Des Stolpersteine (pavés de la mémoire) bientôt posés à Strasbourg

Si les « pierres d’achoppement » – la traduction française donnée aux Stolpersteine – de Gunter Demnig sont encore méconnues en France, ce « street art mémoriel » est bien installé en Europe, puisqu’on dénombre près de 70 000 Stolpersteine dans 25 pays.

Mis en ligne le 12 avril 2019 Imprimer Imprimer

Les Stolpersteine sont des pavés dont la face supérieure, recouverte d’une plaque de laiton, honore la mémoire des victimes juives de la Shoah, des Rom, des Sintis, des Témoins de Jéhova, des résistants, des homosexuels, opposants au nazisme déportés et assassinés dans les camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Chaque pavé rend hommage aux individus en citant leur nom, leur année de naissance, leur adresse durant la guerre, leur lieu de déportation et la fin tragique qu’ils ont affrontée.

Ce projet Stolpersteine verra sa concrétisation le 1er mai par la pose, à différentes adresses (1) du centre-ville de Strasbourg, de plusieurs dizaines de pavés de laiton par Gunter Demnig en personne. Ces poses seront élargies aux communes de l’Eurométropole et au Bas-Rhin dans les prochains mois et les prochaines années.

Une forme de « Street art mémoriel »

Vecteur idéal qui réduit et revisite le concept de monument ou de mémorial en le positionnant dans une forme de « street art mémoriel », cette empreinte nominative et individualisée, posée dans l’espace public sur le trottoir, constitue un moyen idéal pour atteindre le passant, le bystander (spectateur, en anglais).

L’objectif majeur de ces poses est bien sûr mémoriel  : perpétuer le souvenir de la Shoah et de l’ensemble des victimes des crimes nazis. Le projet a par ailleurs une forte visée pédagogique, avec une implication locale et populaire en mobilisant des structures scolaires, des associations, des familles, le grand public, comme cela a été le cas dans la ville voisine de Kehl, où les initiatives citoyennes se sont multipliées ces dernières années.

Rappelons que 890 personnes, membres de la communauté juive qui habitaient à Strasbourg et avaient quitté la ville dès septembre 1939, ont été déportées ; le chiffre est de 2 464 pour le Bas-Rhin, constituant ainsi la très grande majorité des déportés de notre ville et de notre département.

Fabriquées dans l’atelier berlinois de Michael Friedrichs-Friedlander, les vingt premières Stolpersteine strasbourgeoises feront leur apparition le 1er  mai prochain. Et c’est l’artiste allemand Gunter Demnig, à l’origine du projet, je qui viendra en personne les incruster dans les trottoirs de la capitale alsacienne.

Pour Alain Fontanel, le premier adjoint, la Ville de Strasbourg a une « responsabilité particulière », alors que les actes antisémites « redoublent » dans la région. Au niveau national, ils sont même en hausse de 69 % sur les neuf premiers mois de 2018.

70 000 Stolpersteine

Si les « pierres d’achoppement » – la traduction française donnée aux Stolpersteine – de Gunter Demnig sont encore méconnues en France, ce « street art mémoriel » est bien installé en Europe, puisqu’on dénombre près de 70 000 Stolpersteine dans 25 pays. Outre-Rhin par exemple, 2 950 pierres ont été posées à Berlin, 4 572 à Hambourg, ou encore 63 à Kehl ; les premières ayant été encastrées dès 1993.

Intégrés à l’espace public, ces mémoriaux délocalisés ont pour vocation de rappeler aux passants les crimes commis par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. « Ces pavés de la mémoire prennent aujourd’hui tout leur sens, alors que le populisme et le nationalisme se propagent en l’Europe », tient à rappeler Dietmar Wenger, le consul d’Allemagne.

Source : DNA du 23/01/19 et DNA du 26/01/19

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(1) Télécharger la liste des lieux de pose le 1er mai 2019 à Strasbourg

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