Les chimères, une pratique séduisante mais dangereuse

Si nous considérons qu’un corps n’est qu’un assemblage de molécules, comme autant de briques, il n’y a pas, au fond, de grande différence entre un mouton et nous, et rien ne nous empêchera un jour de demander que l’on nous dote d’une rétine mi-homme mi-chat qui nous permettrait de mieux voir la nuit.

Mis en ligne le 16 décembre 2018 Imprimer Imprimer

Dans un dossier du journal La Croix consacré aux chimères, Vincent Grégoire Delory, directeur de l’école supérieur d’éthique des sciences et de la santé et maître de conférences à l’Institut catholique de Toulouse, formule les interrogations soulevées par cette pratique.

Avec les chimères, il s’agit de créer des embryons animaux contenant des cellules souches humaines dans le but de faire naître des animaux porteurs d’organes humains pour pallier la pénurie d’organes. Mais si l’idée est « séduisante », elle revient cependant « pour un individu, à faire pousser, à la demande, son propre organe dans un animal », ce qui n’est pas sans poser problème et remet en question le principe de l’indisponibilité du corps humain : car dans un tel contexte, une personne « devrait donc payer pour obtenir, par exemple, un cœur à lui, dont il serait le propriétaire (…) Si je peux payer pour avoir mes propres organes, pourquoi ne pas payer, demain, pour obtenir un clone ? ».

Seconde problématique des chimères, la confusion introduite entre homme et animal, « nous poussant à déduire que nous n’avons pas de nature propre ». Pour Vincent Grégoire Delory, ce trouble est aussi dû à la possibilité d’observer aujourd’hui des éléments de plus en plus petits. Si c’est une bonne chose, cette possibilité nous a toutefois fait « perdre une vision plus large de ce que nous examinons » : « si je considère qu’un corps n’est qu’un assemblage de molécules, comme autant de briques, il n’y a pas, au fond, de grande différence entre un mouton et moi », et rien ne « m’empêchera un jour de demander que l’on me dote d’une rétine mi-homme mi-chat qui me permettrait de mieux voir la nuit ». Mais « si je considère qu’il y a en moi une nature humaine qui dépasse largement mon corps de chair, il me semble qu’il ne faut pas brouiller les frontières entre l’homme et l’animal ». Parler de nature humaine, c’est « aussi supposer que c’est la relation à l’autre qui créé mon humanité, et pas uniquement la manière dont je suis composé ».

Enfin, si certains estiment acceptable d’introduire des cellules humaines chez l’animal si le nombre de cellules est limité, Vincent Grégoire Delory se dit « incapable » de définir un seuil qui serait éthique : « Autant on peut utiliser les seuils pour déterminer ce qui est normal ou ce qui est pathologique, autant je ne vois pas comment on peut le faire pour déterminer ce qui est humain et ce qui ne l’est pas ».

Source : Généthique


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