Coronavirus : les repères de l’éthique du soin sont bouleversés

L’épidémie de Coronavirus, la dégradation très rapide de la santé des malades et le contexte très particulier de solitude liée au confinement, mais aussi les arbitrages que les médecins sont amenés à opérer entre les personnes qui seront prise en charge en réanimation et celles qui feront l’objet de soins palliatifs, placent des soignants dans une situation inédite.   

Mis en ligne le 31 mars 2020 Imprimer Imprimer

Dans des circonstances extrêmes, il est essentiel d’accompagner les patients « que l’on ne pourra pas réanimer ». Pour Frédéric Guirimand, médecin en soins palliatifs à la maison Jeanne Garnier, « notre devoir est de nous occuper des conditions dans lesquelles ces patients vont mourir ». A l’hôpital, « certains médecins ne savent pas quels produits donner », expliquent Marion Brouke du service des soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse à Paris. Cette infirmière assure une « permanence pour conseiller tous les soignants » de son établissement qui compte un millier de lits, notamment auprès de ceux qui se relaient auprès « des malades atteints de la forme la plus grave » de la maladie et « qui sont en fin de vie ».

La situation d’urgence a conduit à la mise en place de « plusieurs services de soins palliatifs » qui ont « vu le jour en quelques heures, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris par exemple, où une dizaine de lits a été créée ».

Les repères de l’éthique du soin sont bouleversés

Pour le Dr Bernard Devalois, médecin en soins palliatifs à la maison de santé protestante Bagatelle à Bordeaux, « les repères de l’éthique du soin (…) sont bouleversés » puisqu’il faut « trier entre ceux qu’on va tenter de sauver (dits « réanimatoires ») et ceux pour qui tous les moyens théoriques de sauver la vie ne seront pas mis en œuvre (« non réanimatoires ») ». Le médecin déplore : « Les principales victimes de tri seront les plus vulnérables », une situation qui impose de tenir « au moins » « sur une valeur éthique forte pour les professionnel de santé ». Il faut « aider les patients à ne pas mal mourir quand on ne peut faire autre chose ». Le médecin ajoute : « Il est aussi nécessaire de réanimer ceux qui peuvent l’être qu’accompagner ceux qui doivent l’être ». Le médecin qui vient de mettre en place une « astreinte téléphonique (…) pour permettre aux soignants d’une région de joindre, jour et nuit, un professionnel des soins palliatifs », constate que ses collègues sont « déboussolés par cette horreur ». Certains patients terrassés ne pourront même pas « monter dans les services » et les soignants cherchent à savoir « comment soulager les malades ». Ils ont besoin d’explications, de procédures et de soutien.

Pour aider le personnel médical « confrontés à des fins de vie difficile », la Société Française d’accompagnement et des soins palliatifs » a publié, à la demande du ministère de la santé, « des fiches pratiques pour diffuser les protocoles » qui doivent aider l’accompagnement des personnes en fin de vie »« Il est essentiel d’aider [les soignants], notamment en leur donnant des éléments pour repérer une détresse respiratoire et la soulager », explique le Dr Claire Fourcade, médecin à la Polyclinique du Languedoc de Narbonne et vice-présidente de la SFAP. Pour elle, il est urgent de « diffuser très rapidement la culture palliative ».

Source : Généthique
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