Les embryons décongelés accidentellement sont-ils des personnes ?

Rick et Wendy Penniman ont perdu leurs embryons congelés lors du dysfonctionnement de la clinique de fertilité de Cleveland. Représentés par leur avocat, Bruce Taubman, ils ont porté plainte pour « mort injustifiée ». 

Mis en ligne le 16 avril 2018 Imprimer Imprimer

Rick et Wendy Penniman ont perdu leurs embryons congelés lors du dysfonctionnement de la clinique de fertilité de Cleveland[1]. Représentés par leur avocat, Bruce Taubman, ils ont porté plainte pour « mort injustifiée ». Glenn Cohen, un professeur de droit de Harvard, expert en éthique médicale et en droit de la santé explique : « La question très précise ici est de savoir si ils sont dans la définition de l’Ohio d’une personne au sens de la loi sur la mort injustifiée ».
Le débat juridique est ouvert : il s’agit de définir si oui ou non les embryons stockés dans les cliniques de fertilité sont vivants et sont des personnes.

« Nous demandons au tribunal de déclarer qu’un embryon est une personne et que la vie commence dès la conception », poursuit l’avocat. Et le couple considère que la vie commence dès la conception, ce qui signifie que « les embryons ont le statut juridique d’une personne ».

En 1973, à l’occasion du procès Roe contre Wade, il a été considéré qu’ « un fœtus qui se développe après l’état embryonnaire, n’est pas une personne ». Maitre Taubman tempère en rappelant que le seul but de ce procès était d’aboutir à un avortement. Dans le procès Werling contre Sandy en 1985, la Cour Suprême de l’Ohio a jugé qu’un « fœtus viable est une personne », estimant que la vie commence à la conception.

« Les gens disent : ‘Quand commence la vie ?’ Mais c’est la mauvaise façon de poser la question : il est très clair qu’un fœtus est vivant, c’est la vie. La question est de savoir si c’est une personne », estime Glenn Cohen qui pense que tant que le fœtus n’est pas viable, on ne peut pas parler de « mort injustifiée ». Pour lui, un fœtus qui n’a pas encore été implanté n’aboutira pas forcément à une grossesse à terme. Il pense donc que « cette poursuite ne conduira pas à une déclaration disant qu’un embryon une personne ».

L’avocat du couple, Bruce Taubman, est plus optimiste : « Je vois cette affaire se terminer devant la Cour suprême de l’Ohio, et je voudrais penser qu’ils vont suivre mon raisonnement et déclareront que l’embryon est une personne ». Il espère même que cette décision permettra à tous les autres parents de porter plainte à leur tour pour « mort injustifiée ».

[1] Ohio : Plus de 2000 ovocytes et embryons potentiellement endommagés  et Etats-Unis : des congélateurs endommagés dans une seconde clinique de fertilité, des clients veulent porter plainte

Source : Généthique
______________________________________________________________
.
Sur le même thème :

À lire également :

« Embryons mon amour » (1) – Récit du procès de Maryville (USA) en 1989.

Présentation : En cette mémorable journée d’août 1989, la ville de Maryville, dans l’état du Tennessee aux États-Unis, est en effervescence. Une nuée de journaliste assiège le tribunal, où le juge Dale Young devra répondre à une question sans précédent depuis 3000 ans. Le procès : un couple, en cours de divorce, Mary et John Davis, se dispute la propriété de sept embryons congelés. Divorçant, le mari demande que ces embryons soient détruits, sa femme veut les conserver.
Comment la justice américaine tranchera-t-elle ce dilemme ? L’avocat Martin Palmer demande au professeur Jérôme Lejeune (2), le généticien français qui a découvert la cause de la trisomie 21, de venir témoigner.

La question posée : ces embryons sont-ils des  » marchandises  » considérées dès lors comme des biens mobiliers que l’on peut détruire ? Ou bien ces embryons sont-ils des jeunes êtres humains, ses enfants, auquel cas Mary Davis peut légitimement en demander la garde ?

Embryon, mon amour met en scène des personnages à forte personnalité : le professeur Jérôme Lejeune, le juge Dale Young, l’avocat Martin Palmer, et bien d’autres qui ont joué un rôle dans ce procès précurseur.

  1. « Embryon, Mon Amour» de Céline Siorac et Jérôme Lejeune, Éditions : E-dite 15 janvier 2004
  2. Le Professeur Lejeune (1926-1994) est un scientifique reconnu dans le monde. Docteur  » honoris causa « , membre et lauréat de nombreuses académies, universités ou sociétés françaises et étrangères, il a reçu de nombreux prix dont le prestigieux Prix Kennedy en 1962 et le William Mémorial Award en 1969. Il est le père de la génétique moderne.

 


Partagez cette page
Facebooktwittergoogle_plusmail