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Dictature ou décadence : seul destin pour notre civilisation ?

Les événements qui ont secoué la France ces dernières semaines nous obligent à regarder de plus près les fondements de notre vie civique et spirituelle. Quel rapport y aurait-il entre vérité et violence ? Le philosophe protestant, Jean Brun, avait coutume de dire qu’une civilisation privée de vérité nous plaçait devant cette alternative : Apollon ou Dionysios, Dictature ou Pourriture ; d’où, notait jadis Confucius, l’importance pour l’État d’un usage exact des mots.

Dans le discours public d’aujourd’hui les mots ont des connotations essentiellement émotionnelles. Ici l’amour et la liberté sont marqués du signe positif ; la violence et la haine ont, elles, une connotation négative. Mais, notons-le : le sens de tels mots se définit par leur objet.

— L’amour de quoi ? L’amour des abjections de tout ordre que sont les griffonnages de Charlie Hebdo ? Ou l’amour de Dieu, du prochain et du bien commun ? La liberté de faire n’importe quoi d’odieux ? Où la liberté de faire le bien tel qu’il se trouve inscrit dans l’ordre de la nature et dans le Décalogue ? C’est bien ce dernier sens que la Bible donne au mot « amour » : obéir aux commandements de Dieu.

— La haine de quoi ? La haine de tout bien, de tout ce que les hommes révèrent de plus sacré, tel que la pratique Charlie Hebdo ? Ou la haine du mal tel que nous l’enseigne l’apôtre Paul : « Que l’amour soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. » (Romains 12 : 9) ? Ainsi, l’amour du bien est corrélatif à la haine du mal. La valeur du sentiment dépendra donc de son objet !

Il en va de même pour un mot honni de tous : violence. Mais ici aussi est primordial l’objet de la violence ! La violence étatique d’un droit dévié de toute justice contre des embryons, des personnes âgées, handicapées ou torturées est une horreur. Il en va de même pour la violence religieuse dont font l’objet les chrétiens de la part de musulmans fanatisés ; ou encore pour cette violence de ces mêmes musulmans entre eux. Mais la répression juste et forte du Magistrat – pouvoir nécessairement violent qui, nous dit la Bible, ne porte pas son arme en vain – a le devoir de sévir avec prudence, tempérance et justice contre les auteurs de cette violence nocive que sont les injures publiques de Charlie Hebdo contre tout ce qui est bon, beau et saint. Une telle répression ne saurait être considérée comme un « mal ».

Ce sont ces prêtres de la haine que l’on encense et que l’État subventionne. C’est pour eux qu’on a fait sonner les cloches de Notre Dame ! La religion laïque est entrée ici dans une nouvelle phase en France et dans le monde, cela pendant que des milliers de chrétiens persistent à se faire massacrer dans l’indifférence générale.

Il en va de même pour l’action des policiers qui, par fidélité à leur devoir d’État, ont récemment enlevé toute capacité de nuire à ces terroristes fanatisés. La force de cette justice, nécessairement armée d’une capacité de violence proportionnée à ses fins, qui est celle des agents de l’État en vue de rendre inopérant les malfaiteurs – et de favoriser ainsi la vie paisible des gens de bien –, cette violence ordonnée au bien commun, disons-le hautement, n’est autre qu’une force publique nécessaire, tout à la fois juste, efficace et bonne ! Il en va de même, toutes proportions gardées, pour la fessée, juste et mesurée, que donnent, par amour véritable, les pères et les mères en vue de corriger les fautes de leurs enfants.

Rappelons ici que l’Évangile est réservé aux violents qui s’emparent du Royaume de Dieu, exerçant ainsi cette sainte et saine violence qui consiste à faire un choix déterminé en faveur du bien, cela souvent aux dépens d’intérêts plus immédiats.

Il y a donc, ici aussi, violence juste ordonnée au bien et violence brute ordonnée au mal :

— Violence de la force du droit ordonnée à la répression du mal par l’autorité légitimement établie par Dieu pour accomplir cette tâche excellente.

— Violence brute ou exercée de manière illégitime, en faveur tant du mal que du bien (l’utopie), qui aboutit à la destruction de tout bien véritable.

Mais alors se pose la question : Qu’est-ce donc que ce bien ? Qu’est-ce donc que ce mal ?

