Écrans, la déconnexion en famille

Est-il encore possible de se déconnecter à l’ère où les écrans se multiplient dans les foyers ? Certaines familles y parviennent, au moins quelques heures par semaine, au prix d’une vigilance accrue, de quelques compromis et de solides convictions.

Mis en ligne le 21 août 2017 Imprimer Imprimer

Lorsque nous les avons rencontrés, en 2014, Isabelle et David étaient en lutte contre le consumérisme. À l’époque, ces deux architectes d’intérieur avaient un smartphone chacun « depuis peu de temps », un ordinateur fixe et un portable. Joao, leur fils de 12 ans, lui, ne possédait pas de téléphone et la fratrie de trois enfants n’avait le droit aux écrans que de « temps en temps ».

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Trois ans plus tard, « les choses n’ont pas beaucoup évolué, assure Isabelle, quadra au visage étonnement juvénile. Nous restons sur notre voie assez rigide, même si nous avons dû nous adapter », dit-elle d’un ton posé, assise les jambes pliées sur un fauteuil du salon. Dans ce loft parisien aux grandes baies vitrées, toujours pas de télévision, mais un Ipad est venu s’ajouter aux deux ordinateurs et Joao a enfin eu le smartphone qu’il convoitait.

« Nous avons fini par céder en 3e, reconnaît la maman, mais je trouve que Joao gère plutôt bienson portableIl n’a pas le droit de l’utiliser le soir, ni la nuit. Le reste de la journée, il est assez libre, mais, avec les devoirs et ses activités extrascolaires (danse et saxo), il n’a pas beaucoup de temps pour jouer avec, sourit-elle. Lorsqu’il le regarde trop, on le lui dit et il comprend. Joao est un garçon raisonnable qui travaille bien et nous aide beaucoup, alors nous savons aussi être tolérants. »

Privilégier le contact humain

L’adolescent s’occupe souvent de la fratrie et le portable rend bien des services aux parents lorsqu’ils ont, par exemple, besoin de lui demander d’aller chercher son petit frère à la maternelle. « Cette année, nous avons même décidé de donner un téléphone à Euphémia (11 ans) parce que son école de danse se trouve à l’autre bout de Paris, confie Isabelle. Nous avons essayé de nous en sortir quelques mois sans, en lui demandant d’utiliser celui de sa copine en cas de besoin, mais c’était ingérable. Dès qu’elle était en retard, je stressais. Le jour de l’attentat devant le Louvre, le trajet des bus avait changé et la copine ne répondait pas. J’ai fini par appeler la RATP et je suis allée la chercher. »

Difficile aujourd’hui de se passer de ces outils, tant ils sont devenus incontournables pour simplifier le quotidien. Mais, si Isabelle ne nie pas leur côté pratique, elle préfère garder les écrans à distance et privilégier le contact humain. Ainsi, la jeune Euphémia, « bien que très demandeuse » n’a le droit – en principe – qu’à une demi-heure de jeux vidéo et un film par semaine, en famille. Quant à Timéo, 5 ans, il peut regarder 20 minutes de programmes télé (sur l’ordinateur) tous les vendredis et profiter du film hebdomadaire.

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Évolutions de notre époque

Les adultes, eux, n’en abusent pas non plus. « Nous consacrons deux soirées maximum aux écrans par semaine, détaille Isabelle. David aime aussi lire la presse sur la tablette et moi je l’utilise pour aller sur Pinterest ou préparer les vacances. D’une manière générale, nous ne sommes pas scotchés aux écrans. Nos journées sont bien remplies et, le soir, nous nous écroulons assez vite. »

Soucieux de préserver la communication au sein de la famille, le couple tente néanmoins de s’adapter aux évolutions de notre époque et aux besoins des enfants en fonction de leur âge. « Lorsque Joao était petit, ce n’était pas très difficile de le priver d’écrans, note Isabelle. Avec Euphémia, c’est déjà moins évident et, avec Timéo, je sens que ce sera encore plus compliqué. »

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Gageure

Avec six écrans en moyenne par foyer, la déconnexion en famille devient une gageure. Il faut de solides convictions et beaucoup de rigueur pour échapper à la force hypnotique de ces nouveaux doudous.

Frédéric, père de trois garçons, y parvient semble-t-il avec une certaine aisance. Ce chef d’entreprise dans la céramique artisanale n’a toujours pas de portable et n’en a pas donné à ses enfants, jusqu’à ce mois de juillet. « L’aîné, Valentin, vient seulement d’en avoir un pour ses 15 ans, raconte-t-il, via un téléphone fixe. Comme il rentre en seconde dans un nouvel établissement, nous avons pensé que cela faciliterait son intégration. »

Jusque-là, le papa jugeait un tel objet inutile. « Si nos enfants avaient besoin de nous joindre, ils pouvaient demander à un copain ou s’adresser à une personne dans la rue. Tous les utilisateurs de mobiles sont autant de cabines téléphoniques, relève-t-il, un brin ironique. Ne pas leur donner de portable, c’est leur permettre de rester en contact avec leur environnement, c’est aussi une façon de leur faire confiance. »

Paula Pinto Gomes

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