Martin Luther King, la non-violence qui dérange

Alors que l’année 2018 marque le cinquantième anniversaire de la mort de Martin Luther King, force est de constater que son combat pour la non-violence ne fait pas l’unanimité dans les Eglises. Quel héritage a-t-il laissé? Y a-t-il aujourd’hui des guerres « justes » ? Pourquoi les Américains semblent-ils à la fois chrétiens et violents ? Dossier.

Mis en ligne le 13 avril 2018 Imprimer Imprimer

L’année 2018 marque le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King. Ce pasteur baptiste, devenu icône de la non-violence au même titre que Gandhi, dont il s’est inspiré, est mondialement connu pour avoir lancé le mouvement pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis entre les années 50 et 60.
Cette lutte, dont on attribue le début au boycott des bus de Montgomery, en 1955, se solde par le Civil Rights Act de 1964 interdisant toute forme de discrimination raciale dans les lieux publics. Sa motivation, sa force et sa persévérance, Martin Luther King (MLK) les puisait dans sa foi en Dieu et dans le Christ. S’il a pour sûr été une inspiration pour les milieux pacifistes et de résistance, a-t-il également influencé les milieux chrétiens et notamment évangéliques ? Rien n’est moins sûr.

Un intérêt récent
« Certains théologiens se sont peut-être laissés interpeller par Martin Luther King, mais pas autant que ce que nous pourrions espérer », annonce d’emblée Serge Molla, docteur en théologie, spécialiste de la culture noire américaine et auteur de Martin Luther King, prophète (éd. Labor et Fides), sorti en mars. Hansuli Gerber, ancien pasteur mennonite et membre actif de la section suisse du Mouvement international de réconciliation (MIR) ajoute que « si MLK est écouté parmi les évangéliques, l’intérêt est très récent. »
Pour le MIR toutefois, qui rejette la guerre et toutes les formes de violence comme moyen de résolution de conflits, Martin Luther King a été une référence importante.

La création du MIR, au début de la Première Guerre mondiale, a été inspirée de l’Evangile et ses membres étaient, jusque dans les années 70, majoritairement chrétiens. « Il y a toujours eu dans les Eglises des membres sur la voie de la non-violence et du pacifisme, mais ils restent minoritaires », explique Hansuli Gerber. Les chrétiens seraient-ils favorables à la violence ? « Non. Mais la question de la violence et notamment de l’utilisation des armes, est un débat qui a toujours lieu dans les Eglises », répond le mennonite.
« Je suis certain que MLK dérangerait encore aujourd’hui », affirme Hansuli Gerber. En s’opposant notamment à l’engagement militaire de son pays au Vietnam, MLK s’est montré anti-nationaliste. « Or dans les milieux évangéliques actuels, on hésite à s’en prendre au nationalisme. Et politiquement parlant, les Eglises évangéliques se situent majoritairement à droite. »

Les évangéliques et la non-violence
La résistance non-violente et les mouvements pacifistes sont quant à eux davantage situés dans les milieux de gauche. Or, les grands changements de Mai 68 ont vu émerger une « gauche chrétienne ». Ce fut le cas dans l’Eglise catholique. Les évangéliques, eux, sont plutôt montés au front contre ce libéralisme théologique. Les mouvements militants et pacifistes ont donc plutôt tendance à avoir mauvaise presse chez les évangéliques. Par ailleurs, les évangéliques suisses notamment ont pour beaucoup été éduqués dans le respect des autorités, justifié par le passage biblique de Romains 13 qui invite à se soumettre à elles. « Et adhérer à la non-violence emmène inévitablement à la résistance », estime Hansuli Gerber. Voilà qui explique en partie pourquoi l’influence de MLK a été moindre dans les milieux évangéliques.

Evolution dans les Eglises
Mais il semble que les choses évoluent. Dans un document daté de 2016 et présentant une vue d’ensemble de la non-violence issue de l’Evangile, le Père John Dear, prêtre californien auteur d’une trentaine de livres sur la non-violence, écrit : « Si le mot “non-violence” a une longue histoire, il est relativement nouveau pour le christianisme. Cependant, les théologiens et les chrétiens du monde commencent à percevoir que ce mot caractérise la façon d’être de Jésus. » L’auteur insiste sur le fait que la non-violence était la spécificité de l’Eglise primitive : « En 170, l’auteur païen Celse a condamné le christianisme en disant que si tout le monde devenait chrétien, il n’y aurait plus d’armée. » En revanche, le Père John Dear, s’il cite Gandhi, ne dit pas un mot de la contribution éventuelle de MLK à la popularisation de la non-violence.

Sermon sur la montagne
« MLK pose des questions de rapport entre foi et engagement politique, entre justice et amour, qui dérangent encore aujourd’hui », estime Serge Molla. L’action de MLK mériterait, selon lui, d’être davantage connue et travaillée dans les Eglises, notamment en lien avec les textes du Sermon sur la montagne, qui ont été le fer de lance du combat non-violent de MLK. « Il est important de ne pas oublier le fondement spirituel indissociable de la non-violence. En effet, comment restera-t-on non-violent si l’autre est violent ? Comment faire pour ne pas accumuler un ressentiment énorme ? Les réponses se trouvent dans le fondement spirituel de la non-violence. »
Pour MLK en effet, la non-violence n’était pas une question stratégique, mais elle faisait partie de sa foi. Serge Molla conclut : « Ce que j’apprécie chez MLK, c’est qu’il n’a pas toujours pris la parole, mais a beaucoup plus manifesté qu’il était pris par une Parole. »
Joëlle Misson

Source : Christianisme Aujourd’hui
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