Jacques Testart : « Le Téléthon, c’est quelques chose qui me choque beaucoup »

Alors que le téléthon lance sa 33ème édition les 6 et 7 décembre prochains, il dénonce la « politique », l’« idéologie » de cette association qui « n’est pas présentée en tant que tel » : avec le Téléthon, est assénée l’équation « argent = guérison », une affirmation « contre laquelle il faut lutter » : « même si on donnait tout l’argent du monde pour la myopathie, ce n’est pas pour ça qu’elle serait guérie, il est possible qu’on soit incapable de guérir telle ou telle maladie ».

Mis en ligne le 2 décembre 2019 Imprimer Imprimer

Dans une interview réalisée pour Sciences citoyennes, Jacques Testart[1] explique en quoi le Téléthon, « grand marathon télévisuel qui cherche à récolter des fonds à destination de l’Association française de myopathies », le « choque beaucoup » : c’est une entreprise qui « échappe à la fois à une démarche scientifique et à la démocratie »« Si je m’intéresse au Téléthon, c’est parce que c’est l’illustration de ce qu’il ne faudrait pas faire, c’est-à-dire de ne pas passer par les voies normales pour prioriser un thème de recherche et de raconter des choses tellement merveilleuses qui vont arriver grâce aux sous que l’on va donner que c’est un peu de l’abus de confiance », explique-t-il.

Alors que le téléthon lance sa 33ème édition les 6 et 7 décembre prochains, et avec plus d’un milliard de dons récoltés en trente ans, « il n’y a toujours pas de traitement ». S’il est difficile de critiquer une telle entreprise car une partie de l’argent récolté sert pour améliorer la vie quotidienne des malades, il faut reconnaitre que « pour ce qui est de l’efficacité revendiquée, c’est-à-dire les thérapies géniques pour le traitement des myopathies, il n’y a rien », constate Jacques Testart.

Le Téléthon promeut une recherche « qui n’est pas démocratique », répète le biologiste : un projet de recherche, pour être financé, « doit recevoir l’approbation de ses pairs ». Mais le téléthon contourne ce circuit institutionnel : par pression financière, il « a le pouvoir d’orienter la recherche médicale sur des thématiques décidées par un groupe de personnes » qui n’ont pas été désignées par les voies démocratiques de l’université. En outre, le téléthon « ratisse très large » : son objectif, c’est « les progrès en génétique en général ». Ainsi, ils financent des laboratoires de recherche agronomique qui travaillent sur les plantes transgéniques…

Jacques Testart dénonce la « politique », l’« idéologie » de cette association qui « n’est pas présentée en tant que tel » : avec le Téléthon, est assénée l’équation « argent = guérison », une affirmation « contre laquelle il faut lutter » : « même si on donnait tout l’argent du monde pour la myopathie, ce n’est pas pour ça qu’elle serait guérie, il est possible qu’on soit incapable de guérir telle ou telle maladie ». Cette utopie d’un « monde dans lequel on pourrait guérir tous les malades », véhiculée par le Téléthon, participe à sa façon au développement du tri des embryons par diagnostic préimplantatoire.

[1] Biologiste de la procréation « père » du premier bébé éprouvette en France, Jacques Testart s’intéresse « aux déviations de la médecine ». « Critique de sciences », il affirme : « Je trouve qu’il y a beaucoup d’abus dans les déclarations des scientifiques, que ce soit pour leurs pairs (dans les journaux scientifiques) ou pour le public, et qu’il faut mettre un peu de démocratie là-dedans ».

Source : Généthique
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Un livret pour mieux comprendre les enjeux

La Fondation Jérôme Lejeune a publié un livret de 10 pages intitulé « Eléments d’informations sur le Téléthon » (1), sont « exposés les enjeux éthiques et scientifiques soulevés par des recherches soutenues par l’AFM-Téléthon« . À ce titre, deux mises en garde sont présentées : d’une part, le fait que « parmi les travaux de recherche financés par l’AFM-Téléthon, figurent des recherches utilisant des embryons humains« . Une pratique contestable d’un point de vue éthique puisqu’elle « implique la destruction d’embryons humains ». Mais contestable également parce qu’elle « n’est pas indispensable sur le plan scientifique », des alternatives existants. D’autre part, « l’AFM-Téléthon soutient le diagnostic pré-implantatoire et le diagnostic prénatal« . Or, ces pratiques peuvent « conduire à la destruction d’embryons ou de foetus« . Elles sont, de plus, à l’origine de dérives eugénistes, signalées par de nombreux observateurs depuis plusieurs années.

Ce livret est téléchargeable en ligne et est disponible gratuitement en version papier (écrire ici sur le site de la Fondation Jérôme Lejeune pour le commander).


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