Le transhumanisme, une utopie

Le sens commun est encore habité par l’idée que le corps tel qu’il est reçu de la phylogenèse, avec ses limites et ses défaillances, est a priori le lieu de la vie bonne. Qu’il y a du plaisir et du bonheur à l’habiter, au sein de ces limites et parfois grâce à elles ».

Mis en ligne le 16 février 2017 Imprimer Imprimer

Xavier Lacroix, philosophe et théologien, ancien membre du CCNE, estime que « quelques avancées technologiques – au demeurant fort limitées – donnent lieu à des rêveries disproportionnées » concernant « l’homme augmenté ». Pour lui, le transhumanisme est une « utopie », « qui voit converger vers elle plusieurs disciplines de pointe et des centaines de millions de dollars ».

Il dénonce les extrapolations au sujet de ces « avancées technologiques » : « qu’il soit envisageable que certains êtres humains vivent 150 ans et l’on parle d’ ‘immortalité’ » ; « le fait que l’on soit parvenu récemment à synthétiser les gènes de bactéries alimente l’utopie des corps vivants entièrement artificiels, dont les performances seraient multipliées. Quel abîme pourtant entre la bactérie et la complexité abyssale du vivant ». Il signale encore les confusions terminologiques : « tel titre évoque une ‘machine intelligente simulant, voire dépassant les capacités humaines’. Comme si l’intelligence pouvait être le propre d’une machine, c’est à dire d’un enchainement de causes et d’effets (…) Ces discours confondent ‘intelligence’ et ‘calcul’ ».

Derrière les perspectives transhumanistes, « c’est le sens de l’humain qui devient problématique », c’est le « refus de la vulnérabilité », qui est vue comme « une collection de défauts à dépasser ». Il est toutefois des « améliorations-réparations » qui se distinguent de cette perspective, car « elles gardent pour limite le modèle du corps tel qu’il est généralement reçu de la naissance ». C’est le cas des lunettes, appareils auditifs, implants cardiaques…). La limite est ténue, mais « elle existe » : « nul à ce jour ne demande à son médecin d’améliorer son acuité visuelle au-delà de 10/10. Le sens commun est encore habité par l’idée que le corps tel qu’il est reçu de la phylogenèse, avec ses limites et ses défaillances, est a priori le lieu de la vie bonne. Qu’il y a du plaisir et du bonheur à l’habiter, au sein de ces limites et parfois grâce à elles ». En outre, « il suffit d’imaginer une vie à la durée illimitée pour deviner quel enfer cela serait ». Pourtant, ce sont bien ces limites que l’utopie transhumaniste vient bousculer.

Jean-Gabriel Garnascia, professeur d’informatique à l’université Pierre et Marie Curie, estime lui aussi que « ses collègues qui prophétisent la ‘singularité technologique’ abusent de leur autorité en annonçant des ‘catastrophes absurdes’ ». Pour lui, « la survenue annoncée de la machine qui dépassera l’homme et sera dotée d’une volonté et d’une conscience autonome (définissant donc elle-même ses buts) ne relève pas de la science mais d’un récit ». Dans ce « récit », « l’argumentation rationnelle qui distingue la science de l’imaginaire narratif est absente », « la science de l’IA – qui existe et dont les succès sont majeurs- est transformée en une prophétie non scientifique ». Il dénonce lui aussi le vocabulaire employé, mis au service de ce récit, notamment le terme d’ « autonomie ».

Source : Généthique
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