Le corps humain soumis à la loi du marché

Interrogée au sujet du féministe, Sylviane Agacinski, philosophe, estime que « le plus redoutable, aujourd’hui, c’est l’emprise que l’économie tend à exercer sur l’ensemble des individus – et pas seulement sur les femmes – au nom de la croissance, de la compétitivité et de la course sans fin au profit.

Mis en ligne le 13 mars 2019 Imprimer Imprimer

Pour Sylviane Agacinski, la vie de tous est menacée lorsqu’elle est convertie en ‘ressource’ et en ‘capital humain’ ». A l’heure de la confusion des sexes, la philosophe rappelle que l’identité gay ou lesbienne, bisexuelle, transsexuelle ou transgenre ne peut « ni effacer ni remplacer la distinction de sexe. Elles la confirment au contraire, car il n’y aurait aucun sens à se dire bisexuel, par exemple, s’il n’y avait pas au moins deux sexes ». Elle poursuit : « Le désir de déterminer soi-même son genre traduit (…) une volonté d’échapper aux limites de notre condition humaine : celle d’un être charnel et vivant, auquel le sexe et la mort signifient sa finitude ».

A propos de la polémique autour des « parent 1 » et « parent 2 », elle explique que « les philosophes aiment dire, avec Hegel, que ‘c’est dans les mots que nous pensons’. Mais les mots ont le pouvoir ambigu de montrer le réel – ou de le dissimuler. La distinction lexicale entre père et mère tient au fait que l’un ne peut se substituer à l’autre, car leurs rôles ne sont pas équivalents ». Et dans le réel, « deux parents du même sexe, cela ne suffit pas, en tout cas pas pour faire un enfant. Il faut la participation d’une troisième personne, ce que j’appelle un tiers-corps ». Précisant qu’ « en Californie, ce corps humain parcellisé est devenu une ressource biologique disponible sur le marché ».


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