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La laïcité de nouveau en question

Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper casher de Vincennes, la laïcité est citée partout. À quelle place peuvent prétendre les religions dans notre société ?

Mis en ligne le 9 février 2015 Imprimer Imprimer

Sacrée laïcité ! La voici qui s’invite à nouveau sur la place publique. À peine les Français cherchent-ils à tirer des leçons de la tragédie des 7, 8 et 9 janvier que tout le monde l’invoque et lui tresse des louanges. Mais chacun porte un adjectif particulier dans la valise de ce mot. Laïcité sectaire, ouverte ou fluctuante, on se perd en conjecture, au point que beaucoup réclament un aménagement de cette spécialité française. Analyse d’une idée qui n’a pas fini de faire parler.

Rappelons d’abord que la loi de 1905 ne constitue pas la première séparation entre les pouvoirs temporel et spirituel. « Tout cardinal qu’il était, Richelieu défendait les intérêts des princes luthériens pour des raisons politiques, observe le philosophe dominicain Bernard Bourdin. Son attitude montre bien que sous l’Ancien Régime déjà les objectifs de l’État ne correspondaient pas nécessairement aux fins de l’Église. »

Un compromis menacé

Pourtant, la rupture de la Révolution s’est accompagnée d’une politique antireligieuse. « Alors qu’aux États-Unis le protestantisme a permis des convergences entre l’idéal des Lumières et la lutte contre l’Angleterre, en France, le catholicisme a payé le fait d’être considéré comme un pilier de l’absolutisme », observe Jean-Pierre Mignard, avocat et maître de conférences à Sciences-Po.

Mais la loi de Séparation s’est révélée plus qu’une fracture, un compromis solide : l’État se définit comme neutre vis-à-vis des religions, mais il garantit la liberté de consciences et de croyances. Bon an mal an, le système français s’est ancré dans les mentalités sans trop de tensions. En 1989, deux adolescentes qui voulaient porter le voile islamique à l’intérieur de leur lycée ont provoqué une première interrogation sur les pratiques religieuses à l’école et, dès le début des années 2000, le pouvoir politique a décidé d’agir.

François Baroin, vice-président de l’Assemblée nationale, a remis un premier rapport en 2003 dans lequel il soulignait que les convictions religieuses entraînaient désormais des revendications identitaires. À la fin de la même année, la commission présidée par Bernard Stasi a rédigé un second rapport qui réaffirmait les principes de la laïcité, « une valeur qui rassemble, en même temps qu’un garant de la liberté individuelle ». Au mois de mars 2004 était votée la loi interdisant le port de signes ostensibles d’appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. En usant de la laïcité comme d’une arme contre le fondamentalisme, les pouvoirs publics ont placé les croyants sur la défensive.

« La religion est un fait social, estime Jean-Pierre Mignard. Quand un protestant se rend au temple, un musulman à la mosquée, un juif à la synagogue, il est en lien personnel avec sa foi, mais il l’exprime aussi dans l’espace public. » Une laïcité bien comprise pourrait-elle permettre aux courants religieux de s’exprimer davantage ? « Nous constatons que les responsables politiques suscitent des manifestations interreligieuses quand se déroule un événement grave, ajoute Jean-Pierrre Mignard. Cela prouve que les religions peuvent tenir une fonction sociale, qu’elles ne se réduisent pas toujours à la sphère de l’intimité. Dans ces conditions, le principe de laïcité doit s’ouvrir et ne pas considérer le fait religieux comme une menace. »

Hostiles à toute idée d’État confessionnel, bon nombre de représentants des Églises déplorent de n’être sollicités que de façon ponctuelle, pour évoquer des sujets spécifiques. « Les chrétiens, et pas seulement eux, peuvent apporter leurs ressources propres à la vie publique, aux débats de société, note Bernard Bourdin. Ne pas penser la laïcité comme une sanction mais comme une différenciation permettrait de vivre ensemble de manière apaisée, positive. » Un point de vue que partage le pasteur Jean-Pierre Rive, président de la commission Éthique et société de la Fédération protestante de France. Pour lui, l’État s’institue désormais comme le seul dépositaire de l’émancipation des individus, se méfie de la transmission qui peut se réaliser dans les familles et refoule toute référence religieuse au point de générer des violences en retour. « Les gouvernements feraient mieux de s’intéresser aux représentations d’un bonheur illusoire véhiculé par les images télévisuelles, dit-il dans un sourire. Au lieu de cela, l’État prétend purger les citoyens de leurs croyances comme s’il s’agissait de mauvaises pensées. La fraternité n’a plus de place, elle est remplacée par un messianisme laïc. »

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