Interview de Samuel Peterschmitt : « Je vois la vraie démonstration de la foi chez ces croyants endeuillés, ces croyants malades »

En convalescence à son domicile, Samuel Peterschmitt, pasteur de la Porte Ouverte Chrétienne de Mulhouse, a pris le temps de répondre à nos questions. Nous souhaitions prendre des nouvelles de sa communauté et de sa santé, alors qu’il se remet du coronavirus.

Mis en ligne le 27 mars 2020 Imprimer Imprimer

« Le message que j’aimerais faire passer, c’est une parole de Jésus, « que votre coeur ne se trouble point, croyez en Dieu, et croyez en moi ». »

En convalescence à son domicile, Samuel Peterschmitt, pasteur de la Porte Ouverte Chrétienne de Mulhouse, a pris le temps de répondre à nos questions. Nous souhaitions prendre des nouvelles de sa communauté et de sa santé, alors qu’il se remet du coronavirus. Nous le remercions sincèrement pour le temps accordé.

Samuel Peterschmitt, vous êtes pasteur de la Porte Ouverte Chrétienne. Nous savons que vous avez été testé positif au coronavirus et hospitalisé à l’hôpital de Mulhouse. Acceptez-vous de nous parler de votre temps d’hospitalisation ?

« Lorsque j’ai été admis dans le service, j’ai été touché par le dévouement des infirmières, des médecins, des aides-soignantes. Il y avait là vraiment une humanité qui m’a bouleversé et un investissement malgré les risques présents. J’ai donc été hospitalisé. Les 5 premiers jours, malgré le fait que j’étais sous traitement, que j’étais branché et sous oxygène, mon état continuait à se dégrader. Et il s’est dégradé jusqu’au stade où j’avais le sentiment de m’éteindre comme une petite lumière. »

Désormais de retour chez vous, comment se passe votre convalescence ?

« Ma convalescence se passe maintenant de manière un peu plus active. Mais au début, je ne pouvais pas répondre au téléphone, je ne pouvais pas participer aux réunions, parce que j’étais très fatigué et je m’essoufflais beaucoup. J’ai envie de dire que chaque jour est une petite victoire et un progrès. J’ai envie de citer ce proverbe qui dit ‘à chaque jour suffit sa peine’, ce que le Seigneur nous a dit. À chaque jour, c’est une étape de plus. Aujourd’hui je peux vous répondre, ce qui était impossible lorsque je suis rentré. Je peux parler longuement, alors qu’avant le fait de parler 2, 3 minutes m’épuisait. Je vais de mieux en mieux. »

Plusieurs chrétiens de votre église ont également été victimes de ce virus. Pouvez-vous nous donner de leurs nouvelles ?

« Tout d’abord, je pense à toutes les familles endeuillées, dont l’un de mes meilleurs amis qui est enterré cet après-midi. Nous déplorons au milieu de nous 17 personnes décédées, et 2 personnes qui ont participé à la rencontre. Ce qui porte le total à malheureusement 19 personnes. Je pleure avec les familles. Dieu seul peut les consoler. Ce qui me touche, et je voudrais le dire, je suis ému et confondu par la foi de ceux qui ont perdu un être cher. J’ai eu une soeur de l’assemblée qui était hospitalisée avec son mari. Son mari était en réanimation. Elle était très mal aussi. Et pendant qu’elle était hospitalisée, son mari est décédé. Et lorsque je l’ai eu au bout du fil, elle m’a dit ‘tu sais Samuel, s’il a plu au Seigneur de reprendre mon époux, Il sait ce qu’Il fait. Et moi aujourd’hui je m’attache d’autant plus à Lui. Et je le servirai d’autant plus’. De tels témoignages sont bouleversants. L’épouse de mon meilleur ami me disait, ‘le Seigneur ne fait pas de fautes, Il sait ce qu’Il fait’. […] Sa fille a repris cette phrase de Billy Graham, ‘si on vous dit que je suis mort, n’en croyez rien, je suis plus vivant que jamais, j’ai juste déménagé’. Quand vous voyez des familles réagir comme ça, c’est là que vous voyez ce qu’est la foi. Nous avons été abasourdis quand nous avons reçu des messages de chrétiens qui disaient que nous manquions de foi. Mais c’est dans l’épreuve qu’est manifestée la foi. […] Je vois la vraie démonstration de la foi chez ces chrétiens éprouvés, ces croyants endeuillés, ces croyants malades. »

Quel soutien peut-on apporter aux familles en deuil dans un tel contexte ?

« Chaque jour, nos pasteurs les appellent. Pour ceux qui sont seuls, nous avons des équipes qui se proposent de leur faire les courses, bien sûr dans les conditions préconisées par le gouvernement, les aider à faire leur ménage. Donc des personnes en bonne santé de l’église. Il y a une solidarité extraordinaire. Nous avons une chaine de prière qui s’est mise en route 24h/24. Nos jeunes gens appellent toutes les personnes âgées de l’église, leur demandent si elles ont tout ce dont elles ont besoin. Les responsables de maison appellent tous leurs membres. Nous vivons aujourd’hui l’Église comme nous ne l’avions jamais vécu auparavant. Il y a le sentiment d’un retour au niveau des Actes. Et pour ça nous ne bénirons jamais assez Dieu. Dans cette épreuve, Il nous a fait faire plus de progrès en quelques semaines, que nous en avions fait toutes ces années passées. »

Les faits et gestes de la Porte Ouverte Chrétienne sont désormais épiés de tous sur les réseaux sociaux. Comment vivez-vous ce phénomène ?

