Partager :

">

Partager :

" />

La foi religieuse au cœur des primaires américaines

Un récent sondage rappelle que les Américains sont réticents à élire un président qui ne croit pas en Dieu. Pourtant, l’influence de la « droite religieuse évangélique » décroît. Mais de quels évangéliques s’agit-il ?

Mis en ligne le 11 février 2016 Imprimer Imprimer

«Nous croyons en Dieu – In God we trust». La devise nationale américaine, adoptée en 1956, demeure à l’image du pays. Selon les dernières statistiques, 70% des Américains sont chrétiens. Plus de 25% sont protestants évangéliques (baptistes, pentecôtistes), 14% protestants «historiques» (anglicans, méthodistes, presbytériens) et 20 % catholiques. On compte également 2% de Juifs, 1% de musulmans, et 22% de «non-affiliés»: athées, agnostiques et croyants sans dénomination particulière.

Dans un sondage publié fin janvier, l’institut Pew Research Center rappelle qu’«être athée reste le plus gros des handicaps pour un candidat à la présidentielle» aux États-Unis. La moitié des Américains (51%) sont moins susceptibles de voter pour un candidat qui «ne croit pas en Dieu». Le républicain Donald Trump est justement perçu par une majorité d’Américains (60%) comme «pas» ou «pas du tout» religieux. L’homme d’affaires, qui a reçu une éducation presbytérienne, mais qui n’est pas pratiquant, est jugé de même par 47% des républicains. Un électorat qui comporte une forte part d’évangéliques blancs, sensibles à l’identité religieuse des candidats et à leurs valeurs morales.

Donald Trump, candidat le moins religieux

Élections américaines 2016 3Pourtant, Donald Trump caracole toujours en tête des sondages de son parti, et ne paraît pas souffrir d’un handicap religieux. Au contraire, le milliardaire a reçu le soutien de Jerry Falwell Jr, pasteur et recteur de l’université évangélique Liberty, en Virginie, où il s’est rendu pour délivrer un discours. «Étrangement, Donald Trump est considéré comme le candidat le moins chrétien, mais beaucoup d’évangéliques ne lui en tiennent pas rigueur», estime Lauric Henneton, universitaire et auteur d’une Histoire religieuse des Etats-Unis*. «Ils lui préfèrent ses qualités de leadership aux valeurs morales».

Pour Matthieu Sanders, pasteur baptiste franco-américain à Paris, la réalité de cet engouement évangélique pour Donald Trump est plus complexe. « Qui est prêt à voter pour lui ? Essentiellement les classes ouvrières et les milieux populaires blancs. Beaucoup se considèrent évangéliques, mais la plupart ne sont pas pratiquants. Ils votent surtout par sentiment d’abandon des élites », affirme-t-il. « Il est intéressant de voir qu’à l’exception de quelques pasteurs, les principaux leaders évangéliques ont pris position contre Donald Trump », note encore Matthieu Sanders. Un des chefs de file de la Convention des baptistes du Sud, la principale Eglise évangélique américaine, Russell Moore, a ainsi appelé à faire barrage au candidat, à cause de son discours sur l’immigration. Le magazine évangélique de référence Christianity Today a estimé quand à lui que les positions de Donald Trump « menaçaient l’Évangile ». « Il y a un fossé entre les évangéliques éduqués, qui le rejettent, et ceux des classes populaires, qui sont plus enclins à le soutenir », décrypte Matthieu Sanders.

Selon l’universitaire Lauric Henneton, Donald Trump est conscient de ses limites sur l’électorat évangélique: «Pour lui, il ne s’agit pas de gagner le vote religieux, mais de limiter les dégâts, pour éviter que Ted Cruz, conservateur évangélique affiché, ne prenne trop de place. Le candidat Marco Rubio fait le même calcul». Le facteur religieux demeure déterminant pour l’emporter dans les États du Sud, comme le Mississippi, le Tennessee, et l’Alabama, où la population évangélique blanche est très forte. «Les élections américaines se jouent sur la mobilisation de certains groupes. Les évangéliques blancs sont en déclin, mais ils votent beaucoup plus que les autres. Voilà pourquoi le facteur religieux reste déterminant à certains endroits », conclut-il.

Les démocrates pas insensibles à la foi

Élections américaines 2016 2Chez les démocrates, la question religieuse n’est pas absente, quoique moins forte. «Hillary Clinton et son mari Bill sont très croyants», rappelle Lauric Henneton. «Mais la candidate ne le met pas en avant». Au contraire, son rival Bernie Sanders, juif agnostique, a récemment déclaré que la foi «guidait sa vie». Cette posture s’inscrit dans une stratégie pour gagner le vote noir, traditionnellement démocrate, et très religieux. Selon le site d’informations Policy Mic, Bernie Sanders s’apprête à sillonner les États du Sud, en visitant les églises protestantes noires, qui jouent un grand rôle dans la communauté afro-américaine. Bernie Sanders, par son appel à la justice sociale, touche également certains évangéliques blancs, notamment les plus jeunes: «Beaucoup sont attirés par la gauche, mais l’obstacle de l’avortement défendu par les démocrates demeure fort», explique le pasteur Matthieu Sanders.

Pour ce dernier, la loyauté des évangéliques envers les républicains devient moins évidente. « On assiste à une perte de terrain de l’influence politique de la droite religieuse. Son dernier champion, Ted Cruz, ne correspond pas à la jeune génération évangélique, qui ne se reconnaît pas dans ses outrances. Celle-ci a conscience d’être une minorité dans la société, et n’idéalise plus la droite», affirme-t-il. « L’illusion de la ‘’majorité morale » chrétienne aux États-Unis n’est plus permise. Le mariage gay autorisé par la Cour suprême a été le révélateur pour les chrétiens qu’ils sont aujourd’hui en porte-à-faux avec la culture dominante », ajoute-t-il. Les Etats-Unis sont touchés par une lente, mais progressive sécularisation : la génération Y représente près de 40 % des « non-affiliés » américains.

*Histoire religieuse des Etats-Unis, Lauric Henneton, Flammarion, 2012.

Source : Le Figaro

A lire également : Dieu bénisse l’Amérique : La religion de la Maison-Blanche de Sébastien Fath

Sur le même thème :


Partagez cette page
Facebooktwittergoogle_plusmail