Modifier génétiquement des animaux pour résoudre la faim dans le monde ?

La technique présentée est plus que problématique. Concernant l’impact sur l’homme, à terme, la fragilisation des écosystèmes pourrait conduire à un résultat inverse à celui escompté. Sans compter qu’il sera bien tentant de l’appliquer directement à l’homme stérile…

Mis en ligne le 15 septembre 2020 Imprimer Imprimer

Le prétexte est clairement de pallier les problèmes de « sécurité alimentaire » dans le monde, autrement dit de la faim dans le monde. Il serait donc éthique et en ce sens incontestable. Pourtant, la conséquence sera inévitablement une baisse de la diversité génétique et donc une fragilisation des espèces plus vulnérables aux maladies, aux aléas. Et en ce sens, la technique présentée est plus que problématique. Concernant l’impact sur l’homme, à terme, la fragilisation des écosystèmes pourrait conduire à un résultat inverse à celui escompté. Sans compter qu’il sera bien tentant de l’appliquer directement à l’homme stérile… Or c’est la variété génétique qui fait la force et la résistance d’une population qu’elle soit animale… ou humaine (cf. Bébé parfait, eugénisme, transhumanisme : l’enchainement).

De quoi s’agit-il ?

Une équipe de recherche dirigée par Jon Oatley, biologiste de la reproduction au Collège de médecine vétérinaire de l’Université de Californie du Sud, a utilisé l’outil d’édition de gènes, CRISPR-Cas9, pour éliminer un gène spécifique à la fertilité mâle chez les embryons animaux [1]. Le gène NANOS2. Les animaux modifiés souris, porcs, chèvres et bovins seront élevés pour devenir des « reproducteurs de substitution ».

Les animaux mâles, nés stériles, ont commencé à produire du sperme après transplantation, par les chercheurs, de cellules souches d’animaux donneurs dans leurs testicules. Le sperme, produit par les mâles de substitution, ne contenait que le matériel génétique des animaux donneurs sélectionnés. De leur côté, les femelles ont donné naissance à des petits ayant le patrimoine génétique du donneur. Celui de l’animal inséminateur, qui avait été rendu stérile, n’a pas été retrouvé. « Les souris de substitution ont donné naissance à une progéniture saine qui portait les gènes des souris donneuses. »

Les femelles dont le gène NANOS2 a été « éteint » restent fertiles. En effet, le gène n’affecte que la fertilité masculine. Elles pourraient être élevées pour générer des mâles stériles utilisés ensuite comme « mâles reproducteurs de substitution ».

Des conditions normales d’insémination ?

La technologie, qui permet une insémination dans des conditions « normales », pourrait diffuser rapidement les traits spécifiques d’une population animale pour renforcer ses qualités attendues comme, par exemple, « une meilleure qualité de la viande ». Mais à quel prix ?

Aucun des « avantages » de ces « mâles de substitution » ne peuvent être mis en œuvre sans modifier le paysage actuel des réglementations gouvernementales et la perception du public. Le faut-il ?

[1] Phys.org : Gene-edited livestock ‘surrogate sires’ successfully made fertile

Source : Généthique

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