Covid-19 : les nouvelles « injonctions morales »

Si vous aimez vos proches, ne les approchez pas (trop) ! », « Pour la santé de tous, gardez vos distances ! », autant d’« injonctions morales » qui se sont « imposées en un temps record ». Une société « sans contacts, mais sous surveillance ! ».

Mis en ligne le 7 décembre 2020 Imprimer Imprimer

Il n’est pas question de ne pas être prudent, mais « s’il est vrai (comme le pensait Victor Klemperer, ce linguiste dont l’acte de résistance contre le régime nazi consista à étudier son vocabulaire) que « la langue pense à notre place, dirige nos sentiments, régit tout notre être moral d’autant plus naturellement que nous nous en remettons inconsciemment à elle , il est à craindre que les slogans qui fleurissent un peu partout sur les murs des écoles, les écrans de télévision et d’ordinateur, les parois ou le sol des moyens de transport, ne nous laissent pas indemnes à l’avenir. » Dans une tribune pour le journal La Croix, Danielle Moyse, chercheuse associée à l’Iris, au CNRS et à l’EHESS lance l’alerte.

« Les petits-enfants ne sont plus conviés à rendre visite à leurs grands-parents, mais à ne pas le faire, et, s’il leur vient à l’esprit d’enfreindre la règle, il arrive qu’on les suspecte, eux et leurs parents irresponsables, de pulsions mortifères », dénonce la chercheuse. « Si vous aimez vos proches, ne les approchez pas (trop) ! »« Pour la santé de tous, gardez vos distances ! », autant d’« injonctions morales » qui se sont « imposées en un temps record », regrette la chercheuse. Une société « sans contacts, mais sous surveillance ! ». Celle des « clusters », « l’anglicisme étant sans doute plus propice à nous convaincre de la modernité des moyens de lutte contre cette maladie », analyse Danielle Moyse.

« Il est assez spectaculaire que les entreprises aient si facilement basculé vers le « télétravail« , les universités vers le « télé-enseignement« , que les médecins aient multiplié les « téléconsultations » et qu’en un temps record se soit imposé le vocabulaire qui distingue « distanciel » et « présentiel« , au point de nous donner l’impression d’en avoir toujours fait usage », observe la chercheuse. « Héritiers du solipsisme, nous n’aurons eu besoin que de quelques mois pour intérioriser une langue propre à la désignation d’un isolement, dont les conséquences sont encore difficiles à mesurer… ».

Source : Généthique

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