Données de santé : le patient devenu produit

L’intelligence artificielle (IA) promet monts et merveilles. Et le domaine de la santé est l’une de ses cibles. Plus d’efficacité, de précision, de rapidité. La machine capable de traiter de monstrueuses quantités de données le temps d’un éclair. Dans cette perspective, le patient devient un jeu de données à traiter.

Mis en ligne le 17 mars 2021 Imprimer Imprimer

Le big data se développe dans tous les domaines, et celui de la santé n’est pas en reste. Mais n’est-ce pas le signe d’une médecine qui se déshumanise ?

L’intelligence artificielle (IA) promet monts et merveilles. Et le domaine de la santé est l’une de ses cibles. Plus d’efficacité, de précision, de rapidité. La machine capable de traiter de monstrueuses quantités de données le temps d’un éclair. Dans cette perspective, le patient devient un jeu de données à traiter. Une perspective prometteuse à l’heure de l’explosion de la télémédecine, à la faveur d’un contexte pandémique ?

Pas d’erreurs médicales avec l’intelligence artificielle ?

Bien que l’erreur soit humaine, la machine n’en est pas exempte. Ainsi, il y a un an, les chercheurs de Google se targuaient d’avoir développé un système d’intelligence artificielle qui « pourrait se révéler plus performant que les médecins pour détecter les cancers du sein à partir des mammographies »[1]. Mais les performances du système de Google avaient été comparées à celles de radiologues « qui n’étaient pas spécifiquement entraînés à examiner des mammographies ». Pour les chercheurs de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni et de l’Université Simon Fraser au Canada, « le recours à des techniques de reconstruction d’images basées sur l’IA pour établir des diagnostics et déterminer un traitement pourrait, en fin de compte, nuire aux patients »[2].

Du patient au client

Et dans un monde médical dominé par la technique, que devient la relation médecin-patient ? Marc-Olivier Bitker, professeur d’urologie, s’inquiète de la disparition progressive des sens dans l’examen médical, au profit de l’utilisation de systèmes intelligents dans le diagnostic et le soin[3]. Il plaide pour le rétablissement de la relation de soin, « une relation physique lors de la consultation », « un moment important témoignant de la confiance du soigné en son médecin et de l’intérêt que ce dernier lui porte »Le « meilleur soin » ne peut provenir des seuls algorithmes et machines, ni de la généralisation de la télémédecine.

Et du client au produit

Du patient devenu un ensemble de données au produit, il n’y a qu’un pas. Ainsi que l’illustre le fait que l’entreprise 23andMe, qui commercialise depuis une dizaine d’années des tests génétiques destinés à obtenir des informations généalogiques et médicales[4], ait vendu en janvier 2020 « les droits d’un médicament établi à partir de sa base de données »[5].

Alors que la mise à disposition sur internet d’un fichier de 491 840 lignes, correspondant à presque autant de patients français, a rendu publiques leurs données personnelles, administratives ou relatives à leur état de santé[6], ainsi que cela a été révélé ces dernières semaines, n’est-il pas temps de s’interroger sur le chemin emprunté par la médecine ?

[1] Gènéthique, Intelligence artificielle et médecine : un vrai progrès ?

[2] Gènéthique, Reconstruction d’images médicales grâce à l’IA : des erreurs à craindre

[3] Gènéthique, Faire intervenir ses cinq sens dans la relation de soin, un incontournable pour le médecin

[4] comme des renseignements sur de potentielles mutations génétiques prédisposant au développement de certaines pathologies

[5] Gènéthique, Du business autour des tests génétiques : 23andMe vend les droits d’un médicament

[6] Gènéthique, Les données de santé de près de 500 000 patients français diffusées sur internet

Source : Gènéthique magazine


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