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Alexandre Vinet (1797-1847), chantre de la laïcité avant l’heure

En terre vaudoise, il fut, dans la dynamique du Réveil de Genève du XIXe siècle, l’un des avocats de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Alexandre Vinet est un évangélique dont la radicalité des propos en faveur de la laïcité gagnerait à être davantage connue aujourd’hui.

Mis en ligne le 24 octobre 2016 Imprimer Imprimer

Né à Lausanne en 1797, professeur de français à Bâle, critique littéraire réputé dans toute la francophonie, puis, dès 1837, professeur de théologie pratique à l’Académie de Lausanne, Alexandre Vinet est sans conteste une des grandes figures vaudoises du XIXe siècle.

D’abord réservé face au Réveil

Il est professeur à Bâle lorsque les premiers signes du Réveil spirituel se manifestent dans le canton de Vaud, et sa première réaction est plutôt négative à l’égard de ce qu’il ressent comme une contestation des autorités ecclésiastiques. Mieux renseigné, il ne tarde pas cependant à modifier son opinion et prend fait et cause pour le Réveil, en raison notamment de la loi de mai 1824, dont l’incroyable intolérance fit scandale même en France, interdisant tout rassemblement religieux hors du culte de l’Eglise nationale, sous peine de lourdes amendes et même de bannissement pour les pasteurs récalcitrants. Il ne s’identifie cependant pas pleinement aux dissidents dont il craint certains excès, notamment une doctrine trop exclusive. Mais les mesures répressives du gouvernement vaudois (encouragées par l’Eglise nationale) envers les Assemblées dissidentes – les communautés ancêtres des Eglises FREE –réellement persécutées, le conduisent à une réflexion approfondie sur les relations entre l’Eglise et l’Etat. Il consacrera à ce sujet son premier ouvrage : Mémoire en faveur de la liberté des cultes (1) (1826), qui a marqué les esprits et obtenu à l’unanimité le premier prix d’un concours littéraire, dont le jury était constitué de penseurs, de philosophes et d’hommes politiques français et présidé par le protestant François Guizot, désigné comme Premier Ministre en 1848.

Neutralité de l’Etat dans les affaires religieuses

Sans encore employer le terme de laïcité, il en pose clairement le principe : la neutralité de l’Etat dans les affaires religieuses et l’entière liberté de conviction et de culte. L’un des chapitres les plus percutants (et pertinent, aujourd’hui plus que jamais) porte pour titre : « Que la perte de la liberté religieuse entraîne la ruine de toute liberté »(2). Il refuse le terme de tolérance qui, de son temps, était pratiquement synonyme d’indifférence. Car, dit-il en substance, la tolérance ne fait qu’affadir les convictions religieuses, alors que la liberté est la seule condition qui permette à la foi de se développer dans l’authenticité. On le sent proche des idées de Roger Williams, dont Alexandre Vinet n’a sans doute pas entendu parler, bien qu’il consacre un chapitre entier à la totale liberté religieuse qui règne aux Etats-Unis. Il martèle que la foi est le fruit d’une démarche de la conscience individuelle, et qu’il est totalement impossible de la faire naître par des pressions politiques, encore moins par la violence. Il fait ici allusion à l’Inquisition, à la Saint-Barthelémy et aux dragonnades contre les Huguenots.

Cheville ouvrière de l’Eglise libre

Alexandre Vinet fut l’un des principaux artisans de la fondation de l’Eglise évangélique libre du canton de Vaud(3) (créée en 1847, l’année même de son décès). Les deux-tiers du corps pastoral vaudois démissionnèrent et furent du jour au lendemain privés de leur salaire et de leurs cures – mais ils ne furent guère suivis par la majorité de leurs paroissiens.

« Vinet a exercé sur l’ensemble du protestantisme francophone une influence fécondante… Jusqu’en plein XXe siècle, (les protestants) orthodoxes et libéraux n’ont cessé de se réclamer de lui »(4).

Jacques Blandenier

Source : lafree.ch

« N’allez pas croire que le christianisme éloignera complaisamment quelque idée pour se mettre d’accord avec le siècle : non, c’est de son inflexibilité qu’il est fort…
On le dépouille de ses rudesses (…), on le rend presque raisonnable ; mais chose singulière ! quand il est raisonnable il n’a plus de force (…) s’il perd son aiguillon, il est mort !
Apprenez-vous que quelque part il y a un réveil, (…) que la foi devient vivante, que le zèle abonde, ne demandez pas sur quel terrain, ne demandez pas dans quel système croissent ces précieuses plantes. Vous pouvez répondre d’avance que c’est dans le sol rude et raboteux de l’orthodoxie, à l’ombre de ces mystères qui confondent la raison humaine et qu’elle aimerait tant écarter d’elle. »

« La Réformation, comme principe, est en permanence dans l’Eglise… En sorte que, aujourd’hui même, quelle que soit l’importance de l’événement du XVIe siècle, la Réformation est encore une chose à faire, une chose qui se refera toujours… Les réformateurs n’ont pas, une fois pour toutes, réformé l’Eglise, mais affirmé le principe et posé les conditions de toutes les réformes futures. »

Alexandre Vinet, Histoire de la littérature française au XIXesiècle, III, p. 392.


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