Lorenzo MPC, la rime au service de l’Evangile

Passionné de hip-hop, ce rappeur évangélique français, qui prône les valeurs chrétiennes dans ses textes, a redécouvert la foi peu avant ses 20 ans.

Mis en ligne le 22 novembre 2018 Imprimer Imprimer

Sa voix a l’accent des quartiers, et la gouaille des anciens écorchés. Enfant de la génération IAM et NTM, ces groupes qui popularisèrent le rap en France à la fin des années 1980, père de famille aux multiples casquettes associatives, Lorenzo Castellano est l’un des précurseurs du rap évangélique français, un genre encore relativement méconnu dans l’Hexagone. « C’est une passion qui m’a aidé à évoluer : j’affirme, dans mes textes, les valeurs chrétiennes sur des grands thèmes de société », explique d’emblée le quadragénaire, qui a choisi d’accoler l’acronyme MPC – pour « Ministère public du Christ » – à son nom de scène.

Originaire d’un petit quartier de Rive-de-Gier, dans la Loire, Lorenzo a découvert, « grâce à un grand cousin », la culture hip-hop à l’aube des années 1990. Quatre ans plus tard, il fonde avec quelques amis son premier groupe de musique, Les Disciples de l’undergroundL’adolescent est survolté. « À l’époque, j’étais très impulsif : j’avais la rage contre la société, contre mes parents, je pouvais taper dans les murs sous le coup de la colère », raconte le rappeur chrétien, multipliant alors les soirées alcoolisées.

Messages de paix, d’unité et d’espoir

Difficile à canaliser, le jeune homme témoigne pourtant d’un profond désir de rédemption. Qu’il cherchera d’abord dans l’islam, loin des enseignements chrétiens de ses parents, évangéliques engagés. « Contrairement aux pasteurs que j’avais pu côtoyer, les imams apportaient des réponses à mes grandes interrogations », se souvient-il. Il se plonge à l’époque avec assiduité dans le Coran, tout en s’intéressant au dialogue interreligieux.

Deux ans plus tard, en avril 1996lors d’un Rassemblement de jeunesse protestant évangélique, où il se rend « un peu par hasard », il fait pourtant l’expérience fulgurante d’une conversion « vers le Christ ». Sa passion pour le rap ne faiblit pas. Messages de paix, d’unité, d’espoir… En solo, le rappeur s’envole vers des textes plus engagés. En 2007, son premier album, Prière pour mes frères, aux influences musicales diverses – funk, orientales… – est plutôt bien reçu.

Des textes « toujours imprégnés par les valeurs chrétiennes »

Sous ses airs de dur à cuire, Lorenzo MPC a tout du rappeur au grand cœur. Parrain de l’association Porteurs d’espoir, qui œuvre auprès des familles précaires, ce père de quatre enfants a également accompli, depuis 2010, l’un de ses grands projets professionnels : travailler en milieu carcéral, comme éducateur auprès de jeunes détenus d’un établissement pénitentiaire pour mineurs. « J’y suis devenu le référent des aumôniers religieux, au milieu de jeunes de toutes les confessions. Je ne leur parle pas de ma foi, laïcité oblige, mais je leur raconte l’histoire du rap », explique-t-il, non sans fierté.

Désormais, Lorenzo MPC aspire à faire des textes moins portés sur l’évangélisation, mais « toujours imprégnés par les valeurs chrétiennes ». En mai, il a sorti l’un de ses derniers clips phares, Une seule race, une seule identité. Sur fond de discours de Martin Luther King, ses couplets condamnent avec véhémence le racisme, dans un flow (1) saccadé.

Spectacles au Bataclan, au Zénith de Rouen… Lorenzo se produit aussi dans les one man shows du pasteur Saïd Oujibou, ancien musulman converti au protestantisme. Et il compte bien ne pas en rester là : avec une vingtaine de morceaux déjà enregistrés, il espère trouver les financements pour sortir, « avec la grâce de Dieu », son prochain album courant 2019.

Malo Tresca
(1) Flow : scansion rythmique caractéristique du hip-hop.  Rens. www.lorenzo-mpc.com
Source : La Croix

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