En décembre dernier Roberto Benigni consacrait deux importantes émissions devant 25 millions de téléspectateurs italiens à une exposition détaillée et respectueuse, certes en partie faussée par la présence d’un esprit syncrétiste et pluraliste, des Dix Commandements. Pareillement, le site Zero Hedge diffusait trois études cherchant à expliquer comment l’institution biblique du Jubilé fournirait un modèle apte à résoudre la crise de l’endettement mondial. Là où les médias montrent de l’intérêt pour la loi divine, les Églises ne devraient-elles pas consacrer aussi leurs efforts à l’étude soigneuse et fidèle de l’ordre créationnel et de cette norme absolue du bien et du mal, les commandements de la Loi divine ? Cela pour permettre à un monde perdu de retrouver les repères immuables de ce bien et de ce mal.

La tradition biblique, celle d’une Église qui se veut fidèle, distingue le pouvoir civil du pouvoir religieux. Le premier, l’État, exerce le pouvoir du glaive matériel pour réprimer, par sa juste violence, les actions des malfaiteurs et ainsi encourager les gens de bien. Mais, par lui-même, cet État ne saurait distinguer exactement le mal du bien. Le pouvoir du discernement appartient ici à l’Église fidèle, soumise à l’autorité de la Parole divine, Parole que la Bible nomme le « glaive de l’Esprit ». Cette Parole contient à la fois la Loi et l’Évangile. La Loi pour définir ce qu’est le péché et ce qu’est la justice ; l’Évangile pour nous libérer de la juste condamnation de la Loi. Mais l’Église ne détient pas en elle-même le glaive matériel. Par son enseignement céleste (c’est-à-dire biblique), elle peut (et doit) éclairer le pouvoir de l’État sur le bon usage de son glaive matériel.

Ce double danger à présent déchaîné du totalitarisme d’État et d’une anarchie sans borne aucune est mis en plein jour par la crise de Charlie Hebdo. Il menace aujourd’hui l’Occident tout entier. Son imminence redoutable paraît lorsque les Églises remplacent leur loyauté d’épouse au Christ par une loyauté de prostitution qui n’hésite pas à proclamer haut et fort son apostasie en scandant avec les loups : « Je suis Charlie » ! Mais le danger d’une telle Révolution « laïque », où le pouvoir tombe sans faute aux mains des plus infâmes, devient presque irrésistible lorsque l’État s’affirme être sans loi, se plaçant lui-même au-dessus des lois, devenant à lui-même sa propre loi. Cette puissance, l’iniquité même, devient totale lorsque les deux pouvoirs – celui de la vérité et celui de la force – se confondent. C’est alors que s’ouvre sur les nations la porte de l’abîme. Comment ne pas craindre la violence sans justice et sans limites d’un Pouvoir terrestre qui prétend s’arroger la souveraine puissance du Tout-Puissant ?

— Pour la Chrétienté, une telle confusion du pouvoir de l’État avec celui de l’Église conduisit jadis aux Guerres de Religion, à l’apostasie européenne des Lumières, à la Révolution française.

— Pour l’Islam, cette fausse Religion-État (religion apostate d’un Livre sans Jésus-Christ et d’un État privé de la Loi de Dieu) confond par sa nature même les pouvoirs spirituels et temporels. L’erreur religieuse et politique qui l’habite la conduit à une guerre livrée sans trêve au christianisme, à une guerre sans fin entre les diverses sectes qui la constituent.

Terminons par une citation d’Arnaud-Aaron Upinsky :

Le combat de demain [et celui de cet instant même !] est celui de la liberté de l’homme intérieur et de la vérité publique.

 Seul salut civique : le retour des chrétiens à Jésus-Christ et de l’État au respect du Décalogue.

* Jean-Marc Berthoud, de parents missionnaires réformés confessants, est né en Afrique du Sud en 1939 où il a fait toute sa scolarité.
Après des études universitaires de lettres à Johannesburg, à l’Université de Londres et à la Sorbonne, la grâce de Dieu l’a conduit à une conversion décisive. Il s’est alors engagé dans une voie inhabituelle : cinq années comme jardinier, dix ans comme porteur de valises à la gare de Lausanne, vingt-quatre années comme manutentionnaire à la Poste centrale de cette même ville.
Ce parcours manuel a été accompagné de fortes activités apologétiques qui ont abouti à la fondation de plusieurs associations, de revues, la publication de nombreux livres et la direction d’une collection à l’Âge d’Homme et d’une librairie. Ces travaux de défense de la foi furent assumés en marge de ses activités professionnelles.
Il est marié à Rose-Marie, père de cinq enfants et bientôt grand-père d’un huitième petit-enfant.

 Source : L’Homme Nouveau, le samedi 31 janvier 2015, N° 1583, page 14.


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