Autorisation des services religieux : des élus font part de leur incompréhension

Les réactions ont été nombreuses du côté catholique dans les heures qui ont suivi l’annonce faite, par Édouard Philippe de maintenir la suspension des célébrations religieuses publiques jusqu’au 2 juin. Mais pas seulement. Un sénateur, une députée et un maire font part de leur réaction.

Mis en ligne le 30 avril 2020 Imprimer Imprimer

C’est une annonce qui en a surpris beaucoup, y compris en dehors de la « sphère » ecclésiastique. En interdisant la reprise des messes publiques avant le 2 juin, alors même que le déconfinement débute le 11 mai avec la réouverture progressive des commerces, des écoles et de certains musées, le gouvernement provoque une douloureuse incompréhension et un agacement certain.

Bruno Retailleau : « Le gouvernement sous-estime l’importance que l’exercice d’un culte représente pour des millions de Français. »

« J’ai trouvé que cette annonce était incohérente et donc qu’elle risquait d’être vécue comme une injustice », affirme auprès d’Aleteia le sénateur LR Bruno Retailleau. « La demande des évêques de France me semble être raisonnable. Il ne s’agit pas de reprendre les cérémonies comme avant la crise sanitaire mais bien de faire respecter les gestes barrières en adaptant l’accueil des fidèles. Les magasins vont à nouveau ouvrir en s’adaptant pour empêcher l’épidémie de se propager, je ne vois pas ce qui empêche de faire la même chose avec les lieux de culte ». Au-delà de la frustration que cette annonce provoque chez les croyants, le sénateur tient à rappeler que « la liberté de culte est un droit fondamental ». Cette interdiction de célébrer les cultes, si elle apparaît injustifiée ou incohérente pour les fidèles, « risque d’être vécue comme un manque de respect envers ceux qui croient. Je ne pense pas qu’il y ait une intention de s’en prendre à la liberté religieuse de la part de l’exécutif, mais je crois que le gouvernement sous-estime l’importance que l’exercice d’un culte représente pour des millions de Français. Pour ces Français, il s’agit bien d’un “besoin essentiel“ et cela doit être respecté ».

Ceci étant dit, Bruno Retailleau estime que « le gouvernement ne mesure pas la grande diversité des situations ». Par exemple, dans le monde rural où les églises sont grandes avec un petit nombre de pratiquants, « célébrer des cérémonies dans ces conditions ne semble pas représenter un plus grand danger que de prendre le métro ou de rentrer dans un grand magasin », explique-t-il. « Le gouvernement doit prendre des décisions qui collent au terrain ». « Il faut aussi se souvenir que les responsables des cultes avaient déjà fait preuve d’un grand sens des responsabilités avant même le confinement en adaptant leurs cérémonies à l’exigence sanitaire », reconnaît le sénateur. « Ce sont des gens responsables et qui pourraient travailler en lien avec les autorités locales pour que toutes les garanties sanitaires soient prises ».

Agnès Thill : « Nos dirigeants font preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est la foi. »

« Nos dirigeants font preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est la foi, de ce qui habite un croyant », assure à Aleteia la députée Agnès Thill. (…) Pour la députée, de cette méconnaissance découle une « façon méprisante de traiter les croyants ». « Aller à la messe et communier est une nourriture de première nécessité, c’est vital », reprend-elle. « Interdire les messes publiques comme si c’était du superflu, un loisir, est méprisant et incohérent avec toutes les autres autorisations données dès le 11 mai », assure encore Agnès Thill. « Les évêques et les prêtres ne sont pas moins capables de faire respecter des mesures sanitaires qu’un commerçant, un enseignant ou un chef d’établissement ».

Des propos d’autant plus surprenants que les évêques avaient proposé un plan de déconfinement pour les cultes qui tenait compte d’un taux de remplissage en fonction de la taille de l’église, qui proposait des offices plus courts mais en plus grand nombre, etc. Outre la déception pour les croyants, le problème est pour la députée beaucoup plus profond : « La laïcité n’est pas respectée ». Attention, précise Agnès Thill, il ne s’agit pas de minimiser les règles sanitaires. « Les responsables religieux et les croyants ont respecté scrupuleusement le confinement et ont fait preuve d’une incroyable créativité pour permettre, je pense notamment aux chrétiens, de vivre le Carême et Pâques du mieux qu’ils pouvaient en dépit de l’absence de messe publique. Mais si l’être humain accepte la règle et la sévérité quand elle se justifie, il n’accepte pas l’incohérence et l’injustice ».

Jean-Christophe Fromantin : « Les conditions de mise en sécurité des lieux de culte ne sont pas compliquées à mettre en place. »

« Le président de la République avait pris comme engagement de construire le déconfinement sur le binôme préfet-maire », rappelle quant à lui Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et vice-président de l’établissement public territorial Paris Ouest-La Défense. « C’était une approche adaptée, raisonnée et responsabilisante pour tout le monde. Mais je n’ai rien retrouvé de tout cela dans les propos d’Édouard Philippe hier ! C’était une construction très verticale sans aucune subsidiarité ». En tant que maire, il entend la frustration « voire la détresse » de nombreux citoyens de ne pouvoir « se rendre qui à la messe, au temple ou à la prière du shabbat ». Selon lui « les conditions de mise en sécurité des lieux de culte ne sont pas compliquées à mettre en place pour peu qu’il y ait un dialogue entre le préfet, les autorités locales et les autorités religieuses ». « Il y a une incohérence terrible à vouloir redonner confiance aux Français en en même temps à ne pas se donner les moyens de la rétablir », regrette Jean-Christophe Fromantin.

« En tant que maire, je fais tous les efforts pour que chacun ait le maximum de droits et de libertés comme cela est le cas dans une configuration normale. Et la liberté religieuse est inscrite dans les premières lignes de notre pacte social, il s’agit d’une liberté constitutionnelle », reprend-il. « La liberté d’aller dans des commerces n’en fait pas partie, elle n’est pas dans le dur de notre contrat social. Quand on en vient à inverser les choses, à autoriser ce qui est futile et à renoncer à ce qui essentiel au sens profond du mot, on commet une atteinte majeure aux droits fondamentaux ». Assurant qu’il n’y a pas, objectivement, d’argument en faveur de l’interdiction des cérémonies religieuses jusqu’au 2 juin à l’exception de la sécurité sanitaire, Jean-Christophe Fromantin propose de faire de l’autorisation de ces cérémonies la règle et de l’interdiction de ces dernières, si les consignes sanitaires ne sont pas respectées, l’exception. « C’est le cas pour les centres commerciaux de plus de 40.000 mètres carrés par exemple, ils sont ouverts mais le préfet et le maire ont la possibilité de les fermer si les règles ne sont pas appliquées ».

Source : Aleteia

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