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Les enseignants chrétiens entre foi et loi

A l’heure de la rentrée des classes, instituteurs et professeurs de confession chrétienne témoignent de leurs défis au quotidien : viser l’excellence pédagogique, comme les autres, et porter au fond de soi les valeurs du Royaume de Dieu.

Mis en ligne le 1 septembre 2016 Imprimer Imprimer

Victor, bientôt la trentaine, aime son métier, et son enthousiasme se ressent chaque fois qu’il en parle. Il n’est pas du genre à grogner lorsque le réveil sonne le matin. Enseignant au degré secondaire, il apprécie tant l’aspect relationnel de cette profession que la joie de voir les élèves réaliser des progrès dans leur apprentissage.

Victor ne cache pas que vivre sa foi dans le monde de l’école n’est cependant pas facile tous les jours : « Vivre le décalage entre les valeurs chrétiennes et les valeurs de notre société apostat et anti-chrétienne, c’est un défi.» Même s’il n’a jamais connu de tensions sur la question religieuse, et même s’il n’a encore jamais dû enseigner des matières à contrecœur, il a par contre la « boule au ventre » lorsqu’il apprend ce que ses élèves doivent « subir » parfois à l’école : « Ils sont régulièrement soumis à des idéologies que je ne cautionne aucunement, en lien par exemple avec les questions de l’homosexualité ou du genre.»

Dans un tel contexte, et de manière générale à l’école, le positionnement de l’enseignant chrétien n’est pas toujours évident. « Il faut veiller à ne pas tomber dans le piège d’une double vie », exprime-t-il. Autrement dit, laisser sa foi à la maison, histoire de ne pas choquer les élèves. « Ce ne serait pas honnête, ni pour soi, ni pour les autres, et encore moins envers Dieu. Il est préférable que la foi imprègne tout notre travail et que les valeurs de l’Evangile soient manifestées par lui. »

Dans les faits, Victor profite par exemple des fêtes chrétiennes pour en rappeler le sens aux élèves. «Tant que ces fêtes sont au calendrier, je ne suis pas un hors-la-loi, mais simplement un historien qui rappelle des faits historiques

Sa foi se répercute aussi dans ses relations avec ses élèves : reconnaissant de trouver en Dieu « une source inépuisable d’amour », il a bien l’intention de transmettre cet amour aux élèves, « même quand, humainement, cela ne semble pas possible ». Et avec l’aide de Dieu, Victor a bien l’intention d’être un modèle, que ses élèves et collègues connaissent sa foi ou non. « Je devrai rendre des comptes à Dieu seul, et lui me voit à tout moment. »

Le chrétien doit rester courageux

« Ma grande satisfaction, c’est d’exister de manière constructive sur le chemin d’un jeune, comme un vis-à-vis encourageant. En suivant un élève pendant plusieurs années, on a la possibilité d’être un vecteur de changement et d’espérance»: voilà, pour Ludovic, l’un des aspects les plus gratifiants de son métier, qu’il pratique comme un vieux briscard depuis une trentaine d’années. Une forme de travail pastoral, en quelque sorte.

La prière2_Parler et écouter« Face à des situations de vie délicates, on peut déposer le regard de Dieu sur les élèves. C’est un travail d’équipe avec Dieu : je lui parle de mes défis professionnels, et cette relation avec lui va « sur »naturellement déborder vers l’extérieur.» L’enseignant se souvient par exemple d’une élève qui, sans même qu’il lui ait parlé de sa foi, a pris rendez-vous avec lui pour lui demander quelles étaient ses croyances. Ainsi, la frustration de ne pas pouvoir parler ouvertement de sa foi est compensée par ce « débordement » de foi dans l’attitude quotidienne, sans volonté délibérée de conditionnement.

Ludovic résume la façon dont il conçoit la mission d’un bon enseignant chrétien : « Il doit viser l’excellence pédagogique, comme les autres, et porter au fond de soi les valeurs du royaume de Dieu. » Mais être porteur de telles valeurs implique parfois la prise de décisions pas évidentes. « Il arrive qu’un programme, une exposition ou une action scolaire heurte ma sensibilité chrétienne », confie-t-il. Ludovic essaie alors de négocier avec ses collègues pour trouver une alternative, par renoncer à présenter certaines photos trop crues au cours de l’exposition en question.

« Mais il faut pour cela de la sagesse. Si l’on passe pour le croisé de service ou l’illuminé, on peut être ensuite piégé. En même temps, le chrétien doit rester courageux. »

Source : Le Christianisme aujourd’hui

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