« Le problème, c’est que dans toutes les pandémies, il y a toujours eu des boucs-émissaires. Et je pense que la manière dont on a commencé à parler de nous dans les médias, a aussi cristallisé la concentration sur nous comme si nous étions le point de départ. Alors que nous sommes le seuil d’alerte. C’est établi aujourd’hui de plus en plus clairement, que des patients très suspects du COVID-19 étaient déjà infectés à la fin du mois de janvier et au début du mois de février. À l’appui, il y a l’observation d’une recrudescence de syndromes grippaux. Et à cette période, ces symptômes n’étaient pas perçus comme le COVID-19, mais aujourd’hui, il y a des signes évocateurs, qui étaient déjà signalés, comme la perte de l’odorat et du goût notamment. Et ces malades victimes de la contagion, étaient sans lien, ni entre eux, et sans lien avec l’église de la Porte Ouverte. […] D’ailleurs, c’est nous qui avons donné l’alerte et fait les premiers dépistages. Ce sont les membres de la Porte Ouverte qui ont été les premiers dépistés. Mais il est clair qu’ils n’étaient pas les premiers malades. Seulement les premiers détectés. D’où le fait que nous avons la conviction que nous ne sommes pas le point de départ, mais le seuil d’alerte. »

Vous auriez même reçu des menaces. Pourriez-vous nous faire part de la situation ?

« Évidemment, à partir de là, il y a une forme d’angoisse, de peur, qui fait qu’un voisin a pris une photo. Un dimanche matin, sur un parking de 450 voitures, il y avait 5 voitures. Il faut remettre les choses dans le contexte. Il a publié ça sur Facebook en disant, ils ont déjà propagé la maladie, ils continuent à se rassembler comme si de rien n’était, ce n’est pas acceptable. Et alors ça a été un feu sur les réseaux sociaux, avec des menaces physiques, il faut brûler l’église, il faut les descendre à la kalachnikov, etc… Alors que le rassemblement ne concernait que des salariés de la Porte Ouverte et de l’association de production. Deuxièmement, il n’y avait que 11 personnes, alors que le décret a dit que les églises pouvaient aller jusqu’à moins de 20 personnes. Et nous avions l’autorisation verbale de monsieur le sous-préfet. Il n’y avait aucun rassemblement sur place, aucun paroissien. Nous tenons compte de ça. Nous sommes très prudents. Nous ne faisons plus rien dans le cadre de l’église. »

Nous sommes également témoin de nombreuses démonstrations de compassion à l’égard de votre église de la part des chrétiens.

« Je dois dire que nous avons eu et que nous avons le soutien de centaines de croyants. De milliers, même. Mais pas seulement. Le soutien de pasteurs… C’est comme si l’Église n’était qu’une Église et qu’il n’y avait plus de dénominations. J’ai un ami prêtre qui m’écrivait qu’il se réunissait tous les matins avec deux de ses collègues pour prier pour moi. Il y a des démonstrations également de gens qui sont autour de nous. J’ai un voisin musulman qui est allé acheter des pâtisseries pour moi et mon épouse et nous les a amenées. Nous avons eu l’appui inconditionnel du CNEF, du service de communication, M. Choisnet, mais également de tout le Conseil d’administration. Et je veux les en remercier infiniment. Nous avons eu le soutien de notre fédération, la fédération des églises du Plein Évangile. Nous avons aussi le soutien de la Fédération Protestante de France, qui s’est positionnée auprès du gouvernement pour que soit rétablie la vérité. Je ne peux qu’être reconnaissant. Et j’aimerais surtout être reconnaissant à Info Chrétienne qui a été l’un des premiers à nous soutenir et à diffuser cet article qui m’a tellement touché. Non pas ‘J’accuse’, comme Zola, mais ‘Je défends’. Et je voudrais vraiment remercier tous ceux qui sont à Info Chrétienne et dire aussi aux chrétiens qu’ils vous soutiennent, qu’ils vous soutiennent dans la prière, qu’ils vous soutiennent financièrement, qu’ils fassent une oeuvre pour que vous puissiez aller de l’avant. »

Avez-vous un message à faire passer ?

« Le message que j’aimerais faire passer, c’est une parole de Jésus, ‘que votre coeur ne se trouble point, croyez en Dieu, et croyez en moi’. Je crois que le temps viendra où nous serons restaurés également dans la vérité. Et je crois que nous sommes, non pas devant des temps apocalyptiques, mais devant des temps de réveil. J’entends beaucoup de messages sombres, apocalyptiques. Mais nous qui sommes dans l’épreuve, nous qui souffrons dans notre chair, nous sommes en train de découvrir la grandeur de Dieu d’une façon tout à fait nouvelle. Je rejoins Job en disant ‘mais j’ai parlé de choses que je ne connaissais pas’. Il y a là une révélation de Dieu qui est en train de se faire, qui est absolument extraordinaire. Et je crois qu’après cette épisode difficile qui sera encore suivie évidemment de moments difficiles, puisque l’économie de notre pays est mise à mal, et l’économie mondiale est mise à mal. Mais je crois que ce sera un temps également où les populations vont chercher Dieu comme jamais elles ne l’on fait jusqu’à aujourd’hui. L’orgueil de nos sociétés est brisé. Notre grand savoir, notre arrogance, au travers des sécurités que nous pensions avoir est totalement ébranlé aujourd’hui. Et je crois qu’un grand nombre d’hommes et de femmes qui nous entourent se posent des questions existentielles. Il est important à ce moment-là que l’Église soit là et brille. Que les croyants ne se laissent pas troubler, que leur foi continue à reposer en Christ. »

M.C.

Source : Info Chrétienne

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19/03/20 – En convalescence après plus de deux semaines de maladie dont 8 jours d’hospitalisation, le Pasteur Samuel Peterschmitt a souhaité s’adresser à nous au travers de cette vidéo.

 


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