« Je suis musulmane, je vous demande de ne pas effacer Noël »

Pour Remona Ali, journaliste au Guardian, croire que Noël est une insulte aux autres religions relève de la paranoïa. Renier sa propre culture finit par nuire aux minorités que l’on ne voudrait pas offenser.

Mis en ligne le 13 décembre 2016 Imprimer Imprimer

Que serait Noël sans polémiques ? Au XVIIesiècle déjà, les Puritains promulguèrent des lois qui interdisaient les célébrations de Noël. Et pendant la Révolution, en France, furent interdites les fonctions religieuses de Noël et la galette des rois. Cette dernière fut renommée « Gâteau de l’Égalité », enlevant toute référence aux rois mages et à la Nativité.

Donc, rien de nouveau sous le soleil. L’année dernière l’entreprise Starbucks a provoqué un emballement médiatique en retirant de ses fameux « gobelets de Noël » tout symbole chrétien. Et cette année le Royaume Uni est – à nouveau – pris par la peur que si l’on manifeste son identité culturelle et religieuse, on peut offenser les personnes d’une autre religion.

Noël au bureau

Plusieurs employeurs britanniques hésitent à organiser des fêtes de Noël dans leurs bureaux et à envoyer des cartes de vœux à leur personnel, craignant d’heurter sérieusement la sensibilité de ceux qui, dans leur équipe, appartiennent à une minorité religieuse. Certains ont interdit toute décoration et remplacer l’appellatif « fêtes de Noël » par « fêtes de l’hiver ».

David Isaac, le nouveau directeur d’Equalities and Human Right Commission, a invité les entreprises à gérer le rapport entre « travail » et « religion » en se fiant à leur « bon sens », soulignant que les employeurs « ne devaient éprouver aucun sentiment de culpabilité » à partager l’esprit de Noël avec leurs collaborateurs.

Isaac, ancien responsable de l’association pour les droits LGBT « Stonewall », a déclaré dans un entretien au Sunday Times que « la liberté religieuse est un droit humain fondamental que l’on ne peut faire disparaître par peur d’offenser quelqu’un ».

Renier sa propre culture finit par nuire aux minorités que l’on ne voudrait pas offenser.

Il y a beaucoup de clichés, estime Isaac, quant à cette perception de la religion sur un lieu de travail. « Il n’y a rien de mal à organiser une fête ou envoyer des cartes de vœux. La plupart des juifs et des musulmans que je connais suivent les préceptes de leur religion mais ils ont conscience de ce qu’est Noël et, en un certain sens, le célèbrent aussi ». C’est la réalité, a conclu Isaac, « c’est ce que vivent les gens. Cela doit nous faire réfléchir ».

La paranoïa d’offenser

Dans ce climat d’inquiétude, un éditorial de Remona Aly sur le Guardian apporte un éclairage : « Cette paranoïa d’offenser les autres sensibilités religieuses a, paradoxalement, des effets contraires à ce que l’on attend » . La journaliste britannique est musulmane. Elle cite un épisode survenu en Suède, après la diffusion d’une nouvelle selon laquelle les décorations de Noël étaient interdites en public pour ne pas froisser les musulmans. Un vrai canular – devenu très vite extrêmement viral, suscitant plus de 43 000 réactions sur Facebook – qui a fait comprendre à quel point le climat était devenu tendu. Et ceci montre bien que vouloir « édulcorer » sa propre identité culturelle, au lieu de créer un climat de détente et de partage pacifique, finit par exacerber les esprits.

« Quelles que soient les bonnes intentions de ces employeurs, poursuit la journaliste, leurs peurs finissent par nuire aux minorités qu’ils ne voudraient pas offenser. Sérieusement, pour moi cela n’est pas un problème. Si quelqu’un prononce le mot “arbre de Noël”, ma foi n’est en rien compromise ; si j’entends le Notre Père – que je connais par cœur depuis que je suis enfant – je n’ai pas de sueurs froides. Et je vous confie un autre secret incroyable : beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes adorent Noël ».

Et – si nous sommes capables de faire la distinction entre les gouvernements et les peuples – cela n’a rien de surprenant. Impossible d’ignorer les différentes restrictions règlementaires, au goût tristement discriminatoire, mais on remarque que souvent – dans tant de pays de tradition musulmane – chrétiens et musulmans s’échangent des vœux à l’occasion de Noël ou de festivités comme l’Eid al-Adha. Un de mes plus chers amis est un Syrien d’Alep, transplanté à Rome; en cette période de guerre, il a la nostalgie du climat de Noël qu’il respirait chez des parents à lui catholiques.

Et les expériences vécues par la journaliste du Guardian ne font que confirmer cette tendance :
« Tant de familles musulmanes, à l’approche de Noël, créent des conversations de groupe sur WhatsApp pour parler de la “traditionnelle dinde halal”, raconte Remona. « Et d’habitude, mes amis athées sont les premiers à m’envoyer une carte de Noël. Pour ne pas parler de mon ami Sikh qui a décidé de m’offrir le film “Rogue One : A Star Wars Story”… quel meilleur cadeau de Noël un sikh pourrait-il faire à une musulmane ? ».

Noël unit les peuples

« Les traditions unissent les peuples et renforcent la société », estime Remona Aly. « Quand mes amis chrétiens, juifs, sikhs et agnostiques m’ont présenté leurs vœux pour la fête du sacrifice, cela ne veut pas dire qu’ils étaient confus ; ils ont tout simplement reconnu la valeur que cette fête avait pour moi (ok, ils voulaient aussi manger quelques friandises). Quand je partage certains rituels du Shabbat avec mes amis juifs, ou quand je fais mes vœux à mes amis hindous pour leur Diwali, je ne perds absolument pas le sens de qui je suis ; au contraire, cela me fortifie dans ce que je crois, tout en appréciant l’ample pluralité du paysage religieux et culturel qui caractérise le Royaume Uni ».

Bien entendu des non-chrétiens pourraient se sentir mal-à-l’aise à dire « Bon Noël », souligne la journaliste britannique. Et qui n’a pas envie de jouer dans une petite scène sur la Nativité, doit être compris.

Mais les employeurs qui prennent « des mesures de prévention », pensant a priori que les employés non chrétiens « s’offenseront si on appelle “arbre de Noël” un arbre décoré pendant la période de Noël », ne font que jeter de l’huile sur le feu. Et cette approche, explique-t-elle, « n’aide en rien ceux qui, comme moi, appartiennent à une minorité religieuse ».

« Moi … j’aime Noël car cette fête transmet compassion, espérance, et le sens de la famille ». Et voilà pourquoi, conclut la journaliste, « je souhaite bon Noël à tous ceux qui le célèbrent, le marquent sur son calendrier ou, tout simplement, le reconnaissent ».

Article traduit par Isabelle Cousturié

Source : Aleteia

____________________________

Sur le même thème :

 


Partagez cette page
Facebooktwittergoogle_plusmail