A-t-on besoin d’un nouveau Billy Graham ?

Le 21 février dernier, le célèbre évangéliste Billy Graham est décédé à l’âge de 99 ans. Depuis, le protestantisme évangélique mondial se sent un peu orphelin. Alors qu’il a tendance à rejeter l’idée et la fonction de « pape », aurait-il besoin d’un nouveau Billy Graham ?

Mis en ligne le 28 mars 2018 Imprimer Imprimer

Après presque cent ans de vie, Billy Graham a rejoint son Sauveur, laissant un monde protestant sans son « pape ». Une relève est-elle nécessaire ? Alors que les hommes naissent et meurent, le message de l’Evangile, lui, reste le même. Enquête.

Renommée et intégrité
Pour Etienne Lhermenault, président du CNEF, « ce serait “un plus”. De par sa renommée et son intégrité – il n’a pas connu de scandales autour de l’argent ni des femmes – il a pu atteindre des gens qu’aucun d’entre nous n’aurait pu toucher. Mais l’émergence d’une figure telle que la sienne est-elle un besoin fondamental ? Dieu seul le sait ! »
Pour le théologien Louis Schweitzer, « Billy Graham a, d’une certaine manière, incarné le monde évangélique aux yeux du grand public. Personne ne joue aujourd’hui ce rôle. Le protestantisme évangélique s’en passe très bien. Seul un concours de circonstances pourrait susciter une personnalité au même rayonnement que Billy Graham. Mais cela ne pourrait pas être commandité et naîtrait de circonstances totalement inattendues. »

Un mouvement collectif
Pour la théologienne Valérie Duval-Poujol, « quand le grand évangéliste Dwight Moody est mort en 1899, on a dit : “C’est la fin de l’évangélisation et de l’évangélisme.” Mais non, il y a eu Billy Graham. Le Seigneur a toujours su susciter les personnes dont l’Eglise et l’humanité avaient besoin. » Avec les réseaux sociaux, la théologienne s’attend plus à « un mouvement collectif » qu’à une personne. Une femme ou une figure issue des pays du Sud, moins sécularisés, ne sont pas exclus. Etienne Lhermenault pense à l’argentin Luis Palau, malgré sa maladie.

Pasteurs de méga-Eglises
Pour l’évangéliste Raphaël Anzenberger, Billy Graham est « irremplaçable ». Néanmoins, « c’était un grand homme, parce qu’il avait un grand Dieu. Et, Dieu merci, l’évangélisation a commencé avant Billy Graham et continuera après ! » Aujourd’hui, Raphaël Anzenberger estime que les hérauts de l’évangélisation sont surtout des pasteurs de méga-Eglises.
A ce titre, Rick Warren a eu, pendant un temps, la carrure pour devenir le nouveau « pasteur des présidents ». En août 2008, les candidats Barack Obama et John McCain sont venus débattre dans son Eglise. Rick Warren avait par la suite été choisi pour prier lors de l’investiture de Barack Obama, récitant un Notre Père mémorable. Un rayonnement qu’il n’a depuis lors plus eu. Raphaël Anzenberger ne s’en inquiète pas : « Annoncer tout l’Evangile au monde entier dépasse un seul homme. L’héritage aujourd’hui est pluriel », réparti entre des figures comme Leighton Ford, beau-frère de Billy Graham et Ravi Zacharias.Un défi d’équipe
Une chose est sûre, pour Jean Decorvet, recteur de l’HET-PRO, la droite américaine actuelle, avec le télévangéliste Pat Robertson ou les Jerry Falwell père et fils, ne sont pas les héritiers spirituels de Billy Graham, bien qu’ils s’en revendiquent, avec son propre fils Franklin Graham. Billy Graham, lui, avait su rester à distance de la politique.
Selon Jean Decorvet, la contribution majeure de l’évangéliste a été « de faire passer le message évangélique en post-modernité dans une société sécularisée, avec les bons moyens et les bons mots. » Pour lui, un tel défi ne se relève qu’en équipe. Billy Graham a su travailler avec John Stott, pour donner naissance à la Déclaration de Lausanne, parvenant ainsi à nouer ensemble des positions jusque-là en tension sur l’annonce de l’Evangile seule d’un côté, et l’action sociale et humanitaire, de l’autre. Aujourd’hui, qui pourrait apporter à l’évangélisme un texte rassembleur sur les sujets qui divisent (théologie de la prospérité ou ministères de guérisons)? S’il faut une synergie entre différentes figures charismatiques, comme entre Billy Graham et John Stott, la relève ne semble pas assurée.Un Evangile simple
Pour Jacques Blandenier, professeur d’histoire de l’Eglise, «nous n’avons pas besoin d’une copie conforme à Billy Graham car les temps changent. Aujourd’hui, il faut pouvoir rejoindre un public beaucoup plus nettement déchristianisé.»
Selon ce pasteur, Billy Graham avait une qualité profonde et ordinaire : « Sa prédication était l’expression des convictions évangéliques les plus “classiques” : l’amour de Dieu, la centralité de Jésus-Christ et de la croix, l’autorité de la Bible, l’appel à la conversion, l’engagement au service de Dieu. Ni plus, ni moins ! Aujourd’hui comme dans d’autres temps, il faut prier le Maître de la moisson de susciter de tels évangélistes. » Et Valérie Duval-Poujol de lancer un défi : « Quand on a envie de demander au Seigneur de nous susciter un homme providentiel, posons-nous surtout la question : “Seigneur, quels dons m’as-tu donnés, à moi ?” 1 Cor. 3, 9, affirme que nous sommes tous “collaborateurs avec Dieu”. Si vous cherchez l’homme providentiel, le Seigneur va peut-être se servir de vous.»

Marie Lefebvre-Billiez

Source : Christianisme Aujourd’hui
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