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Les policiers, ces mal-aimés – Des chrétiens témoignent

Plus de cinquante policiers se sont suicidés en France en 2014. L’effet « Charlie » est bien loin. Et les policiers chrétiens, comment le vivent-ils ? Trois policiers évoquent la façon dont ils le vivent et le rôle de leur foi. Témoignages recueillis par le Christianisme Aujourd’hui.

Mis en ligne le 25 mars 2015 Imprimer Imprimer

« Plus de cinquante policiers se sont suicidés en France en 2014 », annonce Laurent Gresset, secrétaire régional Franche-Comté d’Alliance, le principal syndicat représentatif de la Police nationale à Besançon, Pontarlier et Montbéliard, entre autres.

« Ces disparitions tragiques sont la conséquence d’un travail rendu de plus en plus difficile à cause du manque croissant d’effectif et de nouvelles dispositions administratives que nous jugeons discriminatoires à notre encontre. »

L’effet « Charlie », selon Pascal Dimanche, représentant du deuxième syndicat départemental, Unité SGP Police et son collègue, est bien loin, deux mois à peine après les terribles événements parisiens. « Le gouvernement avait promis des renforts. 2 650 policiers sont attendus en France pour septembre. Ils couvriront à peine les départs à la retraite. Cela ne change strictement rien pour nous. » Lire la suite

Et les policiers chrétiens, comment le vivent-ils ?

La police souffre d’un déficit d’image majeur dans notre pays. Trois policiers évoquent la façon dont ils le vivent et le rôle de leur foi. Témoignages.
(…)
Nous avons interrogé des policiers chrétiens qui ont accepté, dans l’anonymat, de sortir d’une certaine réserve, afin de connaître leur analyse et leur ressenti, alors que leur profession est critiquée jusqu’à la haine.

Cibles faciles?
Etienne*, dans la police depuis quatre ans, souffre d’être perçu comme un pestiféré : « Pourquoi s’attaquer à une profession qui fait son travail dans un cadre si difficile?», André*, commissaire, ajoute : « Il est évident que la Police sert d’exutoire à des personnes dont l’objectif est de déstabiliser un Etat ». Etienne va plus loin : « La violence dont nous sommes victimes est la conséquence de la mauvaise image que l’opinion publique a de ses dirigeants. Représentants de la nation, nous devenons des cibles faciles.»
ViolencesIl semble que les contestations musclées émanent de groupes contestataires venus de toute l’Europe et dont la violence est un mode d’action. André analyse: «Dans la mesure où nous parlons d’une police d’Etat de droit, laquelle agit selon les lois, les violences à son encontre sont, selon moi, illégitimes et illégales ». De son côté, Jean-Patrick*, qui a fait toute sa carrière dans la Police Nationale, témoigne: «On ne doit pas oublier que derrière la tenue, les techniques d’intervention et la “force de la loi” qui doit demeurer, il y a des hommes qui font leur métier, obéissent à des consignes et ont tous leur sensibilité, comme n’importe qui d’autre. Nous n’avons pas fait le choix de jouer à la guerre, mais nous répondons à une vocation de protéger une population; nous intervenons sur ordre des autorités en conséquence de problèmes et de conflits supérieurs.»

Risques pour la famille
La police souffre d’un manque de considération qui s’exprime de plus en plus et en divers lieux. Le malaise qui la traverse engendre des suicides. André explique : « L’activité de police comporte des risques et a des conséquences sur la vie de famille. C’est très déstabilisant. Nous ne sommes ni compris ni acceptés. Les soucis spécifiques se surajoutent à des problèmes qui touchent aussi d’autres professions. Or, les policiers ont accès aux armes de service qu’ils retournent parfois contre eux. Mais dans ce climat, en tant que chrétien, j’essaie de gérer mes collègues par un management responsable et humain.»

La foi, une aide précieuse
Jean-Patrick confie : «Je suis content d’être en fin de carrière, mais je laisse derrière moi plus d’un collègue démotivé, désabusé, devant faire face à un climat grandissant de rejet de l’autorité et de la police. Les policiers ont le sentiment d’être seuls, mal aimés, condamnés plus rapidement que les délinquants qu’ils remettent à la justice et qu’ils retrouvent peu après dans la rue. Toutes ces choses font partie d’un ensemble qui devient lourd à porter pour qui n’a pas la possibilité de prendre du recul et de la distance. Heureusement, d’autres comme moi ont la possibilité de s’épanouir dans un milieu chrétien.»
Mais la solitude du policier n’est-elle pas corrigée au sein de l’Eglise? André résume bien des réponses : «Notre profession particulière ne passe pas inaperçue à l’Eglise. Nous bénéficions rarement d’un soutien particulier et fraternel. Cependant, les échanges se font plus compréhensibles et amicaux dans les groupes de maison.»

*Prénoms d’emprunt

Eric Denimal

Le Christianisme Aujourd’hui


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