet enjeu et nous obliger à comprendre l’autre et à trouver une langue commune pour dialoguer ».

« Les Églises ne doivent pas perdre leurs convictions »

Les attentes envers les Églises et le désir qu’elles s’expriment publiquement sont encore très présents dans la société. Un État sécularisé est donc selon lui « bien idiot », lorsqu’il renonce au potentiel des chrétiens. « Ils en ont tout particulièrement en Allemagne, de même que les juifs et les musulmans ». Il faut donc que l’Allemagne continue d’être instruite par ce type de citoyens.

Le social-démocrate explique qu’une tolérance sociale de ce statut particulier est plus nécessaire que jamais. Il s’agit d’un processus jamais complètement atteint et qui nécessite un effort continu concernant tout le monde. Au fil de l’Histoire, les Églises ont appris à renoncer à l’exercice du pouvoir mais elles ne doivent surtout pas renoncer à leurs passions et à leurs convictions.

À la fin de son exposé, Thierse a commenté la phrase souvent citée, « l’islam fait partie de l’Allemagne ». Les musulmans font partie sans aucun doute de l’Allemagne. Si l’Allemagne reconnaît effectivement l’islam comme une partie d’elle-même, cela pose également des questions sur la diversité propre de l’islam et de sa théologie. On ne peut pas se contenter d’une acceptation condescendante qui réduirait la religion à peau de chagrin. Il encourage donc les chrétiens comme les musulmans à prendre véritablement part aux débats qui agitent l’Allemagne.

Voilà probablement une proposition qui vaut aussi totalement pour la France : toutes ces prières destinées à Paris sont bien la preuve, n’en déplaise à ceux qui ne voient que la fête pour rien et le plaisir pour soi comme avenir pour la France, que les croyants, et les chrétiens en particulier, ont encore beaucoup à faire pour la France et pour Paris.

Source : Aletia


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