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Les musulmans sont-ils aussi les enfants d’Abraham ?

L’idée d’une Alliance de Salut entre Dieu et les hommes est parfaitement étrangère à l’islam : pour un musulman, Dieu ne se livre pas, ne s’implique pas, Il ne révèle rien de Lui-même car Il n’est pas Sauveur.

Mis en ligne le 18 janvier 2016 Imprimer Imprimer

L’envie de s’intéresser à l’islam est venue au père François Jourdan alors qu’il était moniteur de cours d’alphabétisation à Juvisy-sur-Orge, dans la banlieue parisienne. Plusieurs de ses élèves étaient des ouvriers maghrébins qui rencontraient de grandes difficultés : ils parlaient un arabe dialectal sans savoir l’écrire.

Le père François Jourdan décide donc d’apprendre l’arabe « pour aller à leur rencontre ». Il se passionne pour l’islamologie et en devient professeur à l’Institut catholique de Paris, puis celui de Toulouse, et premier délégué du diocèse de Paris pour les relations avec l’islam pendant dix ans. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la question de la relation entre musulmans et chrétiens, dont Islam et christianisme, paru ce mois-ci aux éditions du Toucan.

Pas d’Alliance biblique en Islam

Or, en se penchant sur la foi de ses élèves musulmans, il a découvert une série de différences fondamentales avec le christianisme, qui sont souvent occultées dans le dialogue interreligieux. Il entend que christianisme et l’islam partagent un Dieu infini, bon, Créateur de toutes choses, qui donne à l’homme la liberté d’accepter ou de refuser son plan pour lui… Mais il avertit que ces mots n’ont pas le même sens dans les deux religions. Le Dieu musulman est certes créateur, mais c’est un Créateur extérieur, qui ne s’implique pas dans sa création, et ne peut créer à son image. Il ne fait pas l’Alliance biblique avec les hommes, contrairement au Dieu biblique des juifs et des chrétiens. « Il n’y a pas d’événements dans la relation entre Dieu et les hommes », explique-t-il. Dieu n’entre pas dans l’Histoire par l’Alliance car Il n’est pas Sauveur.

Une religion adamique et non abrahamique

Selon l’islam, Adam est le premier prophète, le premier monothéiste (Coran 7, 172), et par conséquent tous ceux qui ont épousé, par la suite, une autre religion sont fondamentalement des infidèles à la religion originelle et à leur nature islamique innée. Abraham ne marque pas de rupture avec ses ancêtres, il reçoit la parole de Dieu comme plusieurs autres grands prophètes. Abraham, David, Moïse, Jésus, à l’instar de Mohamed, auraient reçu la parole de Dieu sous la forme d’un livre. Malheureusement, seul le Coran, le livre qui a été donné à Mohamed, est parvenu jusqu’à nous. Les autres ont été falsifiés ou perdus.

Abraham, restaurateur du pèlerinage à la Mecque

Abraham aurait été le restaurateur du culte monothéiste adamique à la Mecque. Mais après lui, les pèlerins se sont détournés de la vraie foi et sont devenus des païens. Mohamed n’a pas sanctifié un lieu païen en instituant le pèlerinage des croyants vers la Mecque ; comme Abraham, il l’a rétabli dans sa vocation première et adamique. L’islam est la première de toutes les religions, toutes les autres en sont des déformations, des transgressions. Les juifs et les chrétiens sont par conséquents des falsificateurs. Mais un individu élevé dans ces transgressions de la « vraie foi » n’est pas responsable de son erreur, tant qu’il n’a pas connu la vérité.

Dieu ne se livre pas

Pour cette raison, le père Jourdan récuse l’expression de « religions du Livre », lorsqu’elle prétend englober christianisme, judaïsme et islam. La tradition musulmane reprend certes des personnages de l’Ancien Testament comme Abraham, Moïse ou David, mais leurs histoires et leurs rôles diffèrent, sur des points fondamentaux, de la version que connaissent les juifs et les chrétiens. L’idée d’une Alliance de Salut entre Dieu et les hommes est parfaitement étrangère à l’islam : pour un musulman, Dieu ne se livre pas, ne s’implique pas, Il ne révèle rien de Lui-même car Il n’est pas Sauveur.

Le Coran n’explique pas la nature de Dieu, mais donne des prescriptions pour régir la vie des hommes, et il est rédigé uniquement par Dieu dans le Livre-Mère qui est au Ciel de toute éternité (d’où religion « du Livre »). Dans le livre de l’Exode, juifs et chrétiens apprennent que Dieu donne son Nom à Moïse. Cet épisode est impensable dans la logique musulmane, et il n’apparaît pas dans la version coranique de l’histoire du « prophète Moïse ». L’idée d’un partenariat de Salut entre un Dieu infini, et infiniment transcendant, et un homme serait absurde, sans parler d’un Dieu choisissant la condition d’homme…

« Dieu guide et égare qui Il veut »

Bien que l’homme puisse se damner ou se « sauver » en acceptant ou en refusant la Parole d’Allah, sa liberté n’est pas garantie. Dans la quatorzième sourate du Coran, la question de la prédestination est posée par la phrase : « Allah égare qui Il veut et guide qui Il veut ». Le rapport de l’Islam au libre-arbitre demeure énigmatique. Il devient franchement problématique lorsqu’on examine la dimension politique de l’islam. La charia, que l’on conçoit en Occident comme un ensemble de lois inspirées par la foi musulmane se traduit littéralement par « chemin pour respecter la loi [de Dieu] ». Elle régit à la fois les aspects privés et publics de sa vie. Il s’en suit que pour vivre pleinement sa foi, un musulman devrait théoriquement vivre dans un pays régi par la charia.

La tentation de la théocratie

Le père Jourdan analyse que toutes les religions sont tentées de régir la vie publique et privée de leurs fidèles : ainsi, le christianisme dans son Histoire, après 313 (Édit de Milan). Mais pour le christianisme, il s’agit d’une dérive puisque le message du Christ est très clair : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». En revanche, Mohamed, en islam le dernier prophète, montre l’exemple d’un chef religieux qui est aussi un chef de guerre. Les non-musulmans qui vivent dans un pays à majorité musulmane deviennent des dhimmis(protégés assujettis), et leur cas est prévu par la charia. Contrairement aux étrangers de passage, qui échappent à la charia, ils doivent obéir aux lois musulmanes qui s’adressent spécifiquement aux non-musulmans. Ils n’ont ni les mêmes droits, ni les mêmes devoirs que les musulmans. Ils peuvent en revanche devenir musulmans à tout moment, pour sortir de leur condition.

« L’islam est à un moment décisif de son histoire »

« Ces différences plus grandes qu’on n’ose le dire habituellement, n’empêchent pas la rencontre et le dialogue mais doivent être prises en compte sereinement pour être vrai en aimant l’autre tel quel », conclut le père Jourdan. Et il prévoit que « l’islam va être mis à l’épreuve de la liberté ». Grâce à la multiplication des moyens de communications et à l’absence d’une autorité suprême de l’islam, des musulmans vont interroger leur religion et leur vision même de Dieu, assure-t-il. Il s’attend par conséquent à de grands bouleversements dans le monde musulman à la faveur de la relecture du Coran, et de son analyse historique.

Source : Aleteia

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