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La justice ne valide pas le « meurtre par amour »

Jean-Marie Le Méné*, président de la fondation Lejeune, revient sur le jugement de la Cour d’assises d’Ille-et-Vilaine qui a condamnée pour meurtre à 5 ans de prison avec sursit, la maman d’une enfant handicapée de 8 ans. La défense demandait l’acquittement pour ce qu’elle présentait comme un « geste d’amour ».

Mis en ligne le 27 octobre 2015 Imprimer Imprimer

Les meurtres d’enfants handicapés, généralement commis par les mères, ne sont pas rares. Ces sont aussi des actes très commentés qui suscitent des réactions passionnées parce qu’ils sont considérés comme douloureux donc plus compliqués à comprendre. Retour sur le cas jugé à Rennes en septembre d’une mère qui a étranglé sa fille Méline avant de tenter de se suicider.

Il faut admettre que le contexte général de l’évolution des mœurs s’y prête. Depuis trois ans, les débats autour de la mort donnée volontairement, soit en début de vie par l’avortement, soit en fin de vie par l’euthanasie, sont devenus oppressants. C’est à croire qu’il n’y a plus que cela qui intéresse le législateur ! Ne peut-on pas faire mourir de soif un tétraplégique dès lors qu’on l’anesthésie ? Est-il bien nécessaire d’avoir un délai de réflexion avant d’avorter ou d’être en situation de détresse pour le faire ? Donner la mort à son enfant par amour, n’est-ce pas, en fin de compte, la plus belle chose du monde quand cet enfant s’appelle Vincent Lambert ou qu’il est trisomique 21 ?

Sur ce fond culturel déliquescent, on pouvait tout craindre et d’ailleurs on n’est pas passé loin de la catastrophe. Tous les ingrédients étaient réunis. Une mère, née d’un père kabyle illettré et d’une mère couturière, mais une mère seule dont l’enfant aurait été le fruit d’un viol. Une mère dont on souligne à l’envie qu’elle est catholique pratiquante et qu’elle va à la messe. Une défense assurée par Eric Dupond-Moretti qui en rajoute : « Son idée a germé un 15 août, le jour de la Vierge Marie ». Le meurtre d’une petite fille handicapée de huit ans, inspiré par la sainte Vierge, le jour de l’Assomption, ça vaut bien un acquittement, non ?

En même temps, très idéologiquement, cette défense n’hésitait pas à affirmer qu’elle ne contenterait pas d’un acquittement au bénéfice de la maladie mentale de la mère, ce qui pouvait être plaidé, mais qu’elle réclamait un acquittement au bénéfice de l’amour d’une mère qui a voulu « libérer » sa fille, assimilée à un handicap, ce qui est autre chose…

Grâce à Dieu, la justice laïque a aussi ses miracles. La Cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, loin de céder au stéréotype à la mode du meurtre, tenu pour le degré suprême de l’amour, a rendu un sage verdict. En condamnant la mère à cinq ans avec sursis, la justice a suivi le réquisitoire de l’avocat général qui a rappelé ce qu’on peut avoir tendance à oublier dans ce genre de procès, la vraie victime : « La vraie victime n’est pas là. Ni physiquement, ni symboliquement. Elle a été l’absente de ce procès, recouverte par le handicap. Elle n’est plus que le handicap ». Autrement dit, la mère a bien commis le meurtre de sa fille handicapée, qui est la vraie victime, et une altération du discernement au moment des faits peut être retenue comme circonstance atténuante. Mais il n’y a pas de meurtre d’amour.

C’est la fermeté de la loi et la clémence du juge qui font la justice.

Source : Génétique

* Magistrat à la Cour des comptes, Jean-Marie le Méné est aussi l’un des fondateurs et président de la fondation Jérôme Lejeune, reconnue d’utilité.


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