Loi séparatisme : les églises bientôt obligés de cautionner le mariage pour tous ?

Mis en ligne le 6 avril 2021 Imprimer Imprimer

Les allégations de l’exécutif semblent vérifier tour à tour les pires craintes des Eglises sur la loi séparatisme. Dernière sortie en date qui a fait frémir dans les rangs : celle de Marlène Schiappa, déléguée à la Citoyenneté, invitée mardi 23 mars sur LCI. Interrogée sur la charte des principes pour l’islam de France du 18 janvier 2021 que tous les responsables associatifs et gestionnaires des lieux de culte musulmans doivent signer, elle assumait : l’une de ses « vertus » est justement « que chacun se découvre, et dise qui il est vraiment. » Objectif : vérifier l’adhésion aux valeurs de la République. Jusque-là tout va bien, mais qu’entend mettre le gouvernement derrière ces valeurs ?

« L’idée [de cette charte] c’est de dire : comment on s’engage pour l’égalité femmes-hommes, pour la lutte contre l’homophobie ? Est-ce que cela veut dire que dans les prêches on considèrera que deux hommes ont le droit de s’aimer et de se marier, que deux femmes ont le droit de s’aimer et de se marier, comme le disent les lois françaises ? C’est cela que dit cette Charte », affirme Marlène Schiappa. « Quand on dit qu’on refuse de s’engager pour des valeurs somme toute assez basiques de la République, sur l’égalité femme-homme, le respect de la laïcité de la République etc., cela dit quelque-chose politiquement », étrille la ministre déléguée. Dès lors, cette prise de parole interpelle : les religions auront-elles encore le droit de s’opposer, demain, à la législation actuelle sur le mariage des personnes de même sexe ?

Certaines pages de la Bible « qu’il faudra déchirer »

« Les principes républicains deviennent un dogme au-dessus de tout. Or c’est bien notre foi, notre conscience qui doit rester première ! » s’insurge Mgr Xavier Malle, évêque de Gap et d’Embrun, un des premiers à avoir condamné l’assertion de Marlène Schiappa. « Bien sûr qu’on ne peut pas dire n’importe quoi dans une église ou dans une mosquée, et qu’on ne peut pas promouvoir la discrimination de certaines personnes, LGBT ou autres. Mais aurons-nous encore le droit de rappeler la position de l’Eglise sur le mariage homosexuel ? Si c’est interdit, il y aura alors un certain nombre de pages dans la Bible qu’il faudra que je déchire », s’inquiète l’évêque. Pour lui, « sous couvert d’une lutte contre l’islam radical, on assiste à une véritable offensive idéologique contre la religion catholique et toutes les autres. »

« Le laïcisme agressif que Marlène Schiappa impute à cette charte est très inquiétant », dénonce pour sa part l’avocat Me Jérôme Triomphe, qui a récemment défendu un client mis en examen pour discrimination après avoir rappelé la position de l’Église catholique sur le mariage homosexuel.

Le recteur de la grande mosquée de Paris s’est lui-même insurgé contre la déclaration de Marlène Schiappa dans un communiqué. « Aucune autorité publique ou politique ne peut dicter une doctrine religieuse », a-t-il rappelé, précisant qu’ « il y a une grande différence entre refuser toute discrimination notamment pour un motif d’orientation sexuelle et adhérer au mariage homosexuel. Comme les autres religions monothéistes, l’islam ne reconnaît le mariage qu’entre les personnes de sexe différent ».

Un contrat visant plus directement les chrétiens

Si la charte en question dans les propos de Marlène Schiappa ne s’adresse qu’aux musulmans, le projet de loi sur le séparatisme prévoit à l’article 6 un  « contrat d’engagement républicain » qui risque de contraindre plus directement les chrétiens. Destiné à toutes les associations – y compris cultuelles – qui sollicitent un financement public, il se décline en sept engagements (détaillés en quelques tirets) : le respect de la liberté de conscience, de la liberté d’association des membres, de l’égalité et de la non-discrimination, de la fraternité et prévention de la haine et de la violence, respect de la dignité de la personne humaine, de la légalité et de l’ordre public, et enfin respect des symboles fondamentaux de la République. Des principes que la doctrine catholique n’entend nullement remettre en cause. Mais s’il ne mentionne pas explicitement l’obligation de défendre le mariage pour Tous, le principe de « non discrimination » évoqué peut justifier bien des rappels à l’ordre… notamment pour ceux qui n’approuveraient pas les unions LGBT.

« Une loi obligeant à cautionner explicitement le mariage homosexuel serait retoquée par le Conseil constitutionnel. C’est une stratégie beaucoup plus sournoise d’utiliser le terme vague et fourre-tout de « discrimination » ! Ce sera ensuite au juge de trancher », explique Me Jérôme Triomphe. L’avocat met en garde : « Peut-être obligera-t-on demain au nom de l’égalité homme-femme, d’ordonner également des femmes prêtres ! La mise au pas de la doctrine catholique que sous-tend cette loi est absolument contraire au principe de laïcité : c’est-à-dire la neutralité de l’État et de ses agents vis-à-vis de la religion. »

Tout juste adopté par la commission des lois du Sénat après son vote à l’Assemblée nationale, le texte sera soumis aux sénateurs à partir du lundi 30 mars. Les évêques et les fidèles restent sur leurs gardes.

Source : Famille Catholique

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