Les associations franciliennes devront s’engager sur la laïcité

Le conseil régional d’Île-de-France doit voter une charte de la laïcité qui s’imposera aux associations et clubs sportifs subventionnés. Valérie Pécresse, présidente LR de la région, entend ainsi répondre à l’emprise de réseaux musulmans fondamentalistes.

Mis en ligne le 10 mars 2017 Imprimer Imprimer

Face à la menace des replis communautaires, la région Île-de-France veut renforcer le contrôle sur le monde associatif et sportif. Comme elle s’y était engagée lors de la campagne pour les régionales, la nouvelle présidente Valérie Pécresse (LR) présente jeudi 9 mars en séance plénière une charte de la laïcité.

Ce texte impose aux mouvements d’éducation populaire et de jeunesse et aux mouvements sportifs de s’engager à transmettre les valeurs de la République. Ils devront ainsi faire respecter l’égalité entre hommes et femmes, lutter contre toute forme de discrimination ou tout « prosélytisme qui constituerait des formes de pression ».

Une délibération qui sera également présentée le même jour au Conseil régional subordonne l’attribution d’une subvention au « respect et à la promotion de cette charte ».

« Les associations feront l’objet d’un contrôle, explique Valérie Pécresse. Si l’on s’aperçoit d’un manquement au respect des valeurs de la République, il y aura des sanctions financières. Cette délibération nous donne une base légale pour le faire. »

Dans le viseur, les réseaux de fondamentalistes musulmans

La charte ne vise nullement certains clubs sportifs ou associations confessionnelles comme les mouvements scouts, assure-t-on au cabinet de la présidence, mais seulement des structures qui refusent l’ouverture et menacent le vivre-ensemble.

Dans le viseur des autorités, certains réseaux fondamentalistes musulmans qui tentent d’étendre leur influence dans les quartiers. Ce sont des jeunes filles qui renoncent à pratiquer un sport en raison des tenues jugées incorrectes. Ou des animateurs qui font du prosélytisme.

En 2015, un rapport des services de renseignements avait alerté les pouvoirs publics sur le développement de ces situations. Les maires de France avaient aussi fait part des difficultés d’élus à établir un cadre de relations clair avec leurs partenaires.

L’impact réel des dérives communautaires reste toutefois difficile à établir. La présidente de région a donc également décidé de lancer deux missions. La première porte sur la pratique sportive féminine.

La place des femmes dans l’espace public en question

« On constate aujourd’hui que deux tiers des inscrits dans les clubs sont des garçons. Pourquoi n’y a-t-il pas de parité ? Y a-t-il une baisse des inscriptions des filles et pour quelles raisons ? Est-ce lié à des comportements sexistes ? », interroge Valérie Pécresse.

Sans attendre d’avoir cet état des lieux, le conseil régional va demander à toutes les fédérations sportives qui sollicitent des subventions l’ouverture d’une section féminine. Depuis juillet, dans le cadre de la prévention de la radicalisation, un « réseau d’alerte » a par ailleurs été mis en place, composé de référents désignés par chaque fédération sportive.

La seconde mission d’information porte sur « la place de la femme dans l’espace public. Y a-t-il des lieux, qu’il s’agisse des quartiers, des réseaux de transport, de lieux publics, où les femmes ne peuvent plus se rendre, où elles se font agresser ? »

Sur ce chapitre, la délibération prévoit aussi d’inciter les structures qui gèrent les bases de loisirs – appelées aujourd’hui îles de loisirs à modifier leur règlement intérieur afin de permettre l’application de la charte. En cause, notamment, certaines tenues vestimentaires.

Pour le PS, un problème de « méthode »

« Notre volonté est de faire respecter la loi, précise Valérie Pécresse. Il est interdit dans ces îles de loisirs de porter des vêtements qui dissimulent le visage, comme le fixe la loi de 2010. Concernant les lieux de baignade, nous avons pris, en lien avec le ministère de l’intérieur, des mesures pour rendre obligatoire les maillots de bain, pour des raisons d’hygiène et d’ordre public. » Pas question donc d’y tolérer le burkini, qui a fait polémique cet été.

La présidente de la région assure avoir engagé la réflexion dans une démarche transpartisane. Mais huit jours auparavant, l’opposition a claqué la porte du groupe de travail. « Nous déposerons le 9 mars une motion de renvoi, explique le socialiste Rachid Temal. Sur le fond, le PS est tout à fait favorable à la laïcité, mais c’est la méthode qui ne convient pas ». La gauche aurait notamment souhaité que soient associés à ce travail des représentants des agents publics et des chercheurs.

À LIRE : Valérie Pécresse : « Les associations qui ne respectent pas la laïcité seront sanctionnées »

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Un contrôle renforcé du monde associatif

En juillet 2015, un rapport du service central du renseignement territorial décrit des phénomènes d’emprise de réseaux fondamentalistes musulmans sur le milieu sportif amateur.

En novembre 2015, l’Association des maires de France (AMF) publie un vade-mecum sur la laïcité. Elle propose un modèle de charte entre communes et associations subventionnées.

Depuis 2016, dans le nouveau dossier de demande de subventions établi par ministère
de la jeunesse et des sports, les associations doivent désormais décrire leur projet concernant le « respect des valeurs de la république : ouverture à tous les publics, mixité, égalité femmes-hommes, non-discrimination, etc. ».

Bernard Gorce
Source : La Croix.com
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