« Et les mistrals gagnants » : quand cinq enfants malades changent notre regard sur la vie

Il est des films dont on ne ressort pas indemne. Ou du moins, bien changé. Et les mistrals gagnants d’Anne-Dauphine Julliand fait partie de ces films, qui émeuvent autant qu’ils engagent une réflexion salutaire sur l’existence humaine. En salles depuis le 1er février.

Mis en ligne le 13 février 2017 Imprimer Imprimer

À l’affiche de ce bijou de documentaire, cinq petits héros, âgés de 6 à 9 ans, vivant dans cinq coins de la France, qui affrontent des maladies graves, parfois incurables, nécessitant des soins très lourds. Malgré cette réalité difficile, nul pathos dans une œuvre filmée caméra sous le bras, à hauteur d’enfant, et qui n’est pas encombrée par une voix off.
Ces portraits croisés, touchants, nous présentent des enfants, qui comme tous les enfants, réfléchissent dans l’instant présent, sans s’apitoyer vainement sur leur sort, débarrassés des mille inquiétudes et anxiétés que peuvent ressentir les adultes.

Depuis qu’elle est petite, Ambre est atteinte d’hypertension artérielle. Elle se déplace donc toujours avec un petit sac à dos qui contient une pompe reliée à son cœur, qui lui permet de s’investir pleinement dans le théâtre et de jouer au badminton. Camille est un petit garçon atteint d’un cancer – il dit « neuroblastome » ; combatif, volontaire, il se dépasse au football. Quant à Tugdual, qui subit fréquemment de lourdes chimiothérapies, c’est dans le piano et le jardinage qu’il s’épanouit. On l’aperçoit à un moment, dans sa famille, unie et recueillie, dans une chapelle de montagne enneigée. « Être malade, ça n’empêche pas d’être heureux. Rien n’empêche d’être heureux » confie-t-il, avec clairvoyance et simplicité.

Une vie intense

Ces enfants n’ont pas 10 ans, mais donnent l’impression d’avoir la sagesse de ceux dont l’existence ne se mesure pas en jours, mais en intensité. En même temps, ce sont des enfants comme les autres, avec leurs joies éphémères, mais aussi leurs peines et leur moments de doute. Le petit Imad, à la bouille si attachante, est parfois découragé, désemparé par les fréquentes dialyses qu’il doit subir en attendant sa greffe de reins. Mais il rebondit, il va de l’avant, il passe à autre chose : « Pour moi c’est pas difficile, mais pour vous c’est difficile, je sais ». Quant à Charles, l’enfant à la peau « aussi fragile que les ailes d’un papillon », c’est tous les deux jours qu’il prend un long bain suivi de soins fastidieux consistant à renouveler des pansements qui protègent son épiderme de l’air. Cette carapace ne l’empêche pas d’être un curieux invétéré et de découvrir le monde les yeux grands ouverts derrière ses lunettes de soleil.

Conscients de leurs limites, de leur vulnérabilité, de la fragilité de la vie, ces enfants incarnent tout ce qu’une vie brève peut avoir d’intense. Le capital dont ils disposent n’est ni économique ni réputationnel ; il ne réside que dans la captation de l’instant présent, et l’amour de leurs proches. À l’image de la chanson tendre et pudique de Renaud qui a donné son nom au film, Et les mistrals gagnants représente, plus qu’un souffle, une belle bourrasque dans le documentaire français.

Source : Aleteia
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Anne-Dauphine Julliand présente son film


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