L’ONG chrétienne Medair partenaire du Mondial de l’Auto 2018

Une ONG chrétienne partenaire du Mondial de l’auto ? L’idée peut surprendre. Et pourtant, Medair, spécialiste de la réponse humanitaire d’urgence et de reconstruction, est le « partenaire caritatif » du Salon de l’auto parisien qui se tient du 4 au 14 octobre.

Mis en ligne le 9 octobre 2018 Imprimer Imprimer

De mémoire d’organisateur, ce partenariat caritatif est une première. Comme souvent, l’histoire tient à une rencontre. « Medair nous a sollicités il y a quelques mois, raconte Jean-Briac Dalibard, directeur de la communication du salon. Ils nous ont dit que dans leur action l’automobile sauvait des vies. Je n’avais jamais entendu cela ! » Ce discours positif et à contre-courant a fait mouche. « Medair donne un autre sens à l’automobile, complète l’organisateur. Elle leur permet d’acheminer des colis et médicaments dans des zones isolées. De traverser les rivières et gravir les montagnes pour transporter des personnes courageuses… » L’ONG bénéficie donc d’un stand de 80 m2 dans le hall 1, l’épicentre de l’exposition. Une sacrée visibilité, à deux pas de Renault et ses 800 000 visiteurs attendus !

Dimension chrétienne

C’était justement l’objectif de Medair. Car si l’ONG a aidé 2 millions de personnes en 2017, elle reste peu connue en France. « Nous réfléchissions à des partenariats innovants pour toucher le grand public », précise Annick Balocco, directrice de Medair France. Le Mondial est un moyen de valoriser cette organisation, fondée en Suisse il y a 29 ans par trois associations chrétiennes. En trois décennies, la première ONG chrétienne d’urgence humanitaire a gagné une envergure mondiale. Elle est présente dans 11 pays : des zones de catastrophe naturelle (Indonésie aujourd’hui, Népal, Philippines…) ; des zones de conflit (Syrie, Irak, Sud-Soudan…) ; des zones de réfugiés, comme auprès des Rohingyas au Bangladesh. « Nos équipes agissent en priorité sur trois domaines : l’accès à la santé et la nutrition ; l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène ; la mise à l’abri et les infrastructures. » De quoi aider les populations à traverser la crise et se reconstruire peu à peu.

Ce qui singularise Medair, c’est sa dimension chrétienne. « C’est la foi qui nous pousse à aller dans les pays les plus difficiles au monde », assure Annick Balocco. Fondée il y a 20 ans, Medair France est ainsi membre de la Fédération protestante de France. Mais revendique un large œcuménisme : « Nos équipiers proviennent de différentes Églises. L’important, c’est de partager les mêmes valeurs spirituelles. »
Même si on est loin d’une mission religieuse ! « Sur le terrain, nos équipiers agissent en toute neutralité, sans distinction d’origine », signale la directrice. « La dimension spirituelle se manifeste plutôt dans la relation entre équipiers », complète Ketsia Bonnaz, qui compte 3 départs à son actif. « Notre foi est intégrée dans le processus de prise de décision. On va prier ensemble, partager des temps spirituels et de méditation. Il nous arrive de prier avec des collègues locaux. Mais dans l’action, on est comme toutes les autres organisations. »

Medair s’est fait une spécialité : les interventions auprès des publics isolés. « Nous voulons atteindre les personnes qui n’ont pas accès à l’aide humanitaire, là où les besoins sont les plus urgents, signale Annick Balocco. Après le tremblement de terre de 2015 au Népal, nous sommes intervenus dans les zones de haute altitude. »

De quoi obtenir le respect du secteur, et des financements de l’Europe et d’États comme la Suisse, les Pays-Bas, les États-Unis…

Or on sait peu que ces fonds sont conditionnés aux dons. « Les institutions financent 80 % des projets à condition que l’on obtienne 20 % du budget », détaille la directrice. L’ONG sollicite donc Églises, entreprises et particuliers pour récolter les fonds. En promettant que « 91 % de l’argent récolté » sert directement l’aide humanitaire.

Des millions de déplacés

Être présent au Mondial de l’auto est donc crucial. Medair en profite d’ailleurs pour mettre en avant une mission peu médiatisée : la RDC. « C’est un des pays les plus pauvres au monde, témoigne Annick Balocco. Il compte 3,8 millions de personnes déplacées, à la suite d’années de violence entre groupes. » Des populations également exposées aux épidémies, comme récemment le virus Ebola.

Pour toucher un large public au salon, l’ONG a innové. « Nous voulons faire vivre au visiteur l’expérience du terrain », glisse Annick Balocco. Un simulateur permettra donc de se mettre dans la peau d’un conducteur de convoi, sur les pistes congolaises. Une vidéo à 360° permettra également d’appréhender les routes du pays. « Ces idées, c’est génial, salue Jean-Briac Dalibard, au Mondial de l’auto. Faire vivre la réalité sur place, c’est bien plus qu’un simple appel aux dons. »

En cette période où la question des réfugiés est sensible, Medair a l’occasion d’apporter un regard de terrain. « La grande majorité des migrants restent dans les pays limitrophes, analyse Annick Balocco. Ils y retrouvent des modes de vie et des cultures plus proches de ce qu’ils connaissent. Beaucoup n’ont qu’un objectif : retrouver leur terre, leur pays. » Ceux qui se déplacent vers l’Europe sont donc « une infime minorité. Notre rôle est d’aider les familles à survivre à la crise, puis à reconstruire sur place, pour leur éviter de risquer leur vie sur les bateaux. »

Des messages humanistes qui toucheront sans doute des centaines de milliers de visiteurs. « C’est une chance unique que nous offre le Mondial de l’automobile », se réjouit l’équipe de Medair. Et ce n’est qu’un début : l’organisation du Mondial envisage de pérenniser le partenariat.

Envie de tenter l’aventure ?

L’humanitaire est victime d’un malentendu. « On pense toujours aux métiers techniques, aux médecins… Mais nos besoins sont plus larges », annonce Annick Balocco, directrice de Medair France. Medair peine parfois à recruter des spécialistes des « fonctions support » : comptabilité, gestion, ressources humaines, communication… Car tout le monde n’est pas prêt à s’engager deux ans dans des pays difficiles. « C’est notre grand défi. Ces profils sont moins nombreux à se manifester. »

Qui sont les équipiers ? Des célibataires ou des couples sans enfants, expérimentés dans leur métier. Souvent trentenaires, les candidats sont testés dans leur relation à l’équipe, la gestion du stress. Il faut également aimer la transmission, car l’ONG repart en laissant de nouvelles compétences aux partenaires locaux. Le plus important, c’est d’adhérer aux valeurs chrétiennes de l’organisation. « La foi doit être le moteur de l’action », pointe Annick Balocco. Après 3 missions, Ketsia Bonnaz suggère également la force de caractère. « Sur place, on est dans l’intensité et l’adrénaline. On a du boulot et on nous attend ! » Ce qui, à ses yeux, offre une « stimulation intellectuelle unique ».

Attention : si le logis et le couvert sont pris en charge, l’indemnité est faible, surtout au début. « On est dans le don de soi, suggère Ketsia Bonnaz. L’espoir, c’est que l’autre puisse voir un lever de soleil, un jour de plus. Plus qu’une expérience professionnelle, c’est une expérience de vie. »

Medair France
5, avenue Georges-Abel, 26120 Chabeuil. medair.org/fr

Au Mondial de l’auto : stand 344 du Pavillon 1 (à côté  de Renault).

Source : Réforme